Dr H. Hospitaliste

Fiches › Cardiologie

Hypotension et hypotension orthostatique

CardiologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Devant une hypotension aiguë, on évalue la perfusion et le volume pour classer le choc (hypovolémique, distributif, cardiogénique, obstructif) et traiter sans délai. L'hypotension orthostatique (HTO) est une baisse de TAS ≥ 20 ou de TAD ≥ 10 mmHg (ou une TAS debout < 90) dans les 3 min suivant le lever. Le rapport Δ FC / Δ TAS < 0,5 oriente vers une cause neurogène. On commence par retirer les médicaments en cause et par les mesures non pharmacologiques ; la midodrine et la fludrocortisone viennent ensuite.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • TAS < 90, PAM < 65 ou baisse > 40 mmHg + hypoperfusion (lactate > 2, oligurie, confusion, marbrures, remplissage capillaire > 3 s) : choc.
  • Fièvre, GB anormaux : choc septique.
  • TVC élevée : cardiogénique ou obstructif (tamponnade, EP, pneumothorax).
  • Saignement ; syncope ou chutes. ✅ À faire maintenant

  • Revérifier la TA (brassard adapté, bras opposé), comparer à la TA habituelle.

  • Profil : extrémités, pression pulsée, TVC, crépitants ; ECG, troponine, écho au chevet.
  • Revoir la médication : antihypertenseurs, opioïdes, sédatifs, nitrates, tamsulosine.
  • HTO : TA/FC après 5 min couché puis à 1 et 3 min debout ; Δ FC / Δ TAS < 0,5 = neurogène (sauf β-bloqueur).
  • FSC, électrolytes, créatinine, glycémie, B12, TSH, cortisol AM si soupçon. 💊 Premières ordonnances

  • Hypovolémie : cristalloïdes isotoniques.

  • Choc septique : hémocultures, antibiotiques idéalement < 1 h, au moins 30 mL/kg de cristalloïdes (balancés) en 3 h, noradrénaline pour une PAM ≥ 65.
  • HTO : cesser les médicaments en cause, liquides 2–2,5 L/j, sodium ≥ 2–3 g/j, bas compressifs 30–40 mmHg, tête du lit surélevée la nuit.
  • Persistant : midodrine 2,5 mg PO tid → 10 mg tid (pas dans les 3–5 h avant le coucher) ou fludrocortisone 0,1 mg → 0,2 mg PO die. 📞 Appeler / référer si

  • Soins intensifs : choc, vasopresseur requis (voir fiche Choc).

  • Neurologie : HTO neurogène inexpliquée ; physio/ergo pour les chutes.

🔗 Ressources et raisonnement

Hypotension aiguë

  • Définition pratique : TAS < 90 ou PAM < 65 mmHg, ou baisse > 40 mmHg par rapport à la valeur habituelle. Elle devient un choc s'il y a hypoperfusion : lactate > 2, oligurie, confusion, marbrures, remplissage capillaire > 3 s.
  • Toujours vérifier la mesure (brassard adapté, bras opposé) et comparer à la TA habituelle.
Profil Indices Diagnostic empirique Conduite initiale
Extrémités froides, pression pulsée pincée, TVC basse Pertes, saignement Hypovolémie Cristalloïdes isotoniques, chercher une hémorragie, transfuser au besoin
Extrémités chaudes, pression pulsée large, fièvre ou hypothermie, GB anormaux Source infectieuse Choc septique (distributif) Hémocultures, antibiotiques idéalement < 1 h, au moins 30 mL/kg de cristalloïdes en 3 h, noradrénaline pour une PAM ≥ 65
Extrémités froides, TVC élevée, œdème, crépitants, galop, douleur thoracique ECG, troponine, écho Choc cardiogénique Éviter le remplissage massif, inotrope ou vasopresseur, revascularisation
TVC élevée, poumons clairs Écho au chevet Obstructif : tamponnade, EP massive, pneumothorax sous tension Traiter la cause (péricardiocentèse, thrombolyse, décompression)

⚠️ Mis à jour (Surviving Sepsis Campaign, 2021) : la noradrénaline est le vasopresseur de 1re intention (recommandation forte), et non la dopamine. Cible initiale de PAM 65 mmHg. En présence de dysfonction cardiaque avec hypoperfusion persistante malgré volume et TA adéquats : ajouter la dobutamine (ou adrénaline seule). On suggère les cristalloïdes balancés (Lactate Ringer) plutôt que le NaCl 0,9 %. Voir la fiche Choc pour le détail.

  • Autres causes à l'étage : médicaments (antihypertenseurs, opioïdes, sédatifs, nitrates, tamsulosine), insuffisance surrénalienne (voir la fiche dédiée), anaphylaxie, arythmie, hypotension postprandiale, choc spinal.

Hypotension orthostatique : définitions

Type Définition
HTO classique Baisse de TAS ≥ 20 ou TAD ≥ 10 mmHg dans les 3 min du lever (ou d'une bascule à 60°) ; l'ESC ajoute une TAS debout < 90 mmHg
HTO avec HTA en décubitus (TA couchée ≥ 140/90) Baisse de TAS ≥ 30 ou TAD ≥ 15 mmHg
HTO initiale Baisse transitoire de TAS ≥ 40 et/ou TAD ≥ 20 dans les 15 premières secondes, résolue en 45–60 s ; souvent bénigne chez le jeune
HTO retardée Mêmes seuils, mais la baisse apparaît après 3 min ; peut nécessiter une table basculante
Hypotension postprandiale Baisse de TA après les repas ; fréquente chez la personne âgée et dans l'HTO neurogène
POTS (pour mémoire) Hausse de FC ≥ 30/min en 10 min debout, sans HTO ; jeune femme surtout

Technique (test de Schellong simplifié)

  • TA et FC après 5 min en décubitus, puis à 1 et 3 min debout.
  • Noter les symptômes : étourdissements, vision trouble, faiblesse, douleur en cintre (nuque et épaules), chutes.
  • Si le patient ne peut pas se tenir debout : position assise jambes pendantes (moins sensible), ou table basculante.

Causes

Avec tachycardie compensatoire (Δ FC / Δ TAS ≥ 0,5) : non neurogène Sans tachycardie (Δ FC / Δ TAS < 0,5) : neurogène
Déshydratation : diarrhée, vomissements, apport insuffisant, dialyse, hyperglycémie Neuropathie autonome : diabète, amyloïdose, carence en B12, alcool, chimiothérapie, Guillain-Barré
Hémorragie, anémie Synucléinopathies : maladie de Parkinson, atrophie multisystémique, démence à corps de Lewy, insuffisance autonome pure
Insuffisance surrénalienne Lésion médullaire
Cœur dysfonctionnel : sténose aortique, cardiomyopathie, insuffisance cardiaque
Médicaments (« 6 anti ») : antihypertenseurs, antiangineux (nitrates), antiparkinsoniens, antidépresseurs (tricycliques, trazodone), antipsychotiques, alpha-bloquants pour l'HBP ; aussi diurétiques, opioïdes, IAChE Bêta-bloquants (empêchent la tachycardie : faux aspect « neurogène »)
Alitement prolongé, déconditionnement Hypothyroïdie (contribue)

Prise en charge de l'HTO

Évaluation

  • Revue de la médication (la cause la plus fréquente et la plus réversible à l'hôpital).
  • FSC, électrolytes, créatinine, glycémie, B12, TSH, cortisol AM si soupçon, ECG.
  • Chercher une dysautonomie : constipation, rétention urinaire, dysfonction érectile, anhidrose, signes parkinsoniens, neuropathie. Avis en neurologie si cause neurogène inexpliquée.
  • Dépister l'HTA en décubitus (TA ≥ 140/90 après 5 min couché) : fréquente dans l'HTO neurogène, elle limite les traitements.

Mesures non pharmacologiques

  • Lever en 3 temps (s'asseoir, attendre, se lever), éviter la chaleur, les bains chauds et l'effort après les repas.
  • Liquides 2–2,5 L/j et au moins 2–3 g de sodium/j (si pas d'IC ni d'HTA couchée importante).
  • Repas petits et fréquents, moins de glucides et d'alcool (hypotension postprandiale).
  • Manœuvres de contre-pression : croiser les jambes, serrer les cuisses, s'accroupir.
  • Bas de compression jusqu'à la taille (pression graduée 30–40 mmHg) ou ceinture abdominale.
  • Tête du lit surélevée de 30–45° la nuit (réduit la natriurèse nocturne et l'HTA couchée).
  • Activité physique adaptée (vélo couché, piscine) ; éviter le déconditionnement.

Médicaments

Médicament Dose Précautions
Midodrine (agoniste alpha-1) 2,5 mg PO tid, titrer jusqu'à 10 mg tid ; doses au lever, à midi et en fin d'après-midi Pas dans les 3–5 h avant le coucher ni en décubitus (HTA couchée) ; rétention urinaire, piloérection, bradycardie
Fludrocortisone (minéralocorticoïde) 0,1 mg PO die, jusqu'à 0,2 mg die Hypokaliémie, œdème, HTA couchée, IC ; surveiller K. Risques à long terme (HVG, atteinte rénale)
Pyridostigmine 60 mg PO die (hors indication) Effet modeste ; effets cholinergiques
Atomoxétine 18 mg PO die Hors indication, HTO neurogène
Droxidopa 100 mg PO tid, jusqu'à 600 mg tid Pas dans les 5 h avant le coucher ; accès limité au Canada
  • On traite pour réduire les symptômes et les chutes, et non pour normaliser la TA debout.
  • HTA en décubitus : éviter de se coucher à plat le jour, surélever la tête du lit ; un antihypertenseur à courte action au coucher se discute avec un avis spécialisé.

Algorithme

Baisse TAS ≥ 20
ou TAD ≥ 10

Normal, forte suspicion

≥ 0,5

Moins de 0,5
(sans bêta-bloquant)

Oui

Non

Chute, étourdissement au lever
ou syncope

TA et FC couché 5 min
puis debout 1 et 3 min

HTO confirmée
Calculer Δ FC / Δ TAS

Répéter le matin, après repas
ou jusqu'à 10 min
ou table basculante

Non neurogène :
volume, saignement,
médicaments, surrénale

Neurogène :
diabète, Parkinson, AMS,
B12, amyloïdose

Corriger la volémie
Cesser ou réduire
les médicaments en cause

Mesures non pharmacologiques
Dépister l'HTA couchée

Symptômes persistants ?

Midodrine 2,5-10 mg tid
ou fludrocortisone 0,1-0,2 mg die

Suivi, prévention des chutes

Suivi et congé

  • Réviser les antihypertenseurs chez la personne âgée fragile : on tolère une TA plus élevée pour éviter les chutes.
  • Mesures orthostatiques de contrôle après chaque changement de médicament.
  • Physiothérapie et ergothérapie : prévention des chutes, aides techniques.
  • Conduite : pas de conduite si présyncope ou syncope jusqu'au contrôle des symptômes (voir la fiche Conduite automobile).

Pièges et perles

  • Un patient sous bêta-bloquant n'accélère pas : le rapport Δ FC / Δ TAS n'est alors pas interprétable.
  • L'HTO est souvent pire le matin, après les repas et après l'alitement : mesurer à ces moments.
  • Avant d'ajouter la midodrine, retirer la tamsulosine, la trazodone, les nitrates ou le diurétique de trop.
  • Chez le diabétique, l'HTO annonce une neuropathie autonome cardiaque, un marqueur de mauvais pronostic.
  • Une HTO neurogène nouvelle chez un patient avec parkinsonisme oriente vers l'atrophie multisystémique ou les corps de Lewy.

Références