Dr H. Hospitaliste

Fiches › Endocrinologie

Hypoglycémie

EndocrinologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Chez le diabétique traité par insuline ou sécrétagogue, l'hypoglycémie se définit par une glycémie < 4,0 mmol/L. Patient conscient : 15 g de glucides PO, glycémie de contrôle à 15 min, puis une collation. Patient inconscient : D50 % 25 g IV (ou D10 % 250 mL), ou glucagon 1 mg IM/SC sans accès IV. Il ne faut pas intuber avant d'avoir donné le glucose. Sous sulfonylurée, l'hypoglycémie récidive : octréotide et surveillance prolongée. Toujours chercher la cause.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Altération de conscience, convulsion, déficit focal pseudo-AVC : glycémie avant le code AVC et avant d'intuber.
  • Sulfonylurée ou insuline à longue action : récidive attendue.
  • Hypoglycémie inattendue chez un patient septique, cirrhotique ou dénutri : marqueur de gravité. ✅ À faire maintenant

  • Glycémie capillaire ; conscient et capable d'avaler ?

  • Inconscient : moniteur, SpO₂, accès IV ou IO.
  • Cause : insuline, NPO, arrêt du gavage ou TPN, fonction rénale, sepsis, alcool.
  • Non diabétique : prélever pendant l'hypoglycémie (glucose, insuline, peptide C, pro-insuline, BHB, sulfonylurées, cortisol). 💊 Premières ordonnances

  • Conscient : 15 g de glucides PO (20 g si sévère) ; glycémie à 15 min, répéter si < 4,0 ; puis collation.

  • Inconscient : D50 % 50 mL (25 g) IV ou D10 % 250 mL ; sans IV, glucagon 1 mg IM/SC.
  • Thiamine 100 mg IV si alcoolisme ou malnutrition (sans retarder le glucose).
  • Récidive : D10 % 50–100 mL/h ; sulfonylurée : octréotide 50–100 µg SC q6–12 h, glycémie q1h, observation ≥ 24 h.
  • Ajuster l'insuline (p. ex. basale −20–25 %) ; éviter l'échelle seule ; cesser le glyburide chez l'âgé ou en IRC. 📞 Appeler / référer si

  • Patron : hypoglycémie sévère, récidivante ou sous sulfonylurée.

  • Endocrinologie : hypoglycémies non ressenties ou récidivantes.
  • Congé : revoir tout le traitement, glucagon, consignes de conduite (SAAQ).

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Endocrinologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Définition et gravité (Diabète Canada)

Niveau Critères
Légère Symptômes autonomes (tremblements, palpitations, sueurs, faim) ; le patient se traite seul
Modérée Symptômes autonomes + neuroglycopéniques (confusion, faiblesse, troubles visuels ou de la parole) ; le patient se traite seul
Sévère Aide d'autrui nécessaire ; perte de conscience possible ; glycémie souvent < 2,8 mmol/L
  • Triade de Whipple (patient non diabétique) : symptômes, glycémie basse (< 3,0 mmol/L environ) et correction des symptômes par le glucose.
  • Chez la personne âgée, la présentation est souvent atypique : délirium, chute, déficit focal pseudo-AVC, convulsion. Les β-bloquants masquent les signes adrénergiques.

Causes à rechercher

Catégorie Exemples
Médicaments Insuline (erreur de dose ou d'horaire, repas manqué), sulfonylurées (glyburide surtout, gliclazide), méglitinides ; quinolones, pentamidine, quinine, β-bloquants, salicylés
Apport Jeûne, NPO, arrêt de l'alimentation entérale ou de la TPN sans ajuster l'insuline, vomissements
Clairance réduite Insuffisance rénale (insuline et sulfonylurées s'accumulent), insuffisance hépatique
Maladie grave Sepsis, choc, insuffisance surrénalienne, hypopituitarisme, malnutrition, alcool (inhibe la néoglucogenèse)
Autres Insulinome, auto-anticorps, post-bariatrique (dumping tardif), tumeurs non-îlots (IGF-2), insuline exogène factice
  • Patient non diabétique : prélever pendant l'hypoglycémie, avant de la corriger. Doser glucose, insuline, peptide C, pro-insuline, β-hydroxybutyrate, et faire un dépistage des sulfonylurées. Doser aussi le cortisol.

Prise en charge

Patient conscient

  • 15 g de glucides rapides : 4 comprimés de glucose de 4 g, 175 mL de jus ou de boisson gazeuse ordinaire, ou 3 c. à thé de sucre dans l'eau. Donner 20 g si l'hypoglycémie est sévère.
  • Glycémie de contrôle à 15 min. Répéter si < 4,0.
  • Ensuite, le repas prévu, ou une collation de 15 g de glucides + protéine si le repas est dans plus de 1 h.
  • Sous acarbose : donner du glucose (dextrose) ou du lait, pas du sucrose.

Patient inconscient ou incapable d'avaler

  • Moniteur cardiaque, SpO2, accès IV ou IO, glycémie capillaire.
  • D50 % 50 mL (25 g) IV (Diabète Canada : 10–25 g en 1–3 min), ou D10 % 250 mL (25 g). On préfère le D10 % quand la veine est fragile : moins d'extravasation et moins de rebond.
  • Glucagon 1 mg IM ou SC si pas d'accès IV. Il est moins efficace si l'hypoglycémie est due à l'alcool, au jeûne prolongé ou à une hépatopathie avancée (réserves de glycogène épuisées). Le glucagon nasal 3 mg est une option pour l'entourage.
  • Thiamine 100 mg IV avant ou avec le glucose si alcoolisme ou malnutrition. Ne jamais retarder le glucose pour la donner.
  • Perfusion de D10 % (50–100 mL/h) si l'hypoglycémie récidive ou si l'agent en cause a une longue action.

Hypoglycémie due aux sulfonylurées

  • Octréotide 50–100 µg SC (ou IV) q6–12 h : il inhibe la sécrétion d'insuline. On le donne après le bolus de glucose, sans retarder la correction.
  • Les bolus répétés de dextrose stimulent l'insuline et entretiennent le cycle d'hypoglycémie.
  • Observation ≥ 24 h (jusqu'à 72 h en IRC). Glycémie q1 h jusqu'à stabilité, puis q2–4 h.

Prévention à l'hôpital

  • Ajuster l'insuline quand le patient est NPO, quand l'alimentation entérale s'arrête et quand la fonction rénale se détériore. Exemple : réduire la basale de 20–25 %.
  • Éviter l'échelle d'insuline seule (« sliding scale »). Privilégier un schéma basal-bolus-correction.
  • Personne âgée ou IRC : cesser le glyburide. Privilégier des agents à faible risque (iDPP-4, iSGLT2, AR GLP-1) et des cibles d'HbA1c moins strictes (7,1–8,5 % chez la personne fragile).
  • Ordonnance collective ou protocole d'hypoglycémie disponible dans chaque unité.

Algorithme

Oui

Non

Oui

Non

< 4,0

≥ 4,0

Oui

Non

Glycémie < 4,0 mmol/L
ou symptômes + glucomètre bas

Conscient et
capable d'avaler ?

15 g de glucides PO
20 g si hypoglycémie sévère
Comprimés de glucose, 175 mL de jus

Accès IV ?

D50 % 50 mL (25 g) IV
ou D10 % 250 mL IV

Glucagon 1 mg IM/SC
ou glucagon nasal 3 mg
Accès IV ou IO

Glycémie à 15 min

Répéter le traitement

Repas ou collation
15 g de glucides + protéine

Sulfonylurée ou insuline
à longue action ?

D10 % en perfusion
Octréotide 50-100 µg SC q6-12h si sulfonylurée
Glycémie q1h, observation ≥ 24 h

Chercher et corriger la cause
Ajuster le traitement

Suivi et congé

  • Après une hypoglycémie sévère, revoir tout le traitement : dose, agent, cibles d'HbA1c.
  • Enseigner les symptômes et la règle des 15 g au patient et à ses proches. Leur montrer à utiliser le glucagon.
  • Conduite automobile : après une hypoglycémie sévère, le patient ne doit pas conduire pendant une période déterminée. Mesurer la glycémie avant de conduire. Se référer aux normes de la SAAQ et de l'AMC.
  • Hypoglycémies non ressenties ou récidivantes : alléger les cibles pendant quelques semaines, envisager une surveillance continue du glucose (CGM) et référer en endocrinologie.

Pièges et perles

  • Une hypoglycémie peut donner un déficit focal : toujours vérifier la glycémie avant d'activer le code AVC.
  • Ne pas intuber avant le glucose : l'hypoglycémie est une cause d'altération de conscience qui se renverse rapidement.
  • Insuffisance rénale : la demi-vie de l'insuline et des sulfonylurées s'allonge. Une hypoglycémie inexpliquée chez un diabétique peut révéler une IRA.
  • Une hypoglycémie inattendue chez un patient septique, cirrhotique ou dénutri est un marqueur de gravité.

Références