Dr H. Hospitaliste

Fiches › Cardiologie

Dyslipidémie et statines

CardiologieFiche révisée · oct. 2026

Voir aussi : INESSS — Ajustement des hypolipémiants

💊 Doses / traitement

En bref : Au Canada, on suit les lignes directrices de la SCC 2021 : on ne vise plus des « cibles », on utilise des seuils d'intensification. En prévention secondaire, on prescrit une statine de haute intensité et on ajoute de l'ézétimibe, puis un anti-PCSK9, si le C-LDL reste ≥ 1,8 mmol/L (ou non-HDL ≥ 2,4, ou apoB ≥ 0,7). Les conditions avec indication de statine (LDL ≥ 5, diabète, IRC, AAA) se traitent sans calculer le risque. Pour tous les autres, on calcule le score de Framingham. On dose la Lp(a) une fois dans la vie.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • C-LDL ≥ 5,0 mmol/L : suspicion d'hypercholestérolémie familiale.
  • TG > 10 mmol/L : risque de pancréatite.
  • Symptômes musculaires avec CK > 10 × N : rhabdomyolyse ; ALT > 3 × N persistante.
  • Interactions : gemfibrozil + statine contre-indiqué ; simvastatine max 20 mg avec amlodipine ; CYP3A4 (clarithromycine, azolés). ✅ À faire maintenant

  • Bilan lipidique non à jeun, glycémie ou HbA1c, DFGe ; RAC si diabète, HTA ou DFGe < 60 ; Lp(a) une fois.

  • Exclure les causes secondaires (TSH, syndrome néphrotique, cholestase, alcool, médicaments).
  • Condition avec indication de statine (athérosclérose, AAA, diabète, IRC, LDL ≥ 5) ? Sinon, score de Framingham.
  • ALT au départ ; CK au départ si risque de myopathie. 💊 Premières ordonnances

  • SCA, AVC ischémique ou ICT : statine de haute intensité avant le congé (p. ex. atorvastatine 80 mg), peu importe le LDL.

  • Haute intensité : atorvastatine 40–80 mg ou rosuvastatine 20–40 mg (DFGe < 30 : rosuvastatine 5 mg, max 10 mg).
  • Prévention secondaire avec LDL ≥ 1,8 sous statine : ézétimibe 10 mg PO die, puis anti-PCSK9.
  • Ne pas cesser une statine à l'admission sans raison. 📞 Appeler / référer si

  • LDL ≥ 5 (HF), CK > 10 × N, ALT > 3 × N persistante, TG > 4,5 mmol/L.

  • Congé : bilan lipidique 4–12 semaines après le début en prévention secondaire.

🔗 Ressources et raisonnement

📘 Protocoles INESSS — Ajustement des hypolipémiants

Qui dépister

  • Hommes et femmes ≥ 40 ans (ou ménopausées). Plus tôt chez les personnes d'origine sud-asiatique ou autochtone.
  • À tout âge si : athérosclérose clinique, AAA, diabète, HTA, tabagisme, stigmates (arc cornéen avant 45 ans, xanthélasma, xanthome), histoire familiale de MCV précoce ou de dyslipidémie, IRC, obésité (IMC ≥ 30), maladie inflammatoire (PR, lupus, psoriasis, MII), VIH, dysfonction érectile, MPOC, complications hypertensives de la grossesse.
  • Bilan : bilan lipidique standard (CT, LDL, HDL, TG, non-HDL calculé), glycémie ou HbA1c, DFGe ; RAC urinaire si diabète, HTA ou DFGe < 60. Lp(a) une fois. ApoB facultative (utile si TG > 1,5 mmol/L).
  • Le jeûne n'est pas nécessaire. Le non-HDL et l'apoB varient peu après un repas.
  • Exclure les causes secondaires : hypothyroïdie, syndrome néphrotique, cholestase, alcool, médicaments (corticos, antipsychotiques, rétinoïdes, antirétroviraux).
  • Répéter tous les 5 ans si le risque est < 5 %, tous les ans s'il est ≥ 5 %.

Conditions avec indication de statine (pas besoin de calculer le risque)

Condition Critères
Athérosclérose clinique IM, SCA, angine, coronaropathie documentée, AVC/ICT, sténose carotidienne, MVAS (claudication ou IPS < 0,9)
Anévrisme de l'aorte abdominale Aorte > 3,0 cm ou chirurgie antérieure d'AAA
Diabète ≥ 40 ans ; ou ≥ 30 ans avec diabète depuis ≥ 15 ans (type 1) ; ou complications microvasculaires
IRC (sans dialyse) ≥ 50 ans avec DFGe < 60 ou RAC > 3 mg/mmol depuis > 3 mois
C-LDL ≥ 5,0 mmol/L Ou hypercholestérolémie familiale documentée (causes secondaires exclues)

Prévention primaire selon le score de Framingham (SCC 2021)

Risque Framingham (10 ans) Débuter une statine si Seuil pour intensifier
Faible (< 10 %) C-LDL ≥ 5,0 ou apoB ≥ 1,45 ou non-HDL ≥ 5,8 Baisse de LDL < 50 % ou LDL ≥ 2,5
Intermédiaire (10–19 %) C-LDL ≥ 3,5 ou apoB ≥ 1,05 ou non-HDL ≥ 4,2 ; ou hommes ≥ 50 et femmes ≥ 60 ans avec 1 facteur de risque LDL ≥ 2,0 ou apoB ≥ 0,8 ou non-HDL ≥ 2,6
Élevé (≥ 20 %) Tous LDL ≥ 2,0 ou apoB ≥ 0,8 ou non-HDL ≥ 2,6
Prévention secondaire Tous LDL ≥ 1,8 ou apoB ≥ 0,7 ou non-HDL ≥ 2,4
  • Modificateurs de risque qui font pencher vers la statine en risque intermédiaire : Lp(a) ≥ 50 mg/dL (≥ 100 nmol/L), score calcique coronarien > 0, histoire familiale de MCV précoce, hs-CRP ≥ 2, HTA, intolérance au glucose, tabac, obésité abdominale.
  • Un score calcique = 0 chez une personne à risque intermédiaire permet de différer la statine (sauf fumeur, diabète, histoire familiale forte).
  • Pour la discussion : un fumeur de 53 ans à 20 % sur 10 ans descend à environ 11 % s'il cesse de fumer ; une statine de haute intensité réduit le risque relatif d'environ 35 %.

⚠️ Mis à jour (SCC, 2021) : les anciennes cibles de 2012–2016 (« LDL < 2,0 ou baisse > 50 % ») sont remplacées par des seuils d'intensification. L'ajout est désormais recommandé en prévention secondaire dès LDL ≥ 1,8 sous statine maximale tolérée. Le seuil du non-HDL en prévention primaire passe de 4,3 à 4,2 mmol/L, et celui de l'apoB de 1,2 à 1,05 g/L. L'IRC et la Lp(a) ont été ajoutées.

⚠️ Mis à jour (INESSS, 2025) : en prévention primaire, l'INESSS ne vise pas de cible LDL systématique et ne juge pas obligatoire le bilan lipidique de suivi. En prévention secondaire (athérosclérose, AAA > 3 cm) : statine de haute intensité, visée LDL d'environ 1,8 ou baisse > 50 %.

💡 Les ACC/AHA ont publié un nouveau guide en 2026 (calculateur PREVENT, retour de cibles de LDL et de non-HDL, Lp(a) une fois). Au Québec, la référence reste la SCC 2021 et l'INESSS.

Algorithme

Oui

Non

Oui

Non

≥ 20 %

10-19 %

< 10 %

Oui

Oui

Toujours au-dessus
du seuil

Non

Non

Adulte à dépister
bilan lipidique non à jeun + Lp(a)

Athérosclérose clinique
ou AAA ?

Prévention secondaire :
statine de haute intensité

Condition avec indication :
LDL ≥ 5, diabète, IRC ?

Statine d'intensité
modérée à élevée

Calculer le risque
de Framingham

Statine si LDL ≥ 3,5,
non-HDL ≥ 4,2, apoB ≥ 1,05
ou âge + facteur de risque

Habitudes de vie ;
statine seulement si LDL ≥ 5

Bilan 4-12 sem
LDL ≥ 1,8, non-HDL ≥ 2,4
ou apoB ≥ 0,7 ?

LDL ≥ 2,0, non-HDL ≥ 2,6
ou apoB ≥ 0,8 ?

Vérifier l'observance,
puis ajouter ézétimibe

Anti-PCSK9
évolocumab, alirocumab
ou inclisiran

Poursuivre ; bilan annuel

Statines : intensité et choix

Intensité (baisse de LDL) Molécules et doses
Élevée (≥ 50 %) Atorvastatine 40–80 mg ; rosuvastatine 20–40 mg
Modérée (30–49 %) Atorvastatine 10–20 mg ; rosuvastatine 5–10 mg ; simvastatine 20–40 mg ; pravastatine 40–80 mg
Faible (< 30 %) Pravastatine 10–20 mg ; fluvastatine 20–40 mg ; simvastatine 10 mg
Molécule Particularités
Rosuvastatine La plus puissante, peu d'interactions (pas de CYP3A4). DFGe < 30 : débuter 5 mg, max 10 mg. Origine asiatique : débuter 5 mg
Atorvastatine Pas d'ajustement rénal (choix en IRC avancée). CYP3A4 : attention clarithromycine, azolés, inhibiteurs de protéase, diltiazem
Simvastatine CYP3A4 ; max 20 mg avec amlodipine ; 80 mg déconseillé (myopathie) ; contre-indiquée avec clarithromycine
Pravastatine Hydrophile, peu d'interactions ; peu puissante. Utile en polypharmacie ou greffe

💡 L'INESSS recommande de débuter directement à l'intensité visée : les faibles doses sont peu efficaces. Chez les > 75 ans non fragiles en prévention primaire, une intensité faible à modérée suffit.

Autres hypolipémiants

Agent Dose Indication / remarques
Ézétimibe 10 mg PO die 1er ajout ; baisse de LDL d'environ 20–25 % ; bien toléré
Évolocumab 140 mg SC q2 sem ou 420 mg SC q mois Après ézétimibe en prévention secondaire ou en HF ; baisse d'environ 60 %. Couverture RAMQ en médicament d'exception
Alirocumab 75–150 mg SC q2 sem (ou 300 mg q4 sem) Idem
Inclisiran 284 mg SC à 0, 3 mois, puis q6 mois ARNsi anti-PCSK9 ; administré en clinique
Acide bempédoïque 180 mg PO die (± ézétimibe) Option en intolérance aux statines (essai CLEAR Outcomes) ; ↑ acide urique, goutte. Selon disponibilité
Icosapent éthyle 2 g PO bid Athérosclérose ou diabète avec facteur de risque, TG 1,5–5,6 mmol/L sous statine (essai REDUCE-IT). Risque de FA
Fénofibrate 48–200 mg PO die selon formulation TG > 10 mmol/L (prévention de la pancréatite) ; pas de bénéfice CV prouvé en ajout à une statine. Ajuster au rein
Séquestrants des acides biliaires Cholestyramine, colestipol Alternatives ; constipation, ↑ TG ; espacer les autres médicaments
Niacine — Abandonnée : pas de bénéfice, effets indésirables
  • Gemfibrozil + statine : contre-indiqué (rhabdomyolyse). Si un fibrate est nécessaire, choisir le fénofibrate.

Suivi

  • Bilan lipidique 4 à 12 semaines après le début ou un changement, en prévention secondaire. Ensuite, une fois par an.
  • ALT au départ et à 6–8 semaines (INESSS) ; ensuite seulement si symptômes. CK au départ si risque de myopathie, ensuite seulement si symptômes musculaires.
  • Référer : LDL ≥ 5 (suspicion d'HF), CK > 10 × N, ALT > 3 × N persistante, TG > 4,5 mmol/L (INESSS).

Symptômes musculaires

  • Les vrais effets musculaires sont rares (essais à l'aveugle : la plupart des symptômes surviennent aussi sous placebo).
  • Myalgies sans élévation de CK importante : arrêter 2 à 4 semaines. Si les symptômes disparaissent, réintroduire à demi-dose, essayer une autre statine (rosuvastatine, pravastatine) ou une dose intermittente (rosuvastatine 5–10 mg 2–3 ×/sem).
  • CK > 10 × N avec symptômes : arrêter, hydrater, vérifier la fonction rénale (rhabdomyolyse).
  • Facteurs de risque : âge avancé, hypothyroïdie, IRC, interactions (CYP3A4), consommation d'alcool, faible poids.

En contexte hospitalier

  • SCA, AVC ischémique ou ICT athérothrombotique : débuter une statine de haute intensité avant le congé, peu importe le LDL (p. ex. atorvastatine 80 mg). Doser le bilan lipidique pendant l'hospitalisation sert de valeur de base.
  • Un SCA récent abaisse temporairement le LDL : la valeur dosée dans les 24 à 48 h est valable, mais après plusieurs jours elle peut être faussement basse.
  • Ne pas arrêter une statine à l'admission sans raison (rhabdomyolyse, hépatite active, interaction majeure) : son retrait après un SCA augmente les événements.
  • Fin de vie ou CHSLD avec espérance de vie limitée : la déprescription de la statine en prévention primaire est raisonnable.
  • TG > 10 mmol/L : risque de pancréatite ; viser une baisse rapide (diète, insuline si diabète décompensé, fénofibrate).

Pièges et perles

  • Le non-HDL (CT − HDL) et l'apoB sont plus fiables que le LDL calculé quand les TG sont > 1,5 mmol/L ou que le LDL est très bas.
  • Une hypothyroïdie non traitée élève le LDL et augmente le risque de myopathie : doser la TSH avant de conclure à une intolérance.
  • Grossesse : cesser les statines. Chez les femmes en âge de procréer, privilégier une statine hydrophile (rosuvastatine, pravastatine) et la contraception.

Références