Dr H. Hospitaliste

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Syndrome sérotoninergique

PharmacologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Toxicité médicamenteuse à début rapide (souvent < 24 h après un ajout ou une hausse de dose), qui associe altération de l'état mental, hyperactivité autonome et anomalies neuromusculaires prédominant aux membres inférieurs (clonus, hyperréflexie). Le diagnostic est clinique : critères de Hunter. Traitement : arrêt des agents sérotoninergiques, soins de soutien, benzodiazépines ; cyproheptadine en appoint ; intubation et curarisation si T > 41 °C ou rigidité.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • T > 41 °C, rigidité du tronc, convulsions, rhabdomyolyse, CIVD.
  • Combinaisons à haut risque : IMAO (y compris linézolide, bleu de méthylène IV) + ISRS/IRSN ou opioïde sérotoninergique (fentanyl, tramadol, mépéridine).
  • Rigidité « en tuyau de plomb » avec bradyréflexie, installation en jours : syndrome neuroleptique malin. ✅ À faire maintenant

  • Revue exhaustive de la médication, y compris les ajouts récents à l'hôpital (linézolide, fentanyl, ondansétron, tramadol).

  • Clonus aux chevilles et oculaire, réflexes, rigidité, température centrale, peau, bruits intestinaux ; critères de Hunter.
  • FSC, ions, créatinine, CK, bilan hépatique, gaz, lactate, coagulation, TSH, ECG ; PL ou imagerie si doute.
  • Monitorage cardiaque si modéré. 💊 Premières ordonnances

  • Cesser tous les agents sérotoninergiques ; liquides IV.

  • Lorazépam 1–2 mg IV q15–30 min ou diazépam 5–10 mg IV, titrés.
  • Cyproheptadine (appoint) : 12 mg PO/TNG, puis 2 mg q2 h si persistance ; entretien 8 mg q6 h (max ≈ 32 mg/j).
  • Refroidissement externe ; acétaminophène inefficace.
  • Éviter contentions, halopéridol, bromocriptine, dantrolène ; succinylcholine si intubation. 📞 Appeler / référer si

  • Soins intensifs : T > 41 °C ou rigidité (intubation avec curare non dépolarisant).

  • Centre antipoison au besoin.
  • Congé : documenter la combinaison en cause ; éviter dextrométhorphane, tramadol, millepertuis.

🔗 Ressources et raisonnement

Critères de Hunter

Prise d'un agent sérotoninergique et au moins un des éléments suivants :

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Agent sérotoninergique
dans les dernières semaines

Clonus spontané ?

Syndrome sérotoninergique

Clonus inductible
+ agitation ou diaphorèse ?

Clonus oculaire
+ agitation ou diaphorèse ?

Tremblement
+ hyperréflexie ?

Hypertonie + T > 38 °C
+ clonus oculaire ou inductible ?

Peu probable :
chercher un autre diagnostic

  • Sensibilité ≈ 84 %, spécificité ≈ 97 % (meilleurs que les critères de Sternbach).

Diagnostic différentiel (DIMS de Dr H.)

Diagnostic Début Éléments distinctifs
Syndrome sérotoninergique Heures Clonus, hyperréflexie, mydriase, diaphorèse, diarrhée, bruits intestinaux ↑
Syndrome neuroleptique malin Jours à semaines Antagoniste dopaminergique ; rigidité « en tuyau de plomb », bradyréflexie, CK très élevée, évolution lente
Toxidrome anticholinergique Heures Peau sèche et chaude, rougeur, rétention urinaire, bruits intestinaux ↓, réflexes normaux
Hyperthermie maligne Minutes, anesthésie Halogénés ou succinylcholine ; rigidité, hypercapnie ; dantrolène
Sevrage (alcool, benzodiazépines, baclofène) 1–3 jours Contexte d'arrêt ; tremblement, convulsions
Syndrome d'arrêt des ISRS Jours Étourdissements, paresthésies « électriques », irritabilité ; pas d'hyperthermie
Sympathomimétiques (cocaïne, amphétamines) Heures Pas de clonus marqué
Infections : méningite, encéphalite, sepsis Variable Fièvre, raideur méningée ; PL au besoin
Métabolique : tempête thyroïdienne Variable TSH ↓, T4L ↑
Structurel : lésion du SNC, état de mal non convulsif Variable Signes focaux ; imagerie, EEG

Évaluation

  • Revue exhaustive de la médication (y compris en vente libre, produits naturels, drogues, et les ajouts récents à l'hôpital : linézolide, fentanyl, ondansétron, tramadol).
  • Examen ciblé : clonus aux chevilles, clonus oculaire, réflexes, rigidité, température centrale, peau, bruits intestinaux.
  • Bilan : FSC, ions, créatinine, CK, bilan hépatique, gaz et lactate, coagulation (CIVD si sévère), TSH, ECG, dépistage toxicologique selon le contexte. PL et imagerie si doute d'infection ou de lésion.

Médicaments en cause

Mécanisme Exemples
↑ libération ou ↓ recaptage ISRS, IRSN, tricycliques (clomipramine), trazodone, vortioxétine, tramadol, fentanyl, mépéridine, méthadone, tapentadol, dextrométhorphane, MDMA, cocaïne, amphétamines
↓ dégradation (IMAO) Phénelzine, tranylcypromine, moclobémide, sélégiline, linézolide, bleu de méthylène
Agonistes Triptans (risque faible), buspirone, lithium, LSD
Autres Millepertuis, ondansétron, métoclopramide (risque faible), valproate, inhibiteurs du CYP2D6/3A4 qui augmentent les taux

⚠️ Les combinaisons à haut risque comprennent un IMAO (y compris le linézolide et le bleu de méthylène IV) avec un ISRS/IRSN ou un opioïde sérotoninergique. Respecter les délais de sevrage : 2 semaines entre un IMAO et un autre antidépresseur, 5 semaines après la fluoxétine.

Prise en charge

Sévérité Mesures
Légère Arrêt des agents en cause, observation ≥ 6–12 h, benzodiazépine au besoin
Modérée Hospitalisation, monitorage cardiaque, liquides IV, benzodiazépines, correction des signes vitaux ; cyproheptadine si symptômes persistants
Sévère (T > 41 °C, rigidité) Soins intensifs : refroidissement actif, sédation, intubation avec curarisation non dépolarisante (éviter la succinylcholine : hyperkaliémie si rhabdomyolyse)
  • Benzodiazépines : lorazépam 1–2 mg IV q15–30 min ou diazépam 5–10 mg IV, titrés selon l'agitation et la tachycardie.
  • Cyproheptadine (PO ou écrasée par TNG) : 12 mg en dose de charge, puis 2 mg q2 h tant que les symptômes persistent ; entretien 8 mg q6 h (maximum ≈ 32 mg/j). Effets : sédation, effet anticholinergique.
  • ⚠️ Mis à jour (Utah Poison Control, 2024 ; revues récentes) : les preuves pour la cyproheptadine sont très faibles ; c'est un appoint aux soins de soutien et aux benzodiazépines, jamais un substitut.
  • Hyperthermie : refroidissement externe ; les antipyrétiques (acétaminophène) sont inefficaces (hyperthermie d'origine musculaire, non hypothalamique).
  • À éviter : contentions physiques (aggravent l'hyperthermie et l'acidose lactique), halopéridol ou autres antipsychotiques en 1re intention (risque de SNM, abaissent le seuil convulsif, anticholinergiques), bromocriptine, dantrolène (pas de bénéfice démontré).
  • Hypotension (rare, surtout avec IMAO) : vasopresseur à action directe (norépinéphrine) à faible dose ; éviter les agents indirects.
  • Évolution : la plupart des cas se résolvent en 24 h après l'arrêt ; plus long avec les IMAO, la fluoxétine ou les agents à longue demi-vie.

Suivi et congé

  • Documenter la réaction au dossier et dans la liste d'allergies/intolérances, avec la combinaison en cause.
  • Reprise d'un antidépresseur : après la résolution complète, en monothérapie, à faible dose et en évitant la combinaison fautive ; tenir compte de la demi-vie (fluoxétine).
  • Expliquer au patient les médicaments à éviter (dextrométhorphane, tramadol, millepertuis).

Triade clinique (perle de Dr H.)

Domaine Signes
Autonome Tachycardie, HTA, hyperthermie, diaphorèse, mydriase, tachypnée, diarrhée, hyperpéristaltisme
Neuromusculaire Clonus (inductible, spontané, oculaire), hyperréflexie, tremblement, myoclonies, rigidité (surtout membres inférieurs)
État mental Anxiété, agitation, akathisie, délirium, coma
  • Spectre : léger (tremblement, clonus inductible, tachycardie) → modéré (clonus spontané ou oculaire, T 38–40 °C) → sévère (T > 41 °C, rigidité du tronc, convulsions, rhabdomyolyse, CIVD, défaillance multiorganique).

Pièges et perles

  • Le clonus aux membres inférieurs est le signe clé : toujours le chercher chez un patient agité sous ISRS.
  • Le linézolide chez un patient sous ISRS est une combinaison fréquente à l'hôpital : le risque réel est faible, mais il faut surveiller les 2 à 3 premiers jours plutôt que cesser systématiquement l'ISRS.
  • Le bleu de méthylène (vasoplégie, méthémoglobinémie) est un IMAO puissant.
  • Fentanyl et mépéridine sont sérotoninergiques ; morphine et hydromorphone le sont peu.
  • Une hyperthermie avec rigidité sous antipsychotique et ISRS : penser aux deux syndromes ; la rapidité d'installation et le clonus orientent vers le syndrome sérotoninergique.

Références