En bref : Cette fiche regroupe les notes de stage aux soins intensifs : la revue quotidienne structurée (FAST HUGS BID), l'état de mal épileptique (benzodiazépine à dose suffisante, puis une seule 2e ligne à pleine dose), le drain thoracique et la ponction lombaire (indications, contre-indications, interprétation). Pour le détail, voir les fiches Convulsions, Épanchement pleural et drain thoracique, Infections du SNC, Choc, Sepsis et Intubation séquence rapide.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Convulsion ≥ 5 min ou ≥ 2 crises sans retour à l'état de base : état de mal, traiter à 5 min.
- Pas de réveil en 20–30 min après la crise : état de mal non convulsif (EEG).
- Pneumothorax sous tension ou sous ventilation mécanique : drain urgent.
-
Œdème papillaire, signes focaux, GCS < 10 : TDM avant la PL. ✅ À faire maintenant
-
FAST HUGS BID ; TAM ≥ 65, Vt 6 mL/kg, plateau ≤ 30 cmH2O, Hb seuil 70 g/L.
- État de mal : ABC, O2, glycémie capillaire, accès IV ; Na, Ca, Mg, PO4, CK, lactate, gaz, taux d'antiépileptiques, toxicologie.
-
PL : plaquettes (discuter si < 40), RIN ≤ 1,4 sous warfarine, délais des anticoagulants. 💊 Premières ordonnances
-
Thiamine 100 mg IV puis D50 % si glucose < 4.
- Lorazépam 0,1 mg/kg IV (max 4 mg/dose) × 2, ou midazolam 10 mg IM.
- Une seule 2e ligne : lévétiracétam 60 mg/kg (max 4,5 g), fosphénytoïne 20 mg EP/kg (max 1,5 g) ou valproate 40 mg/kg (max 3 g).
- Isoniazide : pyridoxine 1 g par g ingéré (5 g si inconnu).
- PL retardée : hémocultures, puis dexaméthasone et antibiotiques sans délai.
-
Grand épanchement : vidanger environ 1,5 L à la fois au maximum. 📞 Appeler / référer si
-
USI et intubation : état de mal réfractaire (> 40 min), perfusion de midazolam, propofol ou kétamine, EEG continu.
- Cardiologie : arrêt d'antiplaquettaire avant PL avec stent récent.
🔗 Ressources et raisonnement
Revue quotidienne du patient à l'USI
Note d'évolution par systèmes
- Neuro : GCS ou RASS, CAM-ICU (delirium), analgésie et sédation (cible RASS 0 à −2), pupilles.
- Cardiovasculaire : TAM (cible ≥ 65 mmHg), vasopresseurs et doses, lactate, bilan liquidien, réponse au remplissage.
- Respiratoire : mode ventilatoire, FiO2, PEEP, Vt (6 mL/kg de poids prédit), pression de plateau (≤ 30 cmH2O), gaz, test de ventilation spontanée.
- Rénal et métabolique : diurèse, créatinine, électrolytes (K, Mg, PO4), glycémies.
- GI et nutrition : alimentation entérale précoce (24–48 h), selles, protection gastrique.
- Hémato : Hb (seuil transfusionnel 70 g/L, sauf syndrome coronarien aigu), plaquettes, anticoagulation.
- Infectieux : cultures, durée et désescalade des antibiotiques, cathéters.
- Lignes et tubes : date d'insertion, nécessité de chaque cathéter et de la sonde.
- Objectifs de soins : niveau d'intervention discuté et documenté, communication avec la famille.
FAST HUGS BID (liste de vérification)
| Lettre | Élément | Question |
|---|---|---|
| F | Feeding | Nutrition entérale débutée ? |
| A | Analgesia | Douleur évaluée et traitée (analgésie d'abord) ? |
| S | Sedation | Cible RASS ; arrêt quotidien de la sédation ? |
| T | Thromboprophylaxie | HBPM ou HNF ; sinon compression pneumatique ? |
| H | Head of bed | Tête de lit à 30–45° (pneumonie sous ventilation) ? |
| U | Ulcer prophylaxis | IPP seulement si à risque (ventilation > 48 h, coagulopathie) ? |
| G | Glycémie | Cible 7,8–10 mmol/L ? |
| S | Spontaneous breathing trial | Éligible au sevrage ventilatoire ? |
| B | Bowel | Selles, laxatifs ? |
| I | Indwelling catheters | Cathéters et sonde encore nécessaires ? |
| D | De-escalation | Antibiotiques ajustés aux cultures ? |
État de mal épileptique
Définition
- Convulsion tonico-clonique ≥ 5 min, ou ≥ 2 crises sans retour à l'état de conscience de base. On traite à 5 min, car une crise qui dure ne s'arrête que rarement d'elle-même.
- L'ancienne définition (> 30 min) correspond au seuil de lésion neuronale. On ne l'attend pas.
⚠️ Mis à jour (ILAE 2015 ; AES 2016 ; essai ESETT 2019) : le traitement débute à 5 min. En 2e ligne, lévétiracétam, fosphénytoïne et valproate sont d'efficacité équivalente (environ 50 % de succès). Le phénobarbital à 1000–1500 mg fixes et la phénytoïne en 1re ligne de 2e intention ne sont plus privilégiés.
Algorithme (adulte)
Doses
| Étape | Molécule | Dose | Remarque |
|---|---|---|---|
| 1re ligne | Lorazépam | 0,1 mg/kg IV (max 4 mg/dose) à 2 mg/min, × 2 | Le sous-dosage est l'erreur la plus fréquente |
| Midazolam | 10 mg IM (> 40 kg) ou intranasal ou buccal | Aussi efficace que le lorazépam IV en préhospitalier (RAMPART) | |
| Diazépam | 0,15–0,2 mg/kg IV (max 10 mg/dose) | — | |
| 2e ligne | Lévétiracétam | 60 mg/kg IV (max 4500 mg) en 10–15 min | Peu d'interactions ; ajuster à la fonction rénale ensuite |
| Fosphénytoïne | 20 mg EP/kg IV (max 1500 mg EP), ≤ 150 mg EP/min | Monitoring : hypotension, arythmies | |
| Valproate | 40 mg/kg IV (max 3000 mg) en 10 min | À éviter en grossesse, hépatopathie, maladie mitochondriale | |
| Phénobarbital | 15–20 mg/kg IV, ≤ 50–100 mg/min | Si les autres options sont indisponibles ; dépression respiratoire | |
| Réfractaire | Midazolam, propofol, kétamine en perfusion | Selon le protocole de l'USI | Intubation, EEG continu, viser la suppression des crises électriques |
Bilan et causes à ne pas manquer
- Glycémie, Na, Ca, Mg, PO4, créatinine, bilan hépatique, CK, lactate, FSC, gaz.
- Taux d'antiépileptiques chez tout épileptique connu. La non-observance est la cause la plus fréquente.
- Dépistage toxicologique :
- Sevrage d'alcool ou de BZD.
- Isoniazide (antidote : pyridoxine, 1 g par gramme ingéré, ou 5 g si la dose est inconnue).
- Bupropion, tramadol, antidépresseurs tricycliques, cocaïne.
- TDM cérébrale si 1re crise, crise focale, trauma, anticoagulation ou immunosuppression.
- PL si fièvre ou immunosuppression, après la TDM si indiquée, sans retarder les antibiotiques.
- EEG si le patient ne se réveille pas en 20–30 min : un état de mal non convulsif est possible.
💡 Chez l'enfant, la cause la plus fréquente est la convulsion fébrile prolongée. Les doses de BZD sont les mêmes en mg/kg. On reporte la PL si l'enfant est instable, convulse encore ou a des signes d'hypertension intracrânienne.
Drain thoracique
Indications
| Urgentes | Non urgentes |
|---|---|
| Pneumothorax sous tension (après décompression à l'aiguille) | Épanchement néoplasique récidivant (pleurodèse) |
| Pneumothorax chez un patient sous ventilation mécanique | Épanchement parapneumonique compliqué ou empyème |
| Pneumothorax volumineux, symptomatique ou instable ; traumatique ; persistant ou récidivant | Chylothorax |
| Hémopneumothorax, hémothorax | Postopératoire (thoracotomie, chirurgie cardiaque) |
| Rupture œsophagienne avec liquide gastrique dans la plèvre | — |
Technique (résumé)
- Patient en décubitus dorsal, bras homolatéral en abduction maximale, main derrière la tête.
- Triangle de sécurité :
- Bord latéral du grand pectoral.
- Bord antérieur du grand dorsal.
- Ligne horizontale au niveau du mamelon (environ le 5e espace intercostal).
- Sommet sous l'aisselle.
- Anesthésie locale généreuse jusqu'à la plèvre pariétale. Incision de 1,5–2 cm parallèle à la côte.
- Dissection mousse et entrée au bord supérieur de la côte inférieure, pour épargner le paquet vasculonerveux. Exploration au doigt.
- Insérer le drain : vers l'apex pour l'air, vers la base en postérieur pour le liquide. Fixer par suture, puis faire une radiographie de contrôle.
- Taille : petit calibre (≤ 14 Fr, technique de Seldinger) pour la plupart des pneumothorax et des épanchements libres. Gros calibre (28–32 Fr) pour l'hémothorax traumatique ou un pneumothorax avec fuite d'air importante sous ventilation.
⚠️ Vidange d'un grand épanchement : limiter à environ 1,5 L à la fois et clamper si toux, douleur thoracique ou dyspnée, en raison du risque d'œdème pulmonaire de réexpansion.
Ponction lombaire
Indications
- Urgentes : méningite ou encéphalite (bactérienne, virale, fongique, tuberculeuse), hémorragie sous-arachnoïdienne avec TDM négative.
- Non urgentes :
- Méningite carcinomateuse, neurosyphilis.
- Syndrome de Guillain-Barré, sclérose en plaques, syndromes paranéoplasiques.
- Hypertension intracrânienne idiopathique (ponction diagnostique et thérapeutique).
- Hydrocéphalie à pression normale (test évacuateur).
TDM avant la PL si
- Altération de l'état de conscience (GCS < 10 ou en baisse), signes neurologiques focaux, œdème papillaire.
- Convulsion récente (< 1 semaine), immunosuppression, antécédent de lésion du SNC.
⚠️ Si la PL est retardée (TDM, instabilité, coagulopathie) : hémocultures, puis dexaméthasone et antibiotiques empiriques sans délai. Voir la fiche Infections du SNC et le guide d'antibiothérapie du CHLM.
Contre-indications et anticoagulants
- Signes d'hypertension intracrânienne ou de masse avec effet de masse, infection cutanée au site de ponction, abcès épidural soupçonné.
- Une bactériémie soupçonnée n'est pas une contre-indication.
| Agent | Avant la PL | Reprise |
|---|---|---|
| Plaquettes | Discuter si < 40 × 10⁹/L (protocoles locaux : souvent < 50) | — |
| Warfarine | Arrêter 5 j, RIN ≤ 1,4 le jour même | 12 h après |
| AAS | Continuer | — |
| AINS | Continuer | — |
| Clopidogrel, ticagrélor, prasugrel | Arrêter 7 j (discuter avec la cardiologie si stent récent) | 6 h après |
| Apixaban, rivaroxaban | ≥ 24 h (plus si la fonction rénale est altérée) | 6 h après |
| Dabigatran | ≥ 48 h | 6 h après |
| HBPM prophylactique / thérapeutique | 12 h / 24 h | 4 h après (24 h si la ponction a été traumatique) |
| HNF IV | 4–6 h, TCA normal | 1 h après |
⚠️ Mis à jour (Association of British Neurologists, 2018) : le seuil plaquettaire de 40 × 10⁹/L et le maintien de l'AAS remplacent l'ancienne règle de Dr H. (« pas de PL si plaquettes < 80 000 ou RIN > 1,4 »). Les centres locaux varient : on vérifie le protocole de l'établissement.
Technique
- Décubitus latéral en flexion maximale (permet de mesurer la pression d'ouverture), ou position assise.
- Repère : espace L3-L4 ou L4-L5, à la ligne qui relie les crêtes iliaques.
- Aiguille atraumatique (pointe crayon) de 22 G : moins de céphalées post-PL.
- Profondeur moyenne de 4,5–5,5 cm. Masque facial pour l'opérateur.
- Recueillir 4 tubes de 1–2 mL (davantage pour la cytologie, la TB ou les champignons) : biochimie, Gram et culture, décompte cellulaire, conservation et PCR.
- Complications :
- Céphalée post-PL : orthostatique, 10–30 % avec une aiguille tranchante. Traitement : hydratation, caféine, puis blood patch.
- Douleur radiculaire, hématome épidural ou spinal (rare), infection.
- Engagement cérébral : très rare, surtout en présence d'une masse.
Interprétation du LCR
| Normal | Bactérienne | Virale | Tuberculeuse ou fongique | |
|---|---|---|---|---|
| Pression d'ouverture (cmH2O) | 10–20 | ↑ (> 30) | Normale ou ↑ légère | ↑ |
| Leucocytes (/µL) | < 5 | > 1000 (100–10 000) | 5–1000 | 50–500 |
| Prédominance | — | Neutrophiles | Lymphocytes (neutrophiles au début) | Lymphocytes |
| Glucose (mmol/L) | 2,5–4,4 | < 2,2 | Normal | Bas (< 2,2) |
| Ratio glucose LCR/sérum | > 0,6 | < 0,4 | > 0,6 | < 0,5 |
| Protéines (g/L) | 0,15–0,45 | 1–5 | 0,5–1 | 1–5 (très élevées si bloc) |
- Hypoglycorrachie : bactérienne, TB, fongique, méningite carcinomateuse ou lymphomateuse, HSA, neurosarcoïdose, parfois syphilis, Lyme, oreillons ou HSV.
- Ponction traumatique : environ 1 leucocyte pour 500–1000 GR. Un décompte de GR qui diminue du tube 1 au tube 4 oriente vers la ponction traumatique, une xanthochromie vers l'HSA.
Références
- Randomized Trial of Three Anticonvulsant Medications for Status Epilepticus — ESETT (emDocs, 2020)
- Lumbar puncture in patients using anticoagulants and antiplatelet agents (Association of British Neurologists, Practical Neurology, 2018)
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : stage aux soins intensifs (HHR, Saint-Jean-sur-Richelieu), protocole « État de mal épileptique » (enfant et adulte), drain thoracique (NEJM Videos in Clinical Medicine), ponction lombaire et tableaux UpToDate du LCR et de l'hypoglycorrachie.