En bref : Toxicité médicamenteuse à début rapide (souvent < 24 h après un ajout ou une hausse de dose), qui associe altération de l'état mental, hyperactivité autonome et anomalies neuromusculaires prédominant aux membres inférieurs (clonus, hyperréflexie). Le diagnostic est clinique : critères de Hunter. Traitement : arrêt des agents sérotoninergiques, soins de soutien, benzodiazépines ; cyproheptadine en appoint ; intubation et curarisation si T > 41 °C ou rigidité.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- T > 41 °C, rigidité du tronc, convulsions, rhabdomyolyse, CIVD.
- Combinaisons à haut risque : IMAO (y compris linézolide, bleu de méthylène IV) + ISRS/IRSN ou opioïde sérotoninergique (fentanyl, tramadol, mépéridine).
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Rigidité « en tuyau de plomb » avec bradyréflexie, installation en jours : syndrome neuroleptique malin. ✅ À faire maintenant
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Revue exhaustive de la médication, y compris les ajouts récents à l'hôpital (linézolide, fentanyl, ondansétron, tramadol).
- Clonus aux chevilles et oculaire, réflexes, rigidité, température centrale, peau, bruits intestinaux ; critères de Hunter.
- FSC, ions, créatinine, CK, bilan hépatique, gaz, lactate, coagulation, TSH, ECG ; PL ou imagerie si doute.
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Monitorage cardiaque si modéré. 💊 Premières ordonnances
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Cesser tous les agents sérotoninergiques ; liquides IV.
- Lorazépam 1–2 mg IV q15–30 min ou diazépam 5–10 mg IV, titrés.
- Cyproheptadine (appoint) : 12 mg PO/TNG, puis 2 mg q2 h si persistance ; entretien 8 mg q6 h (max ≈ 32 mg/j).
- Refroidissement externe ; acétaminophène inefficace.
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Éviter contentions, halopéridol, bromocriptine, dantrolène ; succinylcholine si intubation. 📞 Appeler / référer si
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Soins intensifs : T > 41 °C ou rigidité (intubation avec curare non dépolarisant).
- Centre antipoison au besoin.
- Congé : documenter la combinaison en cause ; éviter dextrométhorphane, tramadol, millepertuis.
🔗 Ressources et raisonnement
Critères de Hunter
Prise d'un agent sérotoninergique et au moins un des éléments suivants :
- Sensibilité ≈ 84 %, spécificité ≈ 97 % (meilleurs que les critères de Sternbach).
Diagnostic différentiel (DIMS de Dr H.)
| Diagnostic | Début | Éléments distinctifs |
|---|---|---|
| Syndrome sérotoninergique | Heures | Clonus, hyperréflexie, mydriase, diaphorèse, diarrhée, bruits intestinaux ↑ |
| Syndrome neuroleptique malin | Jours à semaines | Antagoniste dopaminergique ; rigidité « en tuyau de plomb », bradyréflexie, CK très élevée, évolution lente |
| Toxidrome anticholinergique | Heures | Peau sèche et chaude, rougeur, rétention urinaire, bruits intestinaux ↓, réflexes normaux |
| Hyperthermie maligne | Minutes, anesthésie | Halogénés ou succinylcholine ; rigidité, hypercapnie ; dantrolène |
| Sevrage (alcool, benzodiazépines, baclofène) | 1–3 jours | Contexte d'arrêt ; tremblement, convulsions |
| Syndrome d'arrêt des ISRS | Jours | Étourdissements, paresthésies « électriques », irritabilité ; pas d'hyperthermie |
| Sympathomimétiques (cocaïne, amphétamines) | Heures | Pas de clonus marqué |
| Infections : méningite, encéphalite, sepsis | Variable | Fièvre, raideur méningée ; PL au besoin |
| Métabolique : tempête thyroïdienne | Variable | TSH ↓, T4L ↑ |
| Structurel : lésion du SNC, état de mal non convulsif | Variable | Signes focaux ; imagerie, EEG |
Évaluation
- Revue exhaustive de la médication (y compris en vente libre, produits naturels, drogues, et les ajouts récents à l'hôpital : linézolide, fentanyl, ondansétron, tramadol).
- Examen ciblé : clonus aux chevilles, clonus oculaire, réflexes, rigidité, température centrale, peau, bruits intestinaux.
- Bilan : FSC, ions, créatinine, CK, bilan hépatique, gaz et lactate, coagulation (CIVD si sévère), TSH, ECG, dépistage toxicologique selon le contexte. PL et imagerie si doute d'infection ou de lésion.
Médicaments en cause
| Mécanisme | Exemples |
|---|---|
| ↑ libération ou ↓ recaptage | ISRS, IRSN, tricycliques (clomipramine), trazodone, vortioxétine, tramadol, fentanyl, mépéridine, méthadone, tapentadol, dextrométhorphane, MDMA, cocaïne, amphétamines |
| ↓ dégradation (IMAO) | Phénelzine, tranylcypromine, moclobémide, sélégiline, linézolide, bleu de méthylène |
| Agonistes | Triptans (risque faible), buspirone, lithium, LSD |
| Autres | Millepertuis, ondansétron, métoclopramide (risque faible), valproate, inhibiteurs du CYP2D6/3A4 qui augmentent les taux |
⚠️ Les combinaisons à haut risque comprennent un IMAO (y compris le linézolide et le bleu de méthylène IV) avec un ISRS/IRSN ou un opioïde sérotoninergique. Respecter les délais de sevrage : 2 semaines entre un IMAO et un autre antidépresseur, 5 semaines après la fluoxétine.
Prise en charge
| Sévérité | Mesures |
|---|---|
| Légère | Arrêt des agents en cause, observation ≥ 6–12 h, benzodiazépine au besoin |
| Modérée | Hospitalisation, monitorage cardiaque, liquides IV, benzodiazépines, correction des signes vitaux ; cyproheptadine si symptômes persistants |
| Sévère (T > 41 °C, rigidité) | Soins intensifs : refroidissement actif, sédation, intubation avec curarisation non dépolarisante (éviter la succinylcholine : hyperkaliémie si rhabdomyolyse) |
- Benzodiazépines : lorazépam 1–2 mg IV q15–30 min ou diazépam 5–10 mg IV, titrés selon l'agitation et la tachycardie.
- Cyproheptadine (PO ou écrasée par TNG) : 12 mg en dose de charge, puis 2 mg q2 h tant que les symptômes persistent ; entretien 8 mg q6 h (maximum ≈ 32 mg/j). Effets : sédation, effet anticholinergique.
- ⚠️ Mis à jour (Utah Poison Control, 2024 ; revues récentes) : les preuves pour la cyproheptadine sont très faibles ; c'est un appoint aux soins de soutien et aux benzodiazépines, jamais un substitut.
- Hyperthermie : refroidissement externe ; les antipyrétiques (acétaminophène) sont inefficaces (hyperthermie d'origine musculaire, non hypothalamique).
- À éviter : contentions physiques (aggravent l'hyperthermie et l'acidose lactique), halopéridol ou autres antipsychotiques en 1re intention (risque de SNM, abaissent le seuil convulsif, anticholinergiques), bromocriptine, dantrolène (pas de bénéfice démontré).
- Hypotension (rare, surtout avec IMAO) : vasopresseur à action directe (norépinéphrine) à faible dose ; éviter les agents indirects.
- Évolution : la plupart des cas se résolvent en 24 h après l'arrêt ; plus long avec les IMAO, la fluoxétine ou les agents à longue demi-vie.
Suivi et congé
- Documenter la réaction au dossier et dans la liste d'allergies/intolérances, avec la combinaison en cause.
- Reprise d'un antidépresseur : après la résolution complète, en monothérapie, à faible dose et en évitant la combinaison fautive ; tenir compte de la demi-vie (fluoxétine).
- Expliquer au patient les médicaments à éviter (dextrométhorphane, tramadol, millepertuis).
Triade clinique (perle de Dr H.)
| Domaine | Signes |
|---|---|
| Autonome | Tachycardie, HTA, hyperthermie, diaphorèse, mydriase, tachypnée, diarrhée, hyperpéristaltisme |
| Neuromusculaire | Clonus (inductible, spontané, oculaire), hyperréflexie, tremblement, myoclonies, rigidité (surtout membres inférieurs) |
| État mental | Anxiété, agitation, akathisie, délirium, coma |
- Spectre : léger (tremblement, clonus inductible, tachycardie) → modéré (clonus spontané ou oculaire, T 38–40 °C) → sévère (T > 41 °C, rigidité du tronc, convulsions, rhabdomyolyse, CIVD, défaillance multiorganique).
Pièges et perles
- Le clonus aux membres inférieurs est le signe clé : toujours le chercher chez un patient agité sous ISRS.
- Le linézolide chez un patient sous ISRS est une combinaison fréquente à l'hôpital : le risque réel est faible, mais il faut surveiller les 2 à 3 premiers jours plutôt que cesser systématiquement l'ISRS.
- Le bleu de méthylène (vasoplégie, méthémoglobinémie) est un IMAO puissant.
- Fentanyl et mépéridine sont sérotoninergiques ; morphine et hydromorphone le sont peu.
- Une hyperthermie avec rigidité sous antipsychotique et ISRS : penser aux deux syndromes ; la rapidité d'installation et le clonus orientent vers le syndrome sérotoninergique.
Références
- Cyproheptadoubts: determining the role of cyproheptadine in serotonin syndrome (Utah Poison Control Center, 2024)
- Serotonin Syndrome (StatPearls)
- Serotonin syndrome: preventing, recognizing, and treating it (Cleveland Clinic Journal of Medicine)
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : « Syndrome sérotoninergique » (diagnostic différentiel DIMS, triade).