Dr H. Hospitaliste

Fiches › Hématologie, oncologie et anticoagulation

FSC et hémogramme : anomalies de la formule sanguine

Hématologie, oncologie et anticoagulationFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Devant une anomalie de la FSC, on se demande : excès ou déficit ? une seule lignée ou plusieurs ? transitoire ou persistante ? On compare aux FSC antérieures et on regarde le frottis. Une anomalie isolée et transitoire avec une cause évidente est en général réactionnelle et bénigne. Une anomalie persistante, sans cause, touchant plusieurs lignées ou avec des cellules anormales au frottis suggère une cause primaire (médullaire) et justifie une consultation en hématologie. Certains seuils imposent une évaluation le jour même.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Neutrophiles < 0,5 × 10⁹/L avec T ≥ 38,3 °C (ou ≥ 38,0 °C 1 h) : neutropénie fébrile, antibiotiques IV dans l'heure.
  • Plaquettes < 20 × 10⁹/L, ou < 50 avec saignement ; Hb < 70 g/L sans saignement.
  • Frottis : blastes, érythroblastes, leucoérythroblastose, schistocytes (MAT : PTT, SHU, CIVD, HELLP).
  • Hémolyse, hyperleucocytose > 100 × 10⁹/L (leucostase), pancytopénie inexpliquée.
  • Héparine : chute des plaquettes > 50 % entre J5 et J10 (TIH). ✅ À faire maintenant

  • Comparer aux FSC antérieures ; frottis.

  • Une lignée ou plusieurs ? Transitoire ou persistante ? Cause évidente ?
  • Anémie : VGM, réticulocytes, ferritine et saturation ; si hémolyse : LDH, haptoglobine, bilirubine, Coombs.
  • Thrombopénie : exclure les amas (tube citraté) ; LDH, haptoglobine, créatinine, RIN, TCA, fibrinogène ; score 4T, PLASMIC.
  • Revoir les médicaments (clozapine, antithyroïdiens, héparine). 💊 Premières ordonnances

  • TIH probable (4T intermédiaire ou élevé) : arrêter toute héparine, anticoagulant non héparinique.

  • PTI (plaquettes < 20–30 ou saignement) : prednisone 1 mg/kg ou dexaméthasone 40 mg × 4 j ; IgIV si saignement.
  • PTT : plasmaphérèse ; éviter les plaquettes sauf saignement grave.
  • Neutropénie médicamenteuse : cesser, déclarer. 📞 Appeler / référer si

  • Hématologie urgente : MAT, blastes, neutropénie fébrile, leucostase.

  • Hématologie : cytopénie persistante inexpliquée, bi- ou pancytopénie, plaquettes > 1 000, lymphocytes > 5 × 10⁹/L persistants, polyglobulie sans cause.
  • Carence en fer inexpliquée (homme, femme ménopausée) : investigation digestive.

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Hématologie et néoplasie hématologique · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Drapeaux rouges : hématologie rapide ou urgence

  • Plaquettes < 20 × 10⁹/L, ou < 50 avec saignement.
  • Hb < 70 g/L sans saignement (s'il y a saignement : gastroentérologie ou urgence).
  • Neutrophiles < 0,5 × 10⁹/L avec T ≥ 38,3 °C, ou ≥ 38,0 °C soutenue 1 h : neutropénie fébrile, antibiotiques IV dans l'heure.
  • Au frottis : blastes, érythroblastes, leucoérythroblastose, schistocytes en nombre significatif.
  • Anémie hémolytique (réticulocytes ↑, LDH ↑, haptoglobine ↓), forte monocytose, hyperleucocytose > 100 × 10⁹/L (leucostase).
  • Pancytopénie inexpliquée.

Anémie

Classification

VGM Réticulocytes bas (production) Pistes
Microcytaire (< 80 fL) Carence en fer, inflammation, thalassémie, sidéroblastique Ferritine, saturation de la transferrine ; électrophorèse de l'Hb si la ferritine est normale
Normocytaire Inflammation, IRC, endocrinopathie, envahissement médullaire, mixte Créatinine, TSH, CRP, frottis
Macrocytaire (> 100 fL) B12, folates, alcool, hépatopathie, hypothyroïdie, médicaments (MTX, hydroxyurée), myélodysplasie B12, folates, bilan hépatique, TSH, frottis
Réticulocytes élevés Hémolyse ou saignement aigu LDH, haptoglobine, bilirubine, Coombs direct, frottis (schistocytes, sphérocytes)

Carence en fer ou anémie inflammatoire

Examen Carence en fer Anémie inflammatoire
Ferritine ≤ 30 µg/L (jusqu'à ≤ 50 avec symptômes ou facteurs de risque) Normale ou ↑ (> 100)
Saturation de la transferrine < 20 % < 20 %
Capacité de fixation (CTFF) ↑ Normale ou ↓
VGM < 70–75 fL évocateur Normal ou légèrement ↓
  • Le fer sérique seul n'est pas utile.
  • Inflammation (CRP élevée, IRC, IC, cancer) : on retient une carence si la ferritine < 100 µg/L ou la saturation < 20 %.
  • Chez l'adulte avec une carence en fer sans cause évidente (homme, femme ménopausée) : investigation digestive (gastroscopie, colonoscopie, sérologie cœliaque).

⚠️ Mis à jour (ASH, 2026) : le seuil de ferritine pour la carence en fer passe à ≤ 30 µg/L chez l'adulte, au lieu de ≤ 15. Il monte à ≤ 50 en présence de symptômes, de saignements utérins abondants, avant une chirurgie ou un projet de grossesse. En contexte inflammatoire : ferritine < 100 ou saturation < 20 % (un seul critère suffit).

Quand référer en hématologie pour une anémie

  • Anémie significative ou symptomatique inexpliquée : penser à la myélodysplasie chez la personne âgée macrocytaire.
  • Anémie microcytaire avec ferritine normale : hémoglobinopathie ?
  • Anémie régénérative ou hémolytique.
  • Anémie non isolée : bi- ou pancytopénie.
  • La demande précise : FSC, type d'anémie, évolution dans le temps, symptômes.

Leucocytes

Excès

Lignée Réactionnel Primaire
Neutrophiles Infection bactérienne, inflammation sévère, nécrose tissulaire, cancer, stress, corticostéroïdes, tabac, splénectomie Syndrome myéloprolifératif (LMC) : déviation gauche avec myélocytes, basophilie, splénomégalie
Lymphocytes Infections virales (EBV, CMV), coqueluche, stress aigu Syndrome lymphoprolifératif (LLC, lymphome)
Monocytes Infection chronique (TB, endocardite), inflammation, récupération médullaire LMMC (monocytes > 1 × 10⁹/L persistants)
Éosinophiles Médicaments (DRESS), parasites (strongyloïde), atopie, insuffisance surrénalienne, vasculite (EGPA) Néoplasies myéloïdes ou lymphoïdes
  • Lymphocytose : quand référer ?
  • Lymphocytes > 5 × 10⁹/L persistants, ou lymphocytose associée à une autre anomalie de la FSC ou à des adénopathies ou une splénomégalie.
  • Demander la cytométrie en flux (immunophénotypage) du sang périphérique.
  • LLC : le diagnostic repose sur ≥ 5 × 10⁹/L lymphocytes B clonaux. On la traite seulement si elle est active : symptômes B, adénopathies ou organomégalie symptomatiques, anémie ou thrombopénie. Le suivi se fait selon l'âge et les comorbidités. Les autres syndromes lymphoprolifératifs se réfèrent d'emblée.

Neutropénie

Mécanisme Causes
Défaut de production Chimiothérapie, radiothérapie, myélodysplasie, leucémie à grands lymphocytes granuleux (LGL), envahissement médullaire
Défaut de maturation Carence en B12 ou folates (touche souvent plusieurs lignées)
Survie raccourcie (souvent isolée) Auto-immune (lupus, PR, Felty), médicaments (sulfamidés, clozapine, antithyroïdiens, quinine, β-lactamines), infections virales ou sepsis
Autres Hypersplénisme, neutropénie ethnique bénigne (Duffy-null)
  • Neutrophiles < 1,0 : on révise les médicaments et on demande un frottis. < 0,5 avec fièvre : urgence.
  • Neutropénie ethnique bénigne : neutrophiles environ 1,0–1,5, stable, asymptomatique, personne d'ascendance africaine ou moyen-orientale. On évite de l'investiguer à répétition.

Plaquettes

Thrombopénie

Oui

Non

Plaquettes < 150 x 10⁹/L

Amas au frottis ?
Recompter sur tube citraté

Pseudothrombopénie
(EDTA) : aucun traitement

Frottis, LDH, haptoglobine,
bilirubine, créatinine, RIN, TCA, fibrinogène

Schistocytes + LDH ↑
+ haptoglobine ↓

MAT : PTT, SHU, CIVD,
HELLP, HTA maligne
→ URGENCE hématologie

Frottis normal,
thrombopénie isolée

Médicaments : héparine (score 4T),
antibiotiques, anticonvulsivants,
AINS, quinine

Infection : VIH, VHC, H. pylori,
sepsis ; cirrhose et
hypersplénisme ; alcool

PTI : diagnostic d'exclusion

Autres lignées atteintes
ou cellules anormales

Cause centrale : B12,
myélodysplasie, leucémie
→ hématologie

  • Toujours chercher une cause médicamenteuse. À l'hôpital : thrombopénie induite par l'héparine (TIH) si les plaquettes chutent de > 50 % entre le jour 5 et le jour 10 de l'héparine. Calculer le score 4T ; si l'évaluation est intermédiaire ou élevée, arrêter toute héparine et passer à un anticoagulant non héparinique.
  • PTT : suspicion devant une thrombopénie + schistocytes, avec ou sans atteinte neurologique ou rénale. Calculer le score PLASMIC. Urgence : plasmaphérèse. Éviter de transfuser des plaquettes sauf saignement grave.
  • Centrale ou périphérique : un VPM élevé suggère une cause périphérique (destruction), mais ce n'est pas un bon test.
  • PTI : traiter si les plaquettes sont < 20–30 ou s'il y a saignement. Prednisone 1 mg/kg ou dexaméthasone 40 mg × 4 j ; ajouter des IgIV si saignement ou urgence.

Thrombocytose

Plaquettes Conduite
< 1 000 × 10⁹/L Contrôler. Chercher une cause secondaire : bilan martial (carence en fer), CRP (inflammation, infection), cancer, splénectomie, post-partum, post-hémorragie. Hématologie si elle persiste sans cause
> 1 000 × 10⁹/L Hématologie (risque hémorragique par Willebrand acquis, et thrombotique)

Syndromes myéloprolifératifs (SMP)

SMP Marqueur Risque principal Traitement
LMC BCR-ABL + Transformation leucémique (100 % sans traitement) Inhibiteur de tyrosine kinase (imatinib, etc.)
Polyglobulie de Vaquez JAK2 + (environ 95 %) Thrombose Saignées (Ht < 45 %), AAS, hydroxyurée selon le risque
Thrombocytémie essentielle JAK2 (environ 50 %), CALR, MPL Thrombose, saignement AAS ; hydroxyurée si > 60 ans ou ATCD de thrombose
Myélofibrose JAK2 (environ 50 %), CALR, MPL Cytopénies, splénomégalie, transformation Selon le risque (inhibiteur de JAK, greffe)
  • Polyglobulie : Hb > 165 g/L (homme) ou > 160 g/L (femme). On cherche d'abord une cause secondaire : tabac, apnée du sommeil, MPOC, testostérone, inhibiteurs SGLT2, tumeur rénale. On demande JAK2 et EPO.

Approche générale

Question Oriente vers une cause réactionnelle (bénigne) Oriente vers une cause primaire (maligne)
Durée Transitoire Persistante
Lignées Une seule Plusieurs (bi- ou pancytopénie)
Cause Évidente (infection, inflammation, médicament) Aucune
Frottis Normal ou réactionnel Blastes, cellules immatures, érythroblastes, dysplasie
Conduite Traiter la cause, contrôler la FSC Frottis, consultation en hématologie

💡 Dr H. : toujours regarder les FSC antérieures. On élimine les causes réversibles, puis on contrôle. Une anomalie qui persiste sans cause n'est pas réactionnelle.

Suivi et congé

  • Contrôler la FSC en 1 à 4 semaines selon la sévérité. Joindre les FSC antérieures et le frottis à la demande de consultation.
  • Avant le congé, il faut prévoir un plan pour une cytopénie inexpliquée : consultation datée, seuils pour revenir (fièvre si neutropénie, saignement si thrombopénie).
  • Neutropénie médicamenteuse (clozapine, méthimazole) : cesser le médicament, déclarer, et ne pas le réintroduire sans avis spécialisé.

Pièges et perles

  • Une déviation gauche avec myélocytes et basophilie n'est pas une simple infection : penser à la LMC.
  • Les corticostéroïdes font monter les neutrophiles de 4 à 5 × 10⁹/L en 24–48 h et baisser les lymphocytes et les éosinophiles.
  • Une carence en B12 peut causer une pancytopénie avec LDH très élevée qui imite une hémolyse ou une MAT (pseudo-MAT).
  • Une éosinophilie chez un patient né en zone tropicale qui doit recevoir des corticostéroïdes : penser au strongyloïde (sérologie ou ivermectine empirique).

Références