Dr H. Hospitaliste

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Constat de décès

Médecine hospitalièreFiche révisée · oct. 2026

En bref : Le décès se constate par un examen clinique : absence de pouls central, de bruits cardiaques, de respiration et de réponse, pupilles aréactives. On note la date et l'heure. Médecin, IPS ou infirmière (depuis juin 2023, si les causes probables sont établies) remplissent le constat et le bulletin SP-3 dans le SIED, dans les 3 jours. Avant de signer, on se demande toujours s'il faut aviser le coroner : cause inconnue, circonstances violentes ou obscures, négligence, personne sous garde ou en milieu visé. Si oui, l'avis est immédiat (Loi sur les coroners, C-68.01).

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Cause probable du décès inconnue ou inattendue
  • Chute, étouffement, erreur de médicament, accident, suicide, contention, blessure suspecte
  • Personne sous garde, en détention, en RI-RTF ou en réadaptation ; identité inconnue
  • Grossesse ou ≤ 42 jours post-partum
  • Famille qui conteste les soins : négligence alléguée ✅ À faire maintenant

  • Vérifier le niveau de soins et la NIR ; double identification

  • Examen : pouls carotidien, auscultation cardiaque et pulmonaire, pupilles, réponse à la douleur
  • Noter l'heure du constat ; relire le dossier (diagnostics, événements récents)
  • Si coroner : ne rien retirer (tubes, cathéters, sondes), pas de soins post-mortem 💊 Premières ordonnances (documents à remplir)

  • Note de constat au dossier

  • Constat de décès et bulletin SP-3 au SIED (≤ 3 jours ; le plus tôt possible)
  • Formulaire d'autopsie hospitalière si la famille consent
  • Signaler un stimulateur ou un défibrillateur implanté à l'entreprise funéraire 📞 Appeler / référer si

  • Coroner : tout critère de la liste, immédiatement (tout doute : appeler)

  • Héma-Québec (tissus, décès < 24 h) : 1 888 366-7338, option 2
  • Transplant Québec (organes, avant le décès) : 1 888 366-7338, option 1
  • Gestionnaire de garde ou ASI : circonstances suspectes ; intervenant spirituel ou social pour la famille

Définition et examen clinique

  • Au Canada, le décès se définit comme la cessation permanente des fonctions cérébrales : perte de conscience, des réflexes du tronc et de la respiration autonome. L'arrêt circulatoire y mène quand la circulation cérébrale cesse de façon permanente (Shemie et coll., Can J Anesth, 2023).
  • En pratique d'étage (décès attendu, NIR), le constat est clinique :
Élément Constat attendu
Pouls central (carotidien ou fémoral) Absent
Auscultation cardiaque Aucun bruit cardiaque
Respiration (inspection, auscultation) Aucun mouvement ni bruit respiratoire
Pupilles Fixes, en général dilatées, sans réflexe photomoteur
Réponse à la douleur (pression sus-orbitaire ou sternale) Aucune
Signes tardifs (non requis) Lividités, rigidité cadavérique
  • Durée : la pratique courante est d'ausculter le cœur et les poumons au moins 1 minute chacun (souvent 2 à 5 minutes au total) (non vérifié en ligne : aucune durée officielle n'a été trouvée pour le constat d'étage).
  • Décès en vue d'un don d'organes (DDC) : observation continue de 5 minutes après l'arrêt circulatoire, sans intervention (« no-touch »). L'arrêt se confirme par une pression pulsée artérielle ≤ 5 mmHg ou, sans cathéter artériel, par un ECG isoélectrique. On recommence le décompte si la circulation reprend. Deux médecins indépendants de l'équipe de prélèvement constatent le décès (Transplant Québec, formulaire LEG-FOR-004.A).
  • Le décès neurologique relève des soins intensifs et d'un protocole distinct.

💡 Un rythme électrique sur le moniteur sans pouls (activité électrique sans pouls agonique) n'empêche pas le constat chez un patient sous NIR. On peut éteindre le moniteur pour la famille.

Qui peut constater le décès

Professionnel Conditions
Médecin En tout temps
IPS Constat et SP-3 ; même obligation d'aviser le coroner
Infirmière (depuis le 7 juin 2023, PL 11) Seulement si les causes probables sont établies : décès attendu d'une maladie diagnostiquée ou de ses complications, diagnostics au dossier, niveau de soins et NIR signés. Sinon, elle appelle le médecin ou l'IPS (traitant ou de garde)
Deux agents de la paix Si aucun médecin ni infirmière n'est disponible dans un délai raisonnable et que la mort est évidente (C.c.Q., art. 123)
Coroner Cas qui lui sont déclarés
  • Avant 2023, l'infirmière examinait le patient et le médecin faisait un constat à distance selon une ordonnance ou un protocole. Ce modèle a été largement remplacé par le constat infirmier autonome. Certains milieux gardent un protocole interdisciplinaire de constat à distance (guide conjoint CMQ-OIIQ : non vérifié en ligne).
  • Seule l'infirmière qui a fait l'examen peut remplir le SP-3 ; elle ne peut pas le déléguer (FAQ CIUSSS de la Capitale-Nationale, 2025).

Documents et délais

Document Qui le fait Délai Destinataire
Note de constat au dossier Qui constate Immédiat Dossier
Constat de décès (nom, sexe, date de naissance, lieu, date et heure du décès ; C.c.Q., art. 124) Médecin, IPS, infirmière Sans délai ; une copie à la personne qui déclare le décès Directeur de l'état civil (DEC), généré par le SIED
Bulletin de décès SP-3 (« Bulletin de décès / Demande de certificat » ; causes, MADO active, radio-isotopes) Médecin, IPS, infirmière ; section « disposition du corps » par l'entreprise funéraire ≤ 3 jours (Loi sur la santé publique) ; le plus tôt possible, car il permet la prise en charge par l'entreprise funéraire MSSS, ISQ, DEC via le SIED
Déclaration de décès Conjoint, proche ou entreprise funéraire (pas le médecin) Sans délai (C.c.Q., art. 125) DEC
Attestation de décès Coroner, s'il prend le cas 24 à 48 h Famille (ne remplace pas l'inscription à l'état civil)
Certificat ou copie d'acte de décès DEC Sur demande Famille
  • Le SP-3 papier est remplacé par le SIED (Système d'information des événements démographiques). Il faut y avoir un accès personnel ; un guide de saisie est publié par le MSSS.
  • Causes au SP-3 : enchaîner la cause immédiate, les causes intermédiaires puis la cause initiale (maladie sous-jacente). Pas de « arrêt cardiorespiratoire » seul comme cause.
  • Note de constat type : appel (heure, par qui), examen (éléments du tableau), heure du constat, niveau de soins, causes probables, coroner avisé ou non (et pourquoi), famille avisée (qui, heure), don de tissus offert ou non, autopsie demandée ou non.

Quand aviser le coroner

Loi sur les coroners (RLRQ, c. C-68.01, nouveau titre de l'ancienne Loi sur la recherche des causes et des circonstances des décès, R-0.2, depuis le 1er novembre 2022). L'avis se fait immédiatement, au coroner ou à un agent de la paix.

Situation Article
Causes probables inconnues 34
Décès par suite de négligence, ou dans des circonstances obscures ou violentes (accident, chute, suicide, homicide, intoxication, étouffement, erreur de soins) 34, 36
Femme décédée pendant la grossesse ou dans les 42 jours post-partum 34.1
Identité inconnue 36
Personne sous garde dans une installation de santé ; centre de réadaptation ; entreprise adaptée 37
Établissement de détention, pénitencier, poste de police, unité d'encadrement intensif (LPJ) 38
Enfant en service de garde ; personne en famille d'accueil, RI ou RTF 39, 40
Sinistre (Loi sur la sécurité civile) 42
  • Conséquences : pas d'inhumation, d'incinération ni de sortie du Québec sans autorisation écrite du coroner (art. 78). Le coroner peut prendre possession du corps et ordonner une autopsie ou une expertise, en principe à l'hôpital du décès (art. 75).
  • Laisser en place tubes, cathéters, sondes, drains et pansements ; ne pas faire de soins post-mortem ; conserver les dispositifs et les médicaments en cause (consignes d'établissement, non vérifiées en ligne de façon centralisée).
  • Le coroner peut ne pas prendre le cas et demander au médecin de remplir le SP-3. On note le nom du coroner et sa décision au dossier.
  • CHSLD : une chute ou un étouffement qui précède le décès doit être discuté avec le médecin ; si l'événement est une cause probable, on avise le coroner.

Algorithme

Réanimation indiquée

NIR ou mort évidente

Non

Oui

Oui

Non

Oui

Non

Appel : patient sans signes vitaux

Niveau de soins ?
Ordonnance de non-réanimation ?

Code bleu / RCR
selon ACLS

Examen : pouls central, bruits
cardiaques, respiration, pupilles,
réponse à la douleur

Décès constaté
Noter date et heure

Causes probables connues ?

AVISER LE CORONER
immédiatement

Circonstances violentes, obscures
ou négligence possible ?
chute, étouffement, erreur,
suicide, accident

Lieu ou statut visé ?
sous garde, détention, RI-RTF,
réadaptation, identité inconnue,
grossesse ou ≤ 42 j post-partum

Constat + bulletin SP-3 au SIED
par le médecin, l'IPS ou l'infirmière

Ne pas toucher le corps :
dispositifs en place,
pas de soins post-mortem

Le coroner décide : prise en charge,
autopsie, ou retour au médecin

Don de tissus ? Héma-Québec
Autopsie hospitalière ? consentement

Famille avisée, soutien,
libération du corps

Don d'organes et de tissus

  • Organes (Transplant Québec, 1 888 366-7338, option 1) : la référence se fait avant le décès, chez un patient ventilé avec atteinte neurologique grave ou lors d'un retrait planifié des traitements (DDC). On réfère tôt, sans évoquer le don à la famille avant l'appel. L'obligation légale de référer les donneurs potentiels pèse sur les établissements (article de loi exact non vérifié en ligne).
  • Tissus (Héma-Québec, 1 888 366-7338, option 2, de 6 h à minuit, 7 jours sur 7) :
  • Décès depuis < 24 h, âge ≤ 85 ans : yeux 2–85 ans, peau et tissus musculosquelettiques 15–75 ans, tissus cardiovasculaires 0–70 ans.
  • Exclusions : VIH, hépatites B ou C, infection systémique active non traitée, cancers hématologiques, démence d'origine inconnue, Alzheimer, Parkinson, SLA, sclérose en plaques.
  • Héma-Québec vérifie les registres de consentement (RAMQ, Chambre des notaires) et rappelle l'équipe.
  • Un cas déclaré au coroner n'exclut pas le don, mais il faut son autorisation.

Autopsie

  • Coroner : il l'ordonne au besoin ; le consentement de la famille n'est pas requis.
  • Autopsie hospitalière (question clinique, maladie génétique, apprentissage) : elle exige le consentement du défunt, exprimé de son vivant, ou de la personne qui pouvait consentir aux soins (C.c.Q., art. 46 : non vérifié en ligne). On l'offre surtout quand la cause est incertaine sans relever du coroner. Suivre la procédure de demande d'autopsie de l'établissement.

Aide médicale à mourir (AMM)

  • Le médecin ou l'IPS qui administre l'AMM constate le décès et remplit le SP-3.
  • La cause initiale est la maladie sous-jacente ; l'AMM est indiquée selon le guide de saisie du SIED (formulation exacte non vérifiée en ligne).
  • L'AMM administrée selon la loi n'est pas, en soi, un cas de coroner (non vérifié en ligne).
  • La déclaration à la Commission sur les soins de fin de vie se fait dans le délai prévu par la Loi concernant les soins de fin de vie (délai exact non vérifié en ligne).
  • Don d'organes après AMM : c'est possible, sans limite d'âge, en l'absence de cancer métastatique. On réfère à Transplant Québec après que la demande d'AMM est acceptée et si la personne souhaite de l'information. Le décès est constaté par deux médecins indépendants selon les critères circulatoires.

Contexte : CHSLD, domicile et étage

  • CHSLD et soins à domicile : l'infirmière constate le décès attendu et remplit le SP-3 ; le médecin de garde n'est appelé qu'en cas de cause non établie ou de circonstance particulière. Au téléphone, demander :
  • les diagnostics et le niveau de soins ;
  • les événements des derniers jours (chute, étouffement, changement de médicament) ;
  • ce que l'examen a montré.
  • RI-RTF : le décès d'une personne prise en charge en ressource de type familial est à déclarer au coroner ou à un policier (art. 40).
  • Domicile sans soignant disponible : si aucun médecin ni infirmière n'est joignable et que la mort est évidente, deux agents de la paix peuvent constater le décès.
  • Stimulateur ou défibrillateur implanté : aviser l'entreprise funéraire, surtout s'il y a crémation.

Soutien à la famille

  • Annoncer le décès en personne quand c'est possible, dans un lieu calme, en employant les mots « décédé » ou « mort ».
  • Offrir du temps auprès du corps, la présence d'un intervenant en soins spirituels ou d'un travailleur social, et le respect des rites culturels et religieux.
  • Expliquer les étapes à venir : choix de l'entreprise funéraire, déclaration de décès, implication possible du coroner, autopsie, don de tissus.
  • Si le coroner est avisé, le dire avec tact : c'est une obligation légale, pas une accusation.
  • Documenter qui a été avisé et à quelle heure ; prévoir un suivi de deuil selon le milieu.

Pièges et perles

  • Signer le SP-3 quand le décès suit une chute récente (fracture de hanche) ou un étouffement : ce sont des morts violentes, donc à déclarer au coroner.
  • « Arrêt cardiorespiratoire » n'est pas une cause de décès : il faut inscrire la maladie initiale.
  • Retirer la sonde ou le cathéter d'un cas de coroner détruit des éléments d'enquête.
  • Le délai de 3 jours pour le SP-3 est un maximum : un retard bloque la famille et l'entreprise funéraire.
  • En cas de doute, on appelle le coroner : c'est lui qui décide s'il prend le cas.
  • La référence pour les tissus doit se faire dans les 24 h : on y pense au moment du constat.

Références