En bref : Demander directement si la personne pense au suicide : cela n'augmente pas le risque. On estime la dangerosité (planification, tentatives, espoir, substances, contrôle, proches, soins de soi) plutôt que de compter des facteurs de risque. Un danger grave et immédiat justifie une garde préventive (≤ 72 h, loi P-38.001) et une évaluation psychiatrique. Chaque patient repart avec un plan de sécurité, un accès restreint aux moyens et un suivi rapide.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Plan précis avec moyen accessible, préparatifs, passage à l'acte imminent.
- Tentative récente ou létale, désespoir marqué, intoxication actuelle, impulsivité, voix impératives, isolement.
- Calme soudain après une crise.
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Organique probable : 1er épisode > 40 ans, SV anormaux, altération de l'état de conscience, hallucinations visuelles, atteinte neurologique. ✅ À faire maintenant
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Demander directement ; estimer la dangerosité (7 critères GEDPAS), pas SAD PERSONS.
- Sécurité : surveillance, retrait des objets dangereux ; 1:1 si danger grave et immédiat.
- Bilan : glycémie capillaire, FSC, ions, Ca, créatinine, bilan hépatique, TSH, éthanolémie, toxicologie, acétaminophène (à 4 h) et salicylés si ingestion, ECG (QTc), β-hCG.
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Patient intoxiqué : réévaluer à jeun. 💊 Premières ordonnances
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Agitation : désescalade, PO si possible ; olanzapine 5–10 mg PO/IM, ou halopéridol 2,5–5 mg IM ± lorazépam 1–2 mg.
- Sevrage d'alcool ou stimulants : lorazépam 1–2 mg PO/IV/IM.
- Âgé, délirium : halopéridol 0,25–1 mg ou quétiapine 12,5–25 mg PO ; éviter l'halopéridol si Parkinson ou Lewy.
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Congé : petites quantités (pas de 90 jours de tricyclique, d'opioïdes ou de BZD). 📞 Appeler / référer si
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Danger grave et immédiat avec refus : garde préventive ≤ 72 h (P-38.001), psychiatrie.
- Danger modéré : psychiatrie ou équipe de crise le jour même ; suivi 24–72 h.
- Danger faible : plan de sécurité écrit, restriction des moyens, suivi ≤ 7 jours.
- Ingestion : Centre antipoison 1 800 463-5060 ; ressources : 9-8-8, 1 866 APPELLE, 811 option 2.
🔗 Ressources et raisonnement
📞 Consulter Quand consulter — Psychiatrie adulte · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe
Dépistage et entrée en matière
- Poser la question sans détour : « Pensez-vous au suicide ? », « Avez-vous pensé à la façon ? Au moment ? Avez-vous ce qu'il faut ? »
- Outils de repérage : C-SSRS (Columbia, version courte) ou ASQ. Ils dépistent, mais ne remplacent pas l'estimation clinique.
- Les échelles de prédiction (p. ex. SAD PERSONS) ne prédisent pas bien le suicide : ne pas s'en servir pour décider d'un congé.
- Signes d'alerte : propos ou écrits suicidaires, recherche de moyens, mise en ordre de ses affaires, retrait, désespoir, consommation accrue, changement brusque de l'humeur (calme soudain après une crise).
Estimation de la dangerosité (GEDPAS)
La grille québécoise (Suicide Action Montréal et MSSS, mise à jour 2024) explore 7 critères sur un continuum de couleurs : vert et jaune (facteurs plutôt protecteurs), orange et rouge (danger).
| Critère | Plutôt rassurant | Danger |
|---|---|---|
| Idéations et planification | Idées vagues, pas de plan | Plan précis (où, quand, comment), moyen accessible, préparatifs, passage à l'acte imminent |
| Tentatives de suicide | Aucune | Tentative récente (derniers mois), multiples, létales |
| Capacité d'espérer un changement | Raisons de vivre, projets | Désespoir marqué |
| Usage de substances | Peu ou pas | Abus grave, intoxication actuelle |
| Capacité de se contrôler | Se sent en contrôle | Impulsivité forte, agitation, psychose (voix impératives) |
| Présence de proches | Entourage disponible et mobilisé | Seul et isolé, rupture récente |
| Capacité de prendre soin de soi | Mange, dort, prend sa médication, suivi actif | Se laisse aller |
- Estimation finale : absence d'indice de danger, danger faible à modéré ou danger grave à court terme. Noter les moments critiques à venir (anniversaire, procès, congé, fin de semaine).
- L'utilisation formelle de la GEDPAS exige la formation associée ; le médecin s'en inspire pour structurer son jugement et sa note.
💡 Facteurs aggravants souvent oubliés en médecine hospitalière : douleur chronique, nouveau diagnostic grave (cancer, démence débutante), perte d'autonomie, homme âgé seul, sevrage d'alcool ou de benzodiazépines, akathisie, sortie récente d'une hospitalisation psychiatrique.
Conduite selon le niveau de danger
Cadre légal québécois (loi P-38.001)
| Mesure | Qui | Conditions | Durée |
|---|---|---|---|
| Intervention policière (art. 8) | Agent de la paix, à la demande d'un intervenant de crise, d'un proche ou d'un titulaire de l'autorité parentale | Danger grave et immédiat | Transport vers un établissement |
| Garde préventive | Tout médecin d'un établissement (sans consentement, sans ordonnance) | Danger grave et immédiat pour soi ou autrui | Maximum 72 h |
| Garde provisoire | Tribunal (Cour du Québec), sur demande de l'établissement | Motifs sérieux de croire au danger, refus de l'évaluation | Pour 2 examens psychiatriques |
| Garde en établissement | Tribunal | 2 rapports psychiatriques concluant au danger | Durée fixée par le jugement |
- Documenter : faits concrets, dangerosité, refus de l'évaluation, heure de début de la garde, information donnée au patient sur ses droits.
- La garde n'autorise pas à traiter sans consentement (sauf urgence vitale) : une autorisation de soins est une procédure distincte.
- ⚠️ Mis à jour (Gouvernement du Québec, 2026) : un projet de loi de réforme de la P-38.001 propose de revoir la notion de danger, d'inclure les IPS et de créer les directives psychiatriques anticipées. Il n'est pas encore en vigueur : appliquer la loi actuelle.
Urgence psychiatrique : volet médical
- Exclure une cause organique avant d'étiqueter un trouble psychiatrique, surtout si : âge > 40 ans au premier épisode, signes vitaux anormaux, altération de l'état de conscience, hallucinations visuelles, atteinte neurologique, abus de substances.
- Bilan de base : glycémie capillaire, FSC, ions, Ca, créatinine, bilan hépatique, TSH, éthanolémie et dépistage toxicologique si pertinent, acétaminophène et salicylés si ingestion possible, ECG (QTc), β-hCG ; TDM cérébrale et PL selon la clinique.
- Tentative par ingestion : dosage d'acétaminophène à 4 h, ECG, Centre antipoison du Québec 1 800 463-5060.
Agitation aiguë
- D'abord la désescalade verbale ; offrir le médicament PO si possible.
| Situation | Option | Dose |
|---|---|---|
| Agitation, cause psychiatrique | Olanzapine | 5–10 mg PO/IM (éviter IM avec benzodiazépine IV/IM : hypotension, dépression respiratoire) |
| Halopéridol ± lorazépam | 2,5–5 mg IM + 1–2 mg IM/PO | |
| Sevrage d'alcool ou intoxication aux stimulants | Lorazépam | 1–2 mg PO/IV/IM, répéter selon effet |
| Personne âgée, délirium | Halopéridol ou quétiapine | 0,25–1 mg ; 12,5–25 mg PO ; dose minimale |
| Parkinson, démence à corps de Lewy | Éviter halopéridol ; quétiapine faible dose |
- Surveiller signes vitaux, SpO₂, QTc et effets extrapyramidaux après la contention chimique. La contention physique est un dernier recours, avec protocole et réévaluation fréquente.
Congé et suivi
- Plan de sécurité écrit (modèle Stanley-Brown), rédigé avec le patient : signes d'alerte personnels, stratégies d'apaisement, personnes et lieux à joindre, professionnels, lignes de crise, retrait des moyens.
- Restreindre l'accès aux moyens létaux : armes à feu entreposées hors du domicile, médicaments en petites quantités (pas d'ordonnance de 90 jours d'un antidépresseur tricyclique, d'opioïdes ou de benzodiazépines) ; impliquer les proches.
- Suivi dans les 24 à 72 h pour un danger modéré et au plus tard 7 jours après un congé ; la période après une sortie d'hospitalisation est la plus à risque.
- Ressources : 9-8-8 (ligne de crise suicide, partout au Canada, appel ou texto), 1 866 APPELLE (277-3553) et suicide.ca au Québec, Info-Social 811 option 2, CLSC et intervenants de crise.
- Informer le médecin traitant ; transmettre le plan.
Pièges et perles
- Un patient intoxiqué n'est pas évaluable : réévaluer à jeun avant le congé.
- Le « contrat de non-suicide » n'a aucune valeur protectrice ; le remplacer par le plan de sécurité.
- Un calme soudain chez un patient très souffrant peut signifier qu'une décision a été prise.
- Les antidépresseurs peuvent augmenter les idéations chez les moins de 25 ans en début de traitement : suivi rapproché.
- Le secret professionnel peut être levé pour prévenir un acte de violence, dont un suicide, en présence d'un risque sérieux de mort ou de blessures graves et d'un danger imminent (Code de déontologie des médecins).
Références
- Guide de l'intervenant : estimation de la dangerosité d'un passage à l'acte suicidaire (MSSS, 2024)
- Grille d'estimation de la dangerosité d'un passage à l'acte suicidaire (CIUSSS de la Capitale-Nationale)
- Projet de loi modifiant la Loi P-38.001 : document d'information (Gouvernement du Québec, 2026)
- Urgence psychiatrique (document joint aux notes, 2019)
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : « Risque suicidaire » (grille du Centre de réadaptation en dépendance Le Virage) et « Urgence psychiatrique ».