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Deuil

PsychiatrieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Le deuil est une réaction normale à une perte significative. Son intensité et sa durée varient selon la personne et la culture. En 1re ligne, on offre soutien, normalisation et attente vigilante, sans antidépresseur. On reste attentif à 2 diagnostics : la dépression majeure, qui se diagnostique même en contexte de deuil, et le trouble du deuil prolongé (DSM-5-TR : ≥ 12 mois). La psychothérapie spécifique au deuil prolongé est plus efficace que les antidépresseurs.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Idées suicidaires liées à la dévalorisation : toujours demander.
  • Dysphorie envahissante, perte de réactivité, culpabilité globale, ralentissement psychomoteur marqué : dépression majeure.
  • Ennui intense ou préoccupation quotidienne ≥ 12 mois après le décès : trouble du deuil prolongé.
  • Hausse de l'alcool, des drogues ou des sédatifs ; isolement, dénutrition, abandon de la médication chez la personne âgée. ✅ À faire maintenant

  • Relation avec le défunt, circonstances du décès (soudain, traumatique, décès d'un enfant), soutien social.

  • PHQ-9, risque suicidaire, consommation, TSPT si décès traumatique.
  • Brief Grief Questionnaire (≥ 5 : évaluer plus) ; PG-13-R (≥ 30 : compatible avec deuil prolongé).
  • Santé du survivant : sommeil, observance, maladies chroniques. 💊 Premières ordonnances

  • Deuil normal : soutien, normalisation, attente vigilante ; pas d'antidépresseur ni de benzodiazépine.

  • Dépression majeure : ISRS + psychothérapie (voir fiche Dépression).
  • Deuil prolongé : psychothérapie spécifique (le citalopram n'améliore pas le deuil).
  • Ressources : Info-Social 811 (option 2), groupes d'endeuillés, PAE ; suivi dans 4–8 semaines. 📞 Appeler / référer si

  • Risque suicidaire : évaluation urgente.

  • Trouble du deuil prolongé : psychologie, psychiatrie ou programme spécialisé en deuil.
  • À l'hôpital : intervenant en soins spirituels et travailleur social lors de l'annonce ; appel de suivi après un décès à l'USI ou traumatique.

🔗 Ressources et raisonnement

Deuil normal

  • Évolution habituelle, non linéaire, en vagues déclenchées par des rappels (anniversaires, fêtes) :
  • Choc, protestation et incrédulité.
  • Recherche du défunt et détresse aiguë.
  • Désespoir et détachement.
  • Réorganisation.
  • Manifestations normales :
  • Tristesse, pleurs, ennui intense du défunt, culpabilité centrée sur ce qui a été fait ou non au moment du décès.
  • Troubles du sommeil et de l'appétit.
  • Brèves impressions d'entendre ou de voir le défunt.
  • La solitude est le symptôme le plus persistant d'un deuil normal ; elle peut durer des années.
  • Le deuil s'accompagne d'une hausse de la morbidité et de la mortalité pendant la 1re année, surtout chez le conjoint survivant (événements cardiovasculaires, suicide, consommation).

Facteurs de risque de deuil compliqué

  • Mort soudaine, violente, traumatique (suicide, homicide, COVID-19 à l'USI) ou non anticipée.
  • Décès d'un enfant.
  • Relation très dépendante avec le défunt, détresse initiale élevée.
  • Faible soutien social, autres pertes ou stress concomitants.
  • Antécédents psychiatriques, surtout de dépression ou d'anxiété de séparation.

Distinguer : deuil normal, dépression, deuil prolongé

Élément Deuil normal Dépression majeure Trouble du deuil prolongé
Émotion dominante Ennui et nostalgie en vagues, liés aux rappels du défunt Dysphorie envahissante, indépendante des rappels, perte de réactivité de l'humeur Ennui intense du défunt ou préoccupation quotidienne envers lui
Estime de soi Préservée Dévalorisation, sentiment d'inutilité Identité ébranlée (« une partie de moi est morte »)
Culpabilité Centrée sur le décès Globale Centrée sur le décès
Pensées de mort Désir de « rejoindre » le défunt Idées suicidaires liées à la dévalorisation Sentiment que la vie n'a plus de sens
Perceptions Voir ou entendre brièvement le défunt Hallucinations d'autre nature (dépression psychotique) Évitement des rappels
Fonctionnement Retour progressif Ralentissement psychomoteur marqué, atteinte prolongée Atteinte significative ≥ 12 mois après le décès
Traitement Soutien Antidépresseur ± psychothérapie Psychothérapie spécifique

⚠️ Mis à jour (DSM-5-TR, 2022) : le diagnostic officiel est le trouble du deuil prolongé. Il remplace le « deuil complexe persistant », qui n'était qu'une condition à l'étude dans le DSM-5. Critères : - Décès d'un proche il y a au moins 12 mois (6 mois chez l'enfant ; CIM-11 : 6 mois chez l'adulte). - Ennui intense du défunt ou préoccupation envers lui, presque tous les jours depuis au moins 1 mois. - ≥ 3 symptômes sur 8 : sentiment qu'une partie de soi est morte, incrédulité, évitement des rappels, douleur émotionnelle intense, difficulté à reprendre sa vie, engourdissement émotionnel, sentiment que la vie n'a plus de sens, solitude intense. - Détresse ou atteinte fonctionnelle significative, au-delà des normes culturelles. - Prévalence : environ 10 % des endeuillés.

Évaluation

  • Relation avec le défunt et circonstances du décès (soudain, traumatique, à l'hôpital).
  • Soutien social, rôles perdus (proche aidant), enjeux financiers.
  • Dépister :
  • Dépression (PHQ-9).
  • Risque suicidaire : toujours le demander.
  • Hausse de la consommation d'alcool, de tabac, de drogues ou de sédatifs.
  • TSPT si le décès a été traumatique.
  • Outils :
  • Brief Grief Questionnaire (5 items ; un score ≥ 5 justifie une évaluation plus poussée).
  • PG-13-R (un score ≥ 30 est compatible avec un deuil prolongé).
  • Santé physique du survivant : sommeil, observance de ses propres traitements, suivi des maladies chroniques.

Prise en charge

Deuil normal

  • Soutien, éducation et normalisation du processus. On explique que les vagues et la solitude sont attendues.
  • Ne pas traiter un deuil normal avec des antidépresseurs ou des anxiolytiques : il faut laisser la personne vivre son deuil. On évite les benzodiazépines, qui peuvent nuire au travail de deuil et entraîner une dépendance.
  • Hygiène du sommeil, activité physique, maintien des routines et des liens sociaux.
  • Ressources : groupes d'endeuillés, maisons de soins palliatifs (suivi de deuil), organismes communautaires, Info-Social 811 (option 2), programme d'aide aux employés.
  • Rendez-vous de suivi dans 4 à 8 semaines, puis autour des dates significatives.

Dépression majeure en contexte de deuil

  • Si les critères de dépression majeure sont remplis, on pose le diagnostic de dépression, même dans un contexte de deuil. Le DSM-5 a retiré l'« exclusion de deuil ».
  • On traite selon la fiche Dépression : ISRS et psychothérapie, surtout en présence d'antécédents de troubles de l'humeur, de symptômes sévères ou autonomes, ou d'idées suicidaires.

Trouble du deuil prolongé

  • Psychothérapie spécifique :
  • Prolonged Grief Disorder Therapy (16 séances) ou TCC centrée sur le deuil, en individuel ou en groupe.
  • Dans les essais du NIMH, 71 % des patients étaient répondeurs, contre 44 % avec un traitement de la dépression.
  • Pharmacothérapie : le citalopram n'améliore pas les symptômes de deuil (essai HEAL), mais il aide en cas de dépression associée. La naltrexone est à l'étude.
  • Orienter vers la psychologie ou la psychiatrie, ou vers un programme spécialisé en deuil.

En milieu hospitalier

  • Annonce d'un décès :
  • Choisir un lieu calme, s'asseoir.
  • Utiliser le mot « décédé » sans euphémisme.
  • Laisser du silence, offrir la présence de l'intervenant en soins spirituels et du travailleur social.
  • Le deuil anticipé commence avant le décès (soins palliatifs, CHSLD). Préparer la famille réduit le risque de deuil compliqué.
  • Après un décès à l'USI ou un décès traumatique, offrir à la famille un rendez-vous ou un appel de suivi et lui remettre les ressources.
  • Chez le soignant : reconnaître son propre deuil professionnel (CHSLD, soins palliatifs) et prendre des temps de bilan d'équipe.

Pièges et perles

  • Les impressions de voir ou d'entendre le défunt sont normales. Des hallucinations d'une autre nature, une culpabilité globale ou une dévalorisation orientent vers une dépression.
  • Chez la personne âgée endeuillée, on surveille l'isolement, la dénutrition, l'abandon de la médication et l'alcool.
  • Le deuil est aussi culturel : les rites, la durée et l'expression varient. On évalue la souffrance et l'atteinte fonctionnelle plutôt que la « conformité » à un modèle.

Références