En bref : L'œdème résulte de quatre mécanismes : ↑ pression hydrostatique capillaire, ↓ pression oncotique, ↑ perméabilité capillaire et ↓ drainage lymphatique. On classe d'abord l'œdème : aigu ou chronique, unilatéral ou bilatéral/généralisé. Un œdème unilatéral aigu est une TVP jusqu'à preuve du contraire. Un œdème bilatéral commande de chercher une cause cardiaque, rénale, hépatique ou médicamenteuse. Les diurétiques ne traitent ni l'insuffisance veineuse ni le lymphœdème.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Angiœdème (lèvres, langue, visage) : urgence des voies respiratoires.
- Unilatéral aigu (< 72 h) : TVP jusqu'à preuve du contraire ; aussi cellulite, kyste poplité rompu, syndrome des loges.
- Dyspnée, orthopnée, TVC élevée, crépitants : insuffisance cardiaque.
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Bilatéral : penser aussi à une TVP bilatérale (cancer, compression pelvienne). ✅ À faire maintenant
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Durée, uni ou bilatéral, godet, signe de Stemmer ; examiner le sacrum chez l'alité.
- Revue des médicaments : amlodipine, prégabaline/gabapentine, AINS, pioglitazone, corticostéroïdes.
- Créatinine, électrolytes, analyse d'urine (protéines), albumine, bilan hépatique, BNP, TSH, FSC.
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Doppler veineux si unilatéral aigu ; IPS avant toute compression. 💊 Premières ordonnances
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Cirrhose avec ascite : sodium 2 g/j ; spironolactone 100 mg die (↑ aux ≥ 72 h, max 400 mg) ; ajouter furosémide 40 mg (max 160 mg) si récidive ou réponse insuffisante.
- IC ou néphrose : diurétique de l'anse (voir Prise en charge selon la cause).
- Insuffisance veineuse : élévation, compression 20–40 mmHg selon la sévérité, pas de diurétique.
- Angiœdème à l'IECA : cesser définitivement, protéger les voies respiratoires.
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Compression pleine si IPS 0,8–1,3 ; contre-indiquée si IPS < 0,5. 📞 Appeler / référer si
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Urgence ou soins intensifs : angiœdème avec atteinte des voies respiratoires.
- Néphrologie : syndrome néphrotique.
- Avis vasculaire si IPS 0,5–0,8 ; chirurgie vasculaire si ulcère veineux réfractaire.
- Clinique de lymphœdème.
🔗 Ressources et raisonnement
Mécanismes et causes (schéma de Dr H.)
| Mécanisme | Causes |
|---|---|
| ↑ Pression hydrostatique (surcharge de volume ou obstruction veineuse) | Insuffisance cardiaque, péricardite constrictive, insuffisance rénale, hypertension portale, TVP, syndrome de la veine cave supérieure, insuffisance veineuse, amlodipine et autres vasodilatateurs |
| ↓ Pression oncotique (albumine basse) | Syndrome néphrotique, cirrhose, malnutrition sévère, entéropathie exsudative |
| ↑ Perméabilité capillaire | Sepsis, inflammation locale (cellulite), brûlures, angiœdème, éclampsie, syndrome de fuite capillaire, œdème idiopathique |
| ↓ Drainage lymphatique / ↑ pression interstitielle | Lymphœdème (néoplasie, chirurgie ou radiothérapie ganglionnaire, filariose), myxœdème (hypothyroïdie) |
- Rappel : la pression oncotique (protéines) retient le liquide dans le vaisseau. La pression hydrostatique (volume) le pousse vers l'interstitium.
Médicaments à rechercher
| Classe | Exemples |
|---|---|
| Bloqueurs calciques dihydropyridines | Amlodipine, nifédipine (effet dose-dépendant) |
| Autres vasodilatateurs et antihypertenseurs | Hydralazine, minoxidil, clonidine, méthyldopa, bêta-bloquants |
| Gabapentinoïdes | Prégabaline, gabapentine |
| Antidiabétiques | Pioglitazone ; insuline (rétention sodée au début) |
| AINS et corticostéroïdes | Ibuprofène, naproxène, célécoxib ; prednisone |
| Hormones | Œstrogènes, progestatifs, testostérone |
| Autres | Trazodone, IMAO, certains antipsychotiques, cyclosporine, chimiothérapies et immunothérapies |
Évaluation
Anamnèse et examen
- Durée : aiguë (< 72 h) ou chronique ; localisation ; douleur ; position (l'œdème veineux diminue à l'élévation, celui d'origine oncotique non).
- Signes associés : dyspnée, orthopnée, TVC, crépitants, B3 (IC) ; ascite, stigmates hépatiques (cirrhose) ; urines mousseuses (néphrose) ; ronflement, somnolence (apnée du sommeil et hypertension pulmonaire).
- Godet ou non : pas de godet → lymphœdème ou myxœdème. Signe de Stemmer (impossible de pincer la peau à la base du 2e orteil) : lymphœdème.
- Peau : dermatite de stase, hyperpigmentation, lipodermatosclérose, ulcères malléolaires (insuffisance veineuse).
- Angiœdème : non godet, asymétrique, lèvres, langue, visage, sans urticaire s'il est causé par un IECA ou héréditaire. C'est une urgence des voies respiratoires.
Examens
| Examen | Orientation |
|---|---|
| Créatinine, électrolytes, analyse d'urine (protéines), RPC urinaire | Insuffisance rénale, syndrome néphrotique (protéinurie > 3,5 g/j) |
| Albumine, bilan hépatique, RNI | Cirrhose, malnutrition |
| BNP ou NT-proBNP | Insuffisance cardiaque |
| TSH | Hypothyroïdie, myxœdème |
| FSC | Anémie, sepsis |
| Doppler veineux | TVP (1er examen si unilatéral aigu) ; insuffisance veineuse |
| Échocardiographie | IC, hypertension pulmonaire, constriction |
| IPS (indice de pression systolique) | Avant toute compression si facteurs de risque artériels |
| Imagerie pelvienne (TDM, angio-IRM) | Compression extrinsèque, syndrome de May-Thurner (femme jeune, jambe gauche) |
Prise en charge selon la cause
| Cause | Traitement |
|---|---|
| TVP | Anticoagulation (voir la fiche dédiée) ; compression pour les symptômes |
| Insuffisance cardiaque | Diurétique de l'anse, restriction sodée, optimiser la thérapie de base (voir la fiche Insuffisance cardiaque) |
| Cirrhose | Restriction sodée (2 g/j) ; spironolactone 100 mg die, ↑ par paliers d'au moins 72 h (max 400 mg) ; ascite récidivante : ajouter furosémide 40 mg (max 160 mg) ; voir la fiche dédiée |
| Syndrome néphrotique | Diurétique de l'anse (souvent à haute dose), IECA ou ARA, anticoagulation selon l'albumine ; néphrologie |
| Insuffisance veineuse | Élévation des jambes, compression graduée 20–40 mmHg (20–30 léger ; 30–40 sévère ou ulcère), marche, soins de peau (émollients ; corticoïde topique bref pour la dermatite de stase). Pas de diurétique sauf comorbidité |
| Lymphœdème | Physiothérapie décongestive (drainage lymphatique, bandages multicouches), puis compression d'entretien ≥ 40 mmHg ; prévenir la cellulite. Diurétiques inutiles |
| Amlodipine | Réduire la dose, changer de classe, ou ajouter un IECA (réduit l'œdème ; données moins solides pour un ARA) ; le diurétique est peu efficace |
| Hypoalbuminémie de l'hospitalisé | Traiter la cause et nutrition ; l'albumine IV n'a pas de rôle pour l'œdème seul (sauf indications précises en cirrhose) |
| Angiœdème à l'IECA | Cesser définitivement l'IECA ; protéger les voies respiratoires ; l'épinéphrine est peu efficace (médié par la bradykinine) ; icatibant selon le contexte |
| Myxœdème | Lévothyroxine |
⚠️ Compression : pleine compression si IPS 0,8–1,3 ; si IPS 0,5–0,8, compression réduite avec avis vasculaire ; contre-indiquée si IPS < 0,5 (certains guides : < 0,6), insuffisance cardiaque décompensée ou cellulite aiguë non traitée. IPS > 1,3 (artères incompressibles) : demander l'indice orteil-bras. Les seuils varient selon les lignes directrices (revue de 2019).
Diurétiques : prudence
- Ils sont utiles seulement s'il y a surcharge de volume (IC, cirrhose, néphrose, insuffisance rénale).
- Chez la personne âgée avec un œdème déclive ou veineux, ils causent hypovolémie, hyponatrémie, hypokaliémie, insuffisance rénale et chutes sans régler l'œdème.
Algorithme
Suivi et congé
- Poids quotidien si surcharge ; cible de poids au congé si IC.
- Revoir la liste des médicaments et noter au dossier ceux qui causent de l'œdème.
- Prescrire les bas de compression avec mesure et enseignement ; réévaluer l'IPS au besoin.
- Référer : néphrologie (néphrose), clinique de lymphœdème, chirurgie vasculaire (ulcère veineux réfractaire).
Pièges et perles
- Un œdème bilatéral peut aussi être une TVP bilatérale (cancer, compression pelvienne) : ne pas l'écarter d'emblée.
- L'apnée du sommeil et l'hypertension pulmonaire sont des causes souvent oubliées d'œdème bilatéral.
- Le lipœdème (femme, jambes symétriques, pieds épargnés, douleur au toucher) ne répond pas aux diurétiques ni à la perte de poids.
- Chez l'alité, l'œdème migre vers le sacrum et le dos : examiner le patient couché.
- Œdème localisé chaud et douloureux : penser à la cellulite, mais la dermatite de stase bilatérale est souvent confondue avec une cellulite bilatérale (rare).
Références
- Trayes KP, Studdiford JS, Pickle S, Tully AS. Edema: Diagnosis and Management. Am Fam Physician. 2013;88(2):102-110 — https://www.aafp.org/pubs/afp/issues/2013/0715/p102.html
- Patel H, Skok CJ, DeMarco A. Peripheral Edema: Evaluation and Management in Primary Care. Am Fam Physician. 2022;106(5):557-564 — https://www.aafp.org/pubs/afp/issues/2022/1100/peripheral-edema.html
- Team V, Gethin G, Ivory JD, et al. Ankle Brachial Pressure Index and compression application: review summary. Wound Practice and Research. 2019;27(2):74-77. doi:10.33235/wpr.27.2.74-77 — https://journals.cambridgemedia.com.au/wpr/volume-27-no-2/ankle-brachial-pressure-index-and-compression-application-review-summary
- Khan S, Linganna M. Diagnosis and management of ascites, spontaneous bacterial peritonitis, and hepatorenal syndrome (synthèse de la guidance AASLD 2021 : Biggins SW et al., Hepatology 2021;74(2):1014-1048). Cleve Clin J Med. 2023;90(4):209-213. doi:10.3949/ccjm.90a.22028 — https://www.ccjm.org/content/90/4/209