Dr H. Hospitaliste

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Insomnie

PsychiatrieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : L'insomnie chronique se traite en 1re intention par la TCC-I, efficace chez environ 2 patients sur 3 et dont l'effet persiste. Un hypnotique se réserve à l'insomnie aiguë ou à l'échec ou à l'inaccessibilité de la TCC-I. On le prescrit alors à la dose minimale, de façon intermittente et pour < 4 semaines. À l'hôpital, on corrige d'abord les causes (douleur, bruit, lumière, nycturie, délirium, sevrage). On ne commence pas un nouvel hypnotique de routine chez la personne âgée : risque de chutes et de délirium.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Somnolence diurne marquée, ronflements, apnées observées : apnée du sommeil, narcolepsie.
  • Dépression, anxiété, trouble lié à une substance.
  • Hospitalisé âgé ou délirant : BZD et Z-drugs ↑ chutes et délirium.
  • Arrêt brutal d'un hypnotique pris à domicile : sevrage, rebond. ✅ À faire maintenant

  • Critères : ≥ 3 nuits/sem. depuis ≥ 3 mois avec conséquence diurne.

  • Causes : douleur, nycturie, RGO, SJSR, médicaments (corticoïdes, diurétiques le soir, ISRS), caféine, alcool.
  • ISI et journal de sommeil sur 2 semaines.
  • À l'hôpital : regrouper les soins de nuit, bouchons, masque, mobiliser le jour. 💊 Premières ordonnances

  • TCC-I en 1re intention (contrôle du stimulus, restriction du temps au lit).

  • Si hypnotique : dose minimale, intermittent, < 4 sem.
  • Zopiclone 3,75–7,5 mg HS (≥ 65 ans : 3,75–5 mg) ; doxépine 3–6 mg HS (maintien) ; mélatonine LP 2 mg ; lemborexant 5 mg HS.
  • 2e ligne chez la personne âgée : trazodone 25–50 mg HS.
  • Éviter quétiapine et diphénhydramine. 📞 Appeler / référer si

  • Polysomnographie si apnée, parasomnie ou mouvements anormaux soupçonnés.

  • Psychiatrie ou psychologie selon la comorbidité.
  • Au congé : ne pas renouveler un hypnotique commencé à l'hôpital ; déprescription (−25 % q2 sem.) chez les ≥ 65 ans.

🔗 Ressources et raisonnement

Définition

  • Insomnie chronique (ICSD-3). Les 6 critères sont tous requis :
  • au moins une plainte de sommeil : difficulté d'endormissement, réveils nocturnes ou réveil précoce ;
  • au moins une conséquence diurne : fatigue, troubles d'attention ou de mémoire, irritabilité, somnolence, baisse d'énergie, erreurs ou accidents, inquiétude face au sommeil ;
  • les plaintes ne s'expliquent pas par un manque d'occasion de dormir ni par un environnement inadéquat ;
  • ≥ 3 nuits par semaine, depuis ≥ 3 mois ;
  • elles ne s'expliquent pas mieux par un autre trouble du sommeil.
  • Insomnie aiguë (d'ajustement) : elle dure < 3 mois et est liée à un stresseur (deuil, hospitalisation, maladie).
  • Les besoins de sommeil varient de 5 à 10 h selon la personne et diminuent avec l'âge. Ce qui compte, c'est le fonctionnement diurne, pas le nombre d'heures.

Causes secondaires à rechercher

Système Exemples
Neurologique SJSR, trouble du comportement en sommeil paradoxal, trouble neurocognitif, Parkinson
Respiratoire et cardiaque Apnée du sommeil, orthopnée, DPN, toux
Urinaire et digestif Nycturie, polyurie nocturne, incontinence, RGO, diarrhée
Endocrinien Hyperthyroïdie, dysglycémie, hypercortisolisme
Psychiatrique Dépression, anxiété, psychose, trouble lié à une substance
Autres Douleur, prurit
Médicaments Corticostéroïdes, diurétiques le soir, ISRS/IRSN, bupropion, psychostimulants, bêtabloquants non cardiosélectifs, décongestionnants, bronchodilatateurs, caféine, alcool, nicotine

💡 Si un médicament stimulant est nécessaire, le donner le plus tôt possible dans la journée : corticostéroïde le matin, diurétique avant 16 h.

Évaluation (structurée, adaptée de Morin et Benca)

  • Plainte : endormissement, maintien du sommeil, réveil précoce ou sommeil non réparateur. Préciser le début, l'élément déclencheur, la durée, la fréquence, l'effet diurne, les traitements essayés et leur effet.
  • Horaire de sommeil : heure du coucher, délai d'endormissement, éveils et activités pendant ceux-ci, heure du lever final. Comparer la semaine et la fin de semaine.
  • Cadre de sommeil : activités et écrans au lit, environnement, ruminations au coucher.
  • Fonction diurne : distinguer somnolence (évoque l'apnée ou la narcolepsie) et fatigue. Évaluer l'humeur, la cognition, les siestes.
  • Substances : médicaments, produits en vente libre, alcool, cannabis, caféine.
  • Autres symptômes : ronflement, apnées observées, impatiences, mouvements, comportements nocturnes.
  • Outils :
  • Index de sévérité de l'insomnie (ISI) pour le dépistage ;
  • journal (agenda) de sommeil sur 2 semaines pour l'évaluation et le suivi. La SQG recommande les deux chez la personne âgée.
  • Polysomnographie seulement si on soupçonne une apnée du sommeil, une parasomnie ou un mouvement anormal.

Prise en charge non pharmacologique : la TCC-I

  • Efficacité : environ 2/3 des patients répondent (latence, éveils, durée) et environ 40 % entrent en rémission. L'effet se maintient, aussi chez la personne âgée, en contexte de dépression, de douleur chronique et de cancer.
  • Composantes :
  • Contrôle du stimulus : le lit sert au sommeil et à la sexualité seulement. Se coucher seulement quand on est somnolent. Se lever si on ne dort pas après environ 20–30 min. Lever à heure fixe.
  • Restriction du temps au lit : on limite le temps au lit au temps de sommeil réel (minimum 5 h), puis on l'augmente progressivement. C'est la composante la plus puissante. Prudence en cas de bipolarité, d'épilepsie ou de chute.
  • Thérapie cognitive : défaire les croyances erronées (« il me faut absolument 8 h ») et décatastrophiser (« quel est le pire qui puisse arriver ? »).
  • Relaxation et hygiène du sommeil. L'hygiène seule est insuffisante :
    • horaire régulier ;
    • pas de caféine après le milieu de l'après-midi ;
    • pas d'alcool le soir ;
    • activité physique le jour (≥ 30 min) ;
    • chambre calme, sombre et fraîche (environ 19 °C) ;
    • éviter les siestes ;
    • lumière vive le jour, obscurité la nuit ;
    • ne pas regarder l'heure la nuit.
  • Trouble neurocognitif : enseigner aux proches et au personnel ; privilégier l'hygiène du sommeil et les volets comportementaux.
  • Ressources :
  • formats auto-administrés (livre de C. Morin, Vaincre les ennemis du sommeil) ;
  • agenda du sommeil (CETS-ULaval) ;
  • brochure sommeil et guide de sevrage des benzodiazépines du CRIUGM.

Pharmacothérapie

Principes

  • Choisir selon le type d'insomnie (endormissement, maintien, mixte), les comorbidités (dépression, TNC, apnée) et les traitements antérieurs.
  • Dose minimale efficace, prise intermittente, durée la plus courte possible (< 1 mois), réévaluation régulière.
  • Pas d'alcool. Éviter si possible en cas d'apnée du sommeil non traitée.
  • Planifier l'arrêt dès l'ordonnance.

Médicaments indiqués

Molécule Type d'insomnie Dose adulte Dose ≥ 65 ans Remarques
Zopiclone Endormissement, maintien, mixte 3,75–7,5 mg HS 3,75–5 mg Goût métallique ; dépendance, parasomnies, risque cognitif ; latence −11 à −27 min
Zolpidem SL (Sublinox) Endormissement 5–10 mg HS (femme 5 mg) 5 mg Prendre au coucher, avec ≥ 7 h de sommeil devant soi
Témazépam Mixte 15–30 mg HS 7,5–15 mg Seule BZD indiquée pour l'insomnie ; chutes, fractures, accidents de la route, mésusage
Doxépine faible dose Maintien 3–6 mg HS 3 mg Peu de dépendance ; effet anticholinergique négligeable à cette dose
Mélatonine LP Endormissement, rythme circadien 2 mg 1–2 h avant le coucher, après le repas 2 mg Effet modeste ; utile pour le trouble du rythme circadien et le TCSP
Lemborexant Endormissement, maintien 5 mg HS (max 10 mg) 5 mg Antagoniste de l'orexine ; moins de tolérance et de rebond ; somnolence résiduelle, paralysie du sommeil ; CI : narcolepsie
Daridorexant Endormissement, maintien 25–50 mg HS 25–50 mg Même classe ; éviter les inhibiteurs puissants du CYP3A4
  • Couverture RAMQ (tableau de 2025 de Dr H.) :
  • remboursés : témazépam, trazodone, mirtazapine, quétiapine ;
  • non remboursés : zopiclone, zolpidem, doxépine faible dose, antagonistes de l'orexine, mélatonine.
  • Vérifier la liste en vigueur.

💡 Recommandation de la SQG chez la personne âgée autonome : en 1re ligne, zolpidem, zopiclone, témazépam, doxépine ou mélatonine, selon la plainte, les traitements antérieurs et le coût. En 2e ligne, la trazodone (25–50 mg HS).

Médicaments non indiqués (efficacité nulle ou marginale)

Molécule Problème
Trazodone Effet très modeste ; hypotension orthostatique, chutes, priapisme. Acceptable en 2e ligne
Mirtazapine Gain de poids, somnolence résiduelle. À réserver à la dépression avec insomnie
Quétiapine Aucun bénéfice démontré ; syndrome métabolique, SEP, ↑ événements CV et mortalité chez la personne âgée. À éviter
Diphénhydramine, doxylamine Anticholinergiques : confusion, rétention, constipation ; tolérance rapide. Critères de Beers, éviter
Lorazépam, clonazépam, BZD à longue action Non indiquées pour l'insomnie. Le clonazépam est réservé aux parasomnies
Valériane, passiflore, CBD Pas de différence significative ; données faibles

À l'hôpital

  • Approche non pharmacologique d'abord (programme de prévention du délirium) :
  • regrouper les soins nocturnes et éviter les signes vitaux de nuit si inutiles ;
  • bouchons, masque, lumières tamisées ;
  • mobiliser le jour, s'assurer que le patient a ses lunettes et ses appareils auditifs ;
  • contrôler la douleur et la nycturie (diurétique le matin).
  • Ne pas prescrire de « somnifère PRN » de routine. Chez le patient âgé ou délirant, les BZD et les Z-drugs augmentent le risque de chutes et de délirium.
  • Si le patient prend déjà un hypnotique à domicile : le poursuivre (évite le sevrage et le rebond) ou planifier une diminution progressive. On ne l'arrête pas brutalement.
  • Au congé, ne pas renouveler un hypnotique commencé à l'hôpital. L'inscrire au plan de congé.

Déprescription des BZD et Z-drugs (deprescribing.org, Can Fam Physician 2018)

  • Offrir la diminution :
  • à tout patient ≥ 65 ans qui prend une BZD ou une Z-drug, peu importe la durée ;
  • à l'adulte de 18 à 64 ans qui en prend depuis > 4 semaines.
  • Réduire d'environ 25 % q2 semaines, puis de 12,5 % vers la fin. On peut ralentir sans revenir en arrière.
  • Associer la TCC-I et l'hygiène du sommeil. Les symptômes de sevrage (insomnie de rebond, anxiété) durent de quelques jours à quelques semaines.

Algorithme

Non : insomnie aiguë

Oui : chronique

Oui

Non, inaccessible
ou inapplicable

Plainte d'insomnie

Traiter les causes : douleur, dépression,
anxiété, apnée, SJSR, nycturie
Revoir médicaments, caféine, alcool

Durée ≥ 3 mois
et ≥ 3 nuits/sem ?

Hygiène du sommeil
± hypnotique bref, intermittent
(< 2–4 sem)

TCC-I en 1re intention
(individuelle, groupe, en ligne)

Efficace ?

Poursuivre les techniques
Suivi avec le journal de sommeil

Pharmacothérapie 1re ligne :
zopiclone, zolpidem, témazépam,
doxépine 3–6 mg, mélatonine LP,
lemborexant ou daridorexant

2e ligne : trazodone
(SQG, personne âgée)

Réévaluer après 2–4 sem
Viser l'arrêt progressif
en parallèle de la TCC-I

Pièges et perles

  • La somnolence diurne marquée évoque un trouble du sommeil primaire (apnée, narcolepsie, mouvements périodiques), pas une insomnie.
  • Les ronflements et la nycturie chez un patient « insomniaque » orientent vers une apnée du sommeil. Les hypnotiques peuvent l'aggraver.
  • La trazodone peut aggraver le SJSR, les mouvements périodiques et le TCSP.
  • L'alcool fragmente le sommeil et supprime le sommeil paradoxal.
  • Coût sociétal de l'insomnie : environ 6,6 G$ par an au Québec.

Références