Dr H. Hospitaliste

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Soins palliatifs – généralités

Soins palliatifsFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : On aborde tôt les objectifs de soins et on documente le niveau de soins (A à D). On reconnaît le mourant actif (PPS ≤ 30 %, alitement, refus d'alimentation, respiration irrégulière, marbrures). À l'étage, il faut passer en voie SC, cesser ce qui n'apporte pas de confort et laisser des ordonnances anticipées pour la douleur, la dyspnée, les nausées, le délirium, les râles et la détresse (protocole INESSS). Les symptômes réfractaires en fin de vie se discutent avec l'équipe de soins palliatifs (sédation palliative continue).

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Détresse : panique et détresse respiratoire majeure subite, douleur intolérable subite ou hémorragie massive (niveau D).
  • Myoclonies, agitation paradoxale, hyperalgésie : neurotoxicité des opioïdes.
  • Délirium terminal : chercher rétention urinaire, fécalome.
  • Mourant actif : PPS ≤ 30 %, alitement, râles, marbrures, respiration irrégulière. ✅ À faire maintenant

  • Niveau de soins (A à D) et non-RCR documentés ; PPS au dossier.

  • Cesser signes vitaux de routine, prises de sang, glycémies, médicaments préventifs.
  • Papillon SC ; désactiver le défibrillateur implantable.
  • Expliquer à la famille ce qui va se passer. 💊 Premières ordonnances

  • Douleur/dyspnée (naïf) : morphine 1–2,5 mg SC q4h ou hydromorphone 0,25–0,5 mg SC q4h + entredoses 10 % q1h PRN.

  • Constipation : sennosides 8,6–17,2 mg HS + PEG 17 g die.
  • Nausées : halopéridol 0,5–1 mg PO/SC q4h PRN (max 4 mg/j).
  • Délirium : halopéridol 0,5–2 mg SC q4h + q1h PRN ; méthotriméprazine 6,25–25 mg SC si plus de sédation.
  • Râles : scopolamine 0,4 mg SC q4h PRN ou glycopyrrolate 0,2–0,4 mg SC q4h.
  • Détresse : midazolam SC, puis opioïde, puis scopolamine (voir Protocole de détresse). 📞 Appeler / référer si

  • Équipe de soins palliatifs : symptôme réfractaire, sédation palliative continue (déclaration au CMDP).

  • Travail social, psychologie, soins spirituels selon les besoins.

🔗 Ressources et raisonnement

📘 Protocoles INESSS — Soins palliatifs – détresse aiguë · INESSS — Soins palliatifs – fièvre

Objectifs de soins et communication

  • Question surprise : « Serais-je surpris que ce patient décède dans les 12 prochains mois ? » Si la réponse est non, on amorce la discussion.
  • Niveaux de soins (INESSS) : A (prolonger la vie par tous les soins nécessaires), B (prolonger la vie par des soins limités), C (assurer le confort en priorité), D (soins de confort exclusivement). On rédige aussi une ordonnance de non-RCR au besoin. On revoit le niveau à chaque changement clinique important.
  • Guide de conversation sur les maladies graves (Serious Illness Conversation Guide, version canadienne) : 1. Préparer : présenter le but, demander la permission. 2. Évaluer la compréhension (« Qu'est-ce que vous comprenez de votre maladie ? ») et la quantité d'information désirée. 3. Partager le pronostic avec une formule « J'espère… mais je crains… », en fourchette (jours à semaines, semaines à mois). Laisser des silences. 4. Explorer : objectifs si la santé se détériore, peurs, sources de force, capacités essentielles, compromis acceptables, ce que sait la famille. 5. Conclure par une recommandation alignée sur les valeurs exprimées, et affirmer son engagement (« Je vais tout faire pour vous accompagner »). 6. Documenter et transmettre à l'équipe.
  • Émotions fortes : NURSE
Lettre Geste Exemple
N – Nommer Nommer l'émotion « Vous semblez frustré. »
U – Comprendre Légitimer « Je n'ose imaginer ce que vous vivez. »
R – Respecter Reconnaître les efforts « Vous défendez votre mari avec beaucoup de cœur. »
S – Soutenir Offrir sa présence « Je serai là pour répondre à vos questions. »
E – Explorer Inviter à préciser « Dites-m'en plus sur ce qui vous inquiète. »
  • Une fin de vie de qualité, selon les patients (étude SUPPORT), c'est : des symptômes contrôlés, être préparé (mandataire, savoir à quoi s'attendre), dire au revoir, garder sa dignité, ne pas mourir seul et ne pas être un fardeau.
  • On explore l'influence de la culture et de la spiritualité sur les décisions ; on oriente au besoin vers le travail social, la psychologie ou l'intervenant en soins spirituels.

Pronostic

  • PPS (Palliative Performance Scale, Victoria Hospice) : à inscrire au dossier à l'admission.
PPS Repli nasogénien affaissé Mortalité à 3 jours (cancer)
≤ 20 % Présent 94 %
≤ 20 % Absent 42 %
30–60 % — 16 %
≥ 70 % — 3 %

Reconnaître le mourant actif

  • Faiblesse profonde, alitement, sommeil prolongé, désintérêt pour l'alimentation et l'hydratation, dysphagie.
  • Désorientation, délirium, agitation, puis coma ; hallucinations de proches décédés, allusions au « retour à la maison ».
  • Hypotension non liée à l'hypovolémie, pouls rapide et faible, oligurie, incontinence ou rétention.
  • Respiration de Cheyne-Stokes, apnées, râles ; marbrures et froideur des membres ; incapacité à fermer les yeux.

Ajuster les décisions au pronostic

Pronostic Décision à envisager
< 4–6 semaines Dépression : méthylphénidate plutôt qu'un ISRS (délai d'action de 4–6 sem)
< 3–6 mois Cesser les statines ; orienter vers une maison de soins palliatifs ; chirurgie de compression médullaire peu utile
< 1–2 ans Cible de TA < 140/80 peu utile
< 2–3 ans Cible A1c < 8 % (ou plus lâche) ; cesser le dépistage du cancer du sein ; anévrisme aortique asymptomatique : non opératoire
< 5–8 ans Cesser le dépistage colorectal ; contrôle glycémique serré inutile pour les complications microvasculaires ; valve biologique plutôt que mécanique

Prise en charge des symptômes (aide-mémoire CANaRD)

💡 Mnémonique de Dr H. : CANaRD = Constipation, Agitation, Nausées, Râles, Douleurs (et dyspnée). Ce sont les ordonnances anticipées à prévoir chez tout patient en fin de vie.

Symptôme Mesures et 1re intention Notes
Douleur / dyspnée Patient naïf : morphine 2,5–5 mg PO ou 1–2,5 mg SC q4h + entredoses 10 % de la dose quotidienne q1h PRN ; hydromorphone 0,25–0,5 mg SC q4h. Patient sous opioïde : convertir en SC (PO:SC ≈ 2:1) Ventilateur sur le visage, position assise. O₂ seulement si hypoxémie symptomatique. Voir fiche douleur et opioïdes
Constipation Sennosides 8,6–17,2 mg HS + PEG 17 g die dès le début d'un opioïde ; voie rectale au besoin Exclure fécalome et occlusion ; méthylnaltrexone SC si constipation aux opioïdes réfractaire
Nausées Halopéridol 0,5–1 mg PO/SC q4h PRN (max 4 mg/j, PMN INESSS) ; métoclopramide 10 mg SC q4–6h si gastroparésie Choisir selon le mécanisme (tableau suivant)
Délirium / agitation Chercher : rétention urinaire, fécalome, douleur, déshydratation, fièvre, infection, médicaments. Halopéridol 0,5–2 mg SC q4h + q1h PRN Si plus de sédation : méthotriméprazine 6,25–25 mg SC q4–8h ou chlorpromazine (surveiller hypotension orthostatique et effets anticholinergiques). Agitation paradoxale et irritabilité musculaire : penser à une toxicité aux opioïdes
Râles Scopolamine 0,4 mg SC q4h PRN (max 0,8 mg q2h, 9,6 mg/24 h) ou glycopyrrolate 0,2–0,4 mg SC q4h (moins de délirium) Repositionner, cesser les solutés ; aspiration peu utile. Rassurer la famille : peu inconfortable pour le patient
Myoclonies Réduire ou changer d'opioïde (rotation) ; clonazépam 0,5 mg SL bid ou midazolam SC Tous les opioïdes peuvent en donner ; vérifier la fonction rénale
Anxiété / dépression Lorazépam 0,5–1 mg SL q4h PRN ; ISRS si pronostic > 1 mois ; méthylphénidate 2,5–5 mg PO le matin et le midi si < 1 mois Insomnie : mirtazapine, témazépam, trazodone
Bouche sèche, mucite Soins de bouche q2h, glaçons ; « rince-bouche magique » (diphenhydramine-lidocaïne-Maalox 1:2:8) ; fluconazole si muguet
Hoquet Chlorpromazine, halopéridol, métoclopramide ou baclofène
Prurit Bains tièdes, émollients ; antihistaminique ; cholestase : cholestyramine, sertraline
Fièvre terminale Acétaminophène 650 mg PO/IR q4h PRN (max 4 g/j) ; compresses tièdes PMN INESSS : pas besoin de mesurer la température

Nausées : choisir selon le mécanisme

Mécanisme Exemples Agent
Zone chimioréceptrice (D2, 5-HT3) Opioïdes, urémie, hypercalcémie, médicaments Halopéridol, prochlorpérazine (ondansétron si chimiothérapie)
Cortex Métastases cérébrales, HTIC ; anxiété anticipatoire Dexaméthasone ; lorazépam
Vestibulaire Vertige, tumeur du VIII, mouvements Dimenhydrinate (attention au délirium)
Tube digestif Gastroparésie, stase ; constipation ; occlusion Métoclopramide (sauf occlusion complète) ; laxatifs ; octréotide + dexaméthasone

Ordonnances de fin de vie à l'étage

  • Cesser : signes vitaux de routine, prises de sang, glycémies capillaires, anticoagulants et médicaments préventifs (statine, antihypertenseurs, bisphosphonates).
  • Poser un papillon SC (ou deux : un pour les opioïdes, un pour les autres médicaments).
  • Hydratation artificielle : en général non bénéfique en fin de vie ; elle peut aggraver les râles et les œdèmes.
  • Désactiver le défibrillateur implantable ; discuter des sondes et du gavage.
  • Parler à la famille de ce qui va se passer : non-réponse progressive, mouvements sans but, respiration bruyante, brefs moments d'éveil possibles, quoi faire au moment du décès, numéro à appeler 24 h/24.

Protocole de détresse (INESSS 2020)

  • Définition : état de panique et détresse respiratoire majeure subite, douleur intolérable subite ou hémorragie massive, chez un patient de niveau D. Le protocole ne sert pas à une détérioration graduelle ; il est contre-indiqué chez la personne inconsciente.
  • Ordre : benzodiazépine en premier, puis opioïde, puis anticholinergique. En SC (thorax, haut de l'abdomen) ou en IV lente.
Agent Dose type (ordonnance individuelle)
Midazolam SC 2,5 mg (> 80 ans, cachexie, naïf aux BZD) ; 5 mg (< 70 kg ou BZD PRN) ; 10 mg (> 70 kg ou BZD bid-tid) ; 15 mg (fortes doses régulières)
Morphine SC 1 à 1,5 fois la dose SC régulière q4h ; minimum 5 mg
Hydromorphone SC 1 à 1,5 fois la dose SC régulière q4h ; minimum 1 mg
Scopolamine SC 0,4 mg (n'en reçoit pas ou seulement PRN) ; 0,6 mg (en reçoit régulièrement)
  • Répéter une fois après 20 min (SC) ou 10 min (IV), puis aviser le médecin. Durée d'action 2 à 4 h.
  • Préparer les seringues au chevet dès qu'un risque est prévisible (hémorragie d'une tumeur de la tête et du cou, hémoptysie massive, obstruction des voies aériennes). Des serviettes foncées sont utiles en cas d'hémorragie.

Sédation palliative continue (SPC)

  • Indications : symptôme réfractaire et intolérable (délirium hyperactif, dyspnée, douleur, détresse existentielle réfractaire) chez un patient au pronostic ≤ 2 semaines, avec consentement documenté. Équipe de soins palliatifs recommandée.
  • Cible RASS −4 à −5. Midazolam en 1re ligne (charge 5–10 mg, perfusion 2–5 mg/h), puis méthotriméprazine, puis phénobarbital, puis propofol (milieu spécialisé). Les opioïdes ne sont pas des agents sédatifs.
  • Déclaration au CMDP obligatoire (Loi concernant les soins de fin de vie). Au Québec, la survie médiane après le début de la SPC est de 1 à 2 jours.
  • Détails : voir la fiche Sédation palliative.

⚠️ Mis à jour (INESSS, PMN Sédation palliative continue 2022, révisé 2026) : midazolam max indicatif 480 mg/24 h, réévaluation q30 min jusqu'à l'atteinte de la cible, puis au moins bid (RASS, NCS ou CPOT).

Algorithme

Non

Oui

PPS ≥ 40 %

PPS ≤ 30 %, mourant actif

Oui

Non

Maladie grave évolutive
Question surprise : serais-je surpris
d'un décès d'ici 12 mois ?

Conversation sur les objectifs de soins
Niveau de soins A à D documenté

Réévaluer à chaque
changement clinique

PPS et signes de mourant actif ?

Approche palliative intégrée :
traiter les causes réversibles,
déprescrire selon le pronostic

Soins de confort, niveau D

Cesser examens et Rx non utiles
Voie SC, ordonnances anticipées

Douleur et dyspnée : opioïde SC
Nausées : halopéridol
Délirium : halopéridol ± méthotriméprazine
Râles : scopolamine ou glycopyrrolate

Ordonnance de détresse
au chevet

Symptôme réfractaire
intolérable, pronostic
de jours ?

Discuter sédation palliative
continue (protocole INESSS)
Équipe de soins palliatifs

Réévaluer q24 h
Soutien aux proches

Pièges et perles

  • Le délirium terminal est fréquent : on traite d'abord les causes simples (rétention urinaire, fécalome), puis on sédate.
  • Les myoclonies, l'agitation paradoxale et l'hyperalgésie annoncent une neurotoxicité des opioïdes. On fait une rotation d'opioïde et on hydrate si c'est cohérent avec les objectifs.
  • En insuffisance rénale, on préfère l'hydromorphone ou le fentanyl à la morphine.
  • Le méthylphénidate agit en quelques jours ; c'est l'antidépresseur de choix si le pronostic est court.
  • Évitez les sous-entendus : on dit « mourir », pas « partir ».
  • Le soutien aux proches et au deuil fait partie des soins. Voir aussi les fiches Aide médicale à mourir, Symptômes complexes, Sédation palliative, IRC et IC en soins palliatifs.

Références