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Analyse d'urine, hématurie et protéinurie

Néphrologie et électrolytesFiche révisée · oct. 2026

En bref : Une bandelette positive pour le sang se confirme au microscope (≥ 3 GR/champ). On sépare ensuite l'hématurie glomérulaire (protéinurie, cylindres érythrocytaires, GR dysmorphiques, baisse du DFGe : néphrologie) de l'hématurie urologique (cystoscopie et imagerie selon le risque de cancer). La protéinurie se quantifie par RAC ou RPC sur miction, se classe selon KDIGO et se traite surtout par blocage du SRAA et iSGLT2.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Hématurie + protéinurie + créatinine qui monte en jours : GN rapidement progressive (urgence ; chercher une hémorragie alvéolaire).
  • Hématurie macroscopique : risque de cancer 10–20 %.
  • Bandelette + sang mais 0 GR : myoglobinurie (rhabdomyolyse) ou hémolyse.
  • Protéinurie néphrotique (> 3–3,5 g/j) : thrombose, infection.
  • Hématurie sous anticoagulant : n'est pas « expliquée » par l'anticoagulant. ✅ À faire maintenant

  • Microscopie (≥ 3 GR/champ), sédiment (cylindres érythrocytaires, GR dysmorphiques).

  • Créatinine/DFGe, RAC ou RPC sur miction, PA ; CK si 0 GR.
  • Exclure cause transitoire (règles, effort, sexe, IVU) ; répéter 6 semaines après traitement d'une IVU.
  • Signes glomérulaires : C3-C4, ANA, ANCA, anti-MBG, VHB, VHC, VIH, EPP-EPU.
  • Stratifier le risque urothélial : cystoscopie + écho (intermédiaire) ou uro-TDM (élevé).
  • À l'hôpital (sonde, infection) : refaire l'AU à distance. 💊 Premières ordonnances

  • Albuminurie (RAC ≥ 3) : IECA ou ARA titré à la dose maximale tolérée ; créatinine et K en 1–2 semaines (hausse ≤ 30 % acceptée).

  • iSGLT2 si DFGe ≥ 20 selon l'indication ; voir Prise en charge. 📞 Appeler / référer si

  • Néphrologie urgente : GNRP, protéinurie néphrotique ; ANCA et anti-MBG le jour même.

  • Néphrologie : RAC ≥ 30 ou RPC ≥ 50, DFGe < 30, K ou créatinine > 30 % sous IECA/ARA.
  • Urologie : hématurie macroscopique, non glomérulaire ≥ 40 ans ou facteurs de risque.

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Urologie · Quand consulter — Néphrologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Analyse d'urine : lecture rapide

Prélèvement

  • Mi-jet après nettoyage des organes génitaux externes. On jette le début de la miction, on recueille le milieu et on termine dans la toilette.
  • Analyse rapide : un délai trop long fausse la bandelette (évaporation, prolifération bactérienne).

Bandelette : causes de résultats positifs et pièges

Paramètre Positif si… Faux positifs Faux négatifs
Leucocytes Infection, inflammation, néphrite interstitielle, GN Contamination vaginale, Trichomonas Urine concentrée, glycosurie, protéinurie, vitamine C, certains antibiotiques
Nitrites Bactérie à nitrate réductase (E. coli, Proteus, Klebsiella) Contamination, exposition à l'air Polyurie (< 4 h dans la vessie), entérocoque, S. saprophyticus, vitamine C
Protéines Atteinte glomérulaire, fièvre, effort, IC Urine alcaline, antiseptiques, phénazopyridine Urine diluée ou acide ; ne détecte pas les chaînes légères
Sang (Hb) GR, hémoglobine (hémolyse), myoglobine (rhabdomyolyse) Antiseptique (povidone), menstruations Vitamine C, densité élevée, captopril
Glucose Hyperglycémie (seuil rénal ≈ 10 mmol/L), iSGLT2, Fanconi Antiseptique Vitamine C
Cétones Jeûne, ACD, diète cétogène, alcool Lévodopa, mesna, captopril —
Bilirubine / urobilinogène Cholestase / hémolyse, hépatite Phénazopyridine, chlorpromazine Exposition à la lumière

💡 Bandelette + pour le sang mais 0 GR au microscope = hémoglobinurie (hémolyse) ou myoglobinurie (rhabdomyolyse : doser les CK). Urine rouge, bandelette négative = pseudohématurie (betteraves, rifampicine, phénytoïne, porphyrie).

Couleur et odeur

Couleur Causes
Rouge ou brun « Coca-Cola » Hématurie (glomérulaire si brun sans caillots), myoglobine, hémoglobine, betteraves, rifampicine
Orange Phénazopyridine, rifampicine, bilirubine, déshydratation
Bleu-vert Bleu de méthylène, amitriptyline, propofol, Pseudomonas
Noir ou brun foncé Méthémoglobine, mélanine, lévodopa, métronidazole, maladie hépatobiliaire
Trouble Pyurie, phosphates, lipides
  • Odeur fruitée : acidocétose. Fécale : fistule vésico-intestinale. Ammoniacale : rétention ou infection à germe uréasique.

Sédiment : cylindres et cristaux

Cylindre Signification
Hyalins Non spécifique : urine concentrée, effort, fièvre, diurétique
Érythrocytaires Glomérulonéphrite (pathognomonique), vasculite
Leucocytaires Pyélonéphrite, néphrite interstitielle
Granuleux « boueux brun » Nécrose tubulaire aiguë
Cireux Insuffisance rénale chronique avancée
Graisseux (corps ovales) Syndrome néphrotique
  • Cristaux : oxalate de calcium (environ 70 % des calculs ; aussi intoxication à l'éthylène glycol), acide urique (urine acide, lyse tumorale), struvite (germes uréasiques : Proteus, Klebsiella), cystine (cystinurie, toujours pathologique).

Hématurie

Définitions

  • Microhématurie : ≥ 3 GR/champ à fort grossissement au microscope. Une bandelette positive seule ne suffit pas.
  • Exclure les causes transitoires : menstruations, effort intense, relation sexuelle (< 48 h), infection urinaire, IVRS récente, instrumentation. On répète alors l'analyse après résolution (48 h à 6 semaines ; 6 semaines après le traitement d'une infection).
  • Hématurie macroscopique : évaluation urologique complète d'emblée (créatinine, uro-TDM, cystoscopie), car le risque de cancer est d'environ 10–20 %.

Glomérulaire ou urologique ?

Indice Glomérulaire Urologique (extraglomérulaire)
Couleur Brun « Coca-Cola » Rouge vif
Caillots Absents Possibles
GR Dysmorphiques (acanthocytes) Isomorphes
Cylindres érythrocytaires Présents Absents
Protéinurie Souvent (RPC > 30 mg/mmol) Absente ou légère
DFGe Parfois abaissé Normal
Contexte IVRS récente (IgA : 1–3 j ; post-strepto : 2–3 sem), éruption, arthralgies, hémoptysie Douleur au flanc, dysurie, prostatisme, âge, tabac

Causes fréquentes

< 40 ans ≥ 40 ans
Lithiase, infection, néphropathie à IgA, membranes basales minces, Alport, traumatisme, polykystose Lithiase, cancer (vessie, rein, prostate, uretère), HBP, infection, néphropathie à IgA
  • Autres : anticoagulation excessive (cherche quand même une lésion sous-jacente), drépanocytose, nécrose papillaire (AINS, diabète), cyclophosphamide, radiothérapie, schistosomiase et tuberculose (patients migrants ou voyageurs).

Facteurs de risque de cancer urothélial

  • Âge > 40 ans (≥ 60 ans : risque élevé), sexe masculin.
  • Tabagisme actif ou ancien (> 30 paquets-années : risque élevé).
  • Exposition professionnelle : teintures, amines aromatiques, benzène, caoutchouc, cuir, peinture, imprimerie.
  • Cyclophosphamide, acide aristolochique (produits naturels amaigrissants), abus d'analgésiques (phénacétine).
  • Irradiation pelvienne, sonde à demeure prolongée, infections urinaires récidivantes, symptômes irritatifs sans infection, antécédent d'hématurie macroscopique.

Anamnèse et examen ciblés

  • Effort, relation sexuelle, menstruations, traumatisme, IVRS récente, médicaments (anticoagulants, cyclophosphamide), voyage et migration, symptômes B.
  • PA, œdème, purpura des membres inférieurs, ORL (surdité : Alport), loges rénales, organes génitaux, toucher rectal chez l'homme, examen pelvien chez la femme.

Algorithme

Non

Oui

Oui

Résolue

Persistante

Non

Oui

Non

Faible

Intermédiaire

Élevé ou macroscopique

Bandelette + pour le sang

Microscopie :
≥ 3 GR/champ ?

Hémoglobine ou myoglobine ?
CK, bilan d'hémolyse

Cause bénigne ou infection ?
menstruations, effort, sexe, IVU

Traiter puis répéter l'AU
6 semaines plus tard

Fin de l'évaluation

Créatinine, RPC ou RAC,
sédiment, PA

Signes glomérulaires ?
cylindres GR, GR dysmorphiques,
protéinurie, ↓ DFGe, HTA

Bilan néphro :
C3-C4, ANA, ANCA, anti-MBG,
VHB, VHC, VIH, EPP-EPU
→ Néphrologie

Stratifier le risque
de cancer urothélial

Répéter l'AU en < 6 mois
ou cystoscopie + écho
(décision partagée)

Cystoscopie +
échographie rénale

Cystoscopie +
uro-TDM

Stratification du risque (AUA/SUFU)

Risque Critères (tous requis pour « faible ») Évaluation
Faible Femme < 50 ans ou homme < 40 ans ; < 10 paquets-années ; 3–10 GR/champ ; aucun autre facteur de risque Répéter l'AU dans 6 mois ou cystoscopie + écho
Intermédiaire Femme 50–59 ans ou homme 40–59 ans ; 10–30 paquets-années ; 11–25 GR/champ ; ou faible risque avec microhématurie récidivante Cystoscopie + échographie rénale
Élevé ≥ 60 ans ; > 30 paquets-années ; > 25 GR/champ ; antécédent d'hématurie macroscopique Cystoscopie + uro-TDM (uro-IRM ou pyélographie rétrograde si contre-indication)

⚠️ Mis à jour (AUA/SUFU, 2020, révisée 2025) : la cytologie urinaire n'est plus recommandée d'emblée pour la microhématurie (le guide CUA de 2009 et les notes d'origine la proposaient pour tous). On la réserve aux symptômes irritatifs ou aux facteurs de risque de carcinome in situ. L'échographie remplace l'uro-TDM chez les patients à risque faible ou intermédiaire, ce qui épargne radiation et contraste.

Imagerie du haut appareil

Examen Forces Limites
Uro-TDM Référence : lithiase, masses rénales, tumeurs urothéliales Contraste (DFGe), irradiation, coût
Échographie Sans radiation ni contraste ; kystes, hydronéphrose, masses > 3 cm Peu sensible pour masses < 3 cm et uretères
Uro-IRM Si contraste iodé contre-indiqué Accès, gadolinium si DFGe < 30

Orientation

  • Néphrologie : DFGe abaissé ou en baisse, protéinurie > 0,5–1 g/j, hématurie glomérulaire avec protéinurie, HTA ou insuffisance rénale, polykystose, maladie systémique. Urgente si insuffisance rénale rapidement progressive (GN rapidement progressive) ou protéinurie néphrotique.
  • Urologie : hématurie macroscopique, microhématurie non glomérulaire chez ≥ 40 ans ou avec facteurs de risque, anomalie à l'imagerie.
  • Une hématurie glomérulaire isolée (sans protéinurie, HTA ni insuffisance rénale) peut être suivie en 1re ligne : PA, créatinine et RAC aux 6–12 mois.

Suivi après une évaluation négative

  • Risque faible ou intermédiaire avec hématurie persistante : décision partagée ; répéter l'AU annuellement pendant quelques années.
  • Réévaluer complètement si hématurie macroscopique, cytologie anormale ou symptômes irritatifs sans infection.
  • Orienter en néphrologie si apparaissent HTA, protéinurie ou signes glomérulaires.
  • Arrêt du suivi après 2 AU annuelles négatives consécutives (AUA) ; on peut envisager une réévaluation 3–5 ans plus tard si facteurs de risque.

Protéinurie

Mesure et équivalences

Catégorie KDIGO RAC (mg/mmol) RPC (mg/mmol) Albumine 24 h Protéines 24 h Bandelette
A1 normale ou légère < 3 < 15 < 30 mg < 150 mg Négative ou traces
A2 modérée 3–30 15–50 30–300 mg 150–500 mg Traces à 1+
A3 sévère > 30 > 50 > 300 mg > 500 mg ≥ 1+
Néphrotique > 220 > 300 > 2,2 g > 3–3,5 g 3+
  • Repère : RPC (mg/mmol) × 10 ≈ protéinurie en mg/24 h (RPC 100 ≈ 1 g/j).
  • Diabète Canada considère un RAC ≥ 2,0 mg/mmol comme anormal. Il faut 2 RAC anormaux sur 3 en 3 mois pour confirmer.
  • Le RAC est plus sensible pour l'albuminurie glomérulaire précoce (diabète, HTA). Le RPC détecte aussi les protéines tubulaires. Ni l'un ni l'autre ne détecte les chaînes légères : demander une EPU et des chaînes légères libres sériques si myélome suspecté.

Classification et causes

Type Mécanisme Exemples
Transitoire ou fonctionnelle Hémodynamique Fièvre, effort, IC décompensée, convulsion, diabète déséquilibré
Orthostatique Posturale, bénigne Jeune < 30 ans ; 1re miction du matin normale
Glomérulaire (albumine) Barrière glomérulaire Diabète, néphroangiosclérose, IgA, membraneuse, lésions minimes, HSF, amyloïdose, lupus, prééclampsie
Tubulaire (< 2 g/j) Réabsorption ↓ Néphrite interstitielle, Fanconi, métaux lourds
Débordement Surproduction Myélome (chaînes légères), rhabdomyolyse

Évaluation

  • Répéter pour exclure une cause transitoire. Tester une 1re miction du matin chez le jeune (orthostatique).
  • Bilan : créatinine et DFGe, AU avec sédiment, glycémie et HbA1c, PA, lipides.
  • Protéinurie + hématurie ou protéinurie néphrotique : C3-C4, ANA, ANCA, anti-MBG, anti-PLA2R (membraneuse), VHB, VHC, VIH, EPP, EPU et chaînes légères libres, échographie rénale. Biopsie rénale probable.
  • Syndrome néphrotique : protéinurie > 3,5 g/j, albumine basse, œdème, dyslipidémie. Risque de thrombose (veine rénale) et d'infection.

Prise en charge (maladie rénale chronique avec albuminurie)

  • IECA ou ARA titré à la dose maximale tolérée si RAC ≥ 3 mg/mmol (surtout diabète ou HTA). Accepter une hausse de créatinine ≤ 30 % ; contrôle créatinine et K en 1–2 semaines.
  • iSGLT2 si DFGe ≥ 20 : diabète de type 2, ou MRC avec RAC ≥ 20 mg/mmol, ou insuffisance cardiaque.
  • Finérénone si diabète de type 2 avec RAC ≥ 3 mg/mmol malgré IECA/ARA et K normal.
  • Cible de PA < 120 systolique si tolérée (KDIGO), statine selon l'âge et le risque, arrêt du tabac, éviter les AINS.

⚠️ Mis à jour (KDIGO, 2024) : l'iSGLT2 fait désormais partie du traitement de base de la MRC avec albuminurie, au même titre que l'IECA/ARA. L'orientation repose sur une KFRE à 5 ans ≥ 3–5 % ; la note d'origine retenait ≥ 5 %.

Orientation en néphrologie (protéinurie)

  • DFGe < 30 persistant ou baisse rapide (insuffisance rénale aiguë progressive).
  • RAC ≥ 30 mg/mmol (≈ 300 mg/24 h) ou RPC ≥ 50 mg/mmol ; anciennes notes : RAC ≥ 60 ou RPC ≥ 100.
  • Protéinurie néphrotique (> 3 g/j) : orientation rapide.
  • Hématurie ou cylindres associés, protéinurie inexpliquée.
  • Hyperkaliémie ou hausse de créatinine > 30 % sous IECA/ARA ; HTA réfractaire.
  • KFRE à 5 ans ≥ 3–5 % (kidneyfailurerisk.com).

Médicaments à suspendre en cas de déshydratation ou d'infection (« jours de maladie »)

  • SADMANS : Sulfonylurées, IECA, Diurétiques, Metformine, ARA, AINS, iSGLT2 (SGLT2). Reprendre 24–48 h après le retour de l'alimentation normale.

Pièges et perles

  • Une hématurie sous anticoagulant n'est pas « expliquée » par l'anticoagulant : on fait la même évaluation.
  • En hospitalisation (sonde, infection, effort), l'AU est souvent faussée : refaire l'analyse à distance, en externe.
  • Protéinurie massive sans albumine au RAC : penser au myélome (chaînes légères).
  • GN rapidement progressive (hématurie + protéinurie + créatinine qui monte en jours) : urgence néphrologique ; ANCA et anti-MBG le jour même ; chercher une hémorragie alvéolaire.
  • Leucocyturie stérile : antibiotique récent, tuberculose, néphrite interstitielle, lithiase, Chlamydia.

Références