Dr H. Hospitaliste

Fiches › Cardiologie

Insuffisance cardiaque

CardiologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : On classe d'abord selon la FEVG (réduite ≤ 40 %, non réduite > 40 %). En décompensation aiguë, on décongestionne vite et fort (furosémide IV 1 à 2,5 × la dose PO habituelle), on cherche le précipitant et on vise le poids sec au congé. En FEVG réduite, les 4 piliers (ARNI/IECA, bêtabloquant, ARM, iSGLT2) se démarrent pendant l'hospitalisation et se titrent rapidement après le congé. En FEVG non réduite : diurétique selon la volémie, iSGLT2, traitement des comorbidités.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Hypoperfusion (extrémités froides, oligurie, confusion, lactate ↑) ou TAS < 90 : choc cardiogénique.
  • Détresse respiratoire, FR > 40 ou SpO₂ < 90 %.
  • SCA, arythmie significative, chocs répétés du DCI.
  • Diurèse < 100–150 mL/h ou Na urinaire < 50–70 à 2 h : réponse insuffisante. ✅ À faire maintenant

  • TVJ, crépitants, œdème, perfusion périphérique ; poids quotidien, bilan I/E.

  • ECG, RX pulmonaire, POCUS (lignes B), NT-proBNP, troponine.
  • FSC, ions, urée, créatinine, Mg, bilan hépatique, TSH, ferritine + saturation.
  • Chercher le précipitant : ischémie, arythmie, non-adhésion, infection, AINS.
  • Échocardiographie si nouvelle IC. 💊 Premières ordonnances

  • O₂ cible 92–96 % ; VNI tôt si œdème pulmonaire avec détresse.

  • Furosémide IV : 1 à 2,5 × la dose PO quotidienne (naïf : 20–40 mg IV) ; doubler si réponse insuffisante.
  • Résistance : métolazone 2,5–5 mg PO die ou acétazolamide 500 mg IV die × 3 j.
  • TAS > 110 + œdème pulmonaire : nitroglycérine 0,4 mg S/L q5 min, puis 10–20 µg/min IV.
  • Poursuivre le bêtabloquant sauf choc ou bradycardie ; ions et créatinine die.
  • FEVG ≤ 40 % : débuter les 4 piliers (voir Traitement de fond de l'ICFEr). 📞 Appeler / référer si

  • Choc cardiogénique : soins intensifs, cardiologie.

  • Détresse respiratoire malgré VNI : soins intensifs.
  • Au congé : visite en 7–14 jours et clinique d'IC.

🔗 Ressources et raisonnement

🧠 Raisonnement Curbsiders #469 — Insuffisance cardiaque hospitalisée

📞 Consulter Quand consulter — Cardiologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Définitions et classification

Type FEVG Critères
IC à FEVG réduite (ICFEr) ≤ 40 % Symptômes ± signes
IC à FEVG légèrement réduite (ICFElr) 41–49 % Symptômes ± signes + peptides ↑
IC à FEVG préservée (ICFEp) ≥ 50 % Symptômes ± signes + peptides ↑ + anomalie structurelle (OG dilatée, HVG) ou dysfonction diastolique
IC à FEVG améliorée ≤ 40 % devenue > 40 % Ne pas cesser le traitement de l'ICFEr
  • Peptides compatibles (hors aigu) : BNP > 35 pg/mL, NT-proBNP > 125 pg/mL. En aigu : NT-proBNP < 300 pg/mL exclut pratiquement l'IC.
  • ⚠️ Mis à jour (SCC/CHFS, 2025) : les lignes directrices canadiennes regroupent la FEVG > 40 % sous le terme IC à FEVG non réduite (ICFEnr).
NYHA Définition
I Aucune limitation
II Limitation légère à l'effort ordinaire
III Limitation marquée : symptômes à l'effort léger
IV Symptômes au repos ou à l'effort minimal

Causes

Catégorie Exemples
Ischémique MCAS, IDM, dissection ou spasme coronarien
Hypertensive, valvulaire HTA, sténose aortique, insuffisance mitrale
Arythmique FA ou flutter à réponse rapide, TV incessante, ESV fréquentes, bradyarythmie
Toxique Alcool, cocaïne, amphétamines, anthracyclines, trastuzumab
Infiltrative, inflammatoire Amyloïdose (penser ATTR chez l'homme âgé, ICFEp + canal carpien), sarcoïdose, hémochromatose, myocardite
Génétique Cardiomyopathie dilatée familiale, hypertrophique, non compactée, DAVD
Débit élevé Anémie, thyrotoxicose, fistule AV, Paget, sepsis
Autres Péripartum, Tako-tsubo, VIH, Chagas, maladie thyroïdienne

ICFEp : terrain typique

  • Âge avancé, femme, HTA, FA, obésité, diabète, IRC, apnée du sommeil, MPOC, déconditionnement.
  • Score H₂FPEF (0–9) : obésité IMC > 30 (2 pts), ≥ 2 antihypertenseurs (1), FA (3), PAPs > 35 mmHg (1), âge > 60 ans (1), E/e' > 9 (1). Un score ≥ 6 rend l'ICFEp très probable ; ≤ 1 la rend peu probable.
  • Écho atypique (valvulopathie significative, paroi ≥ 15 mm, VG dilaté, fonction diastolique normale) : chercher une autre cause.

Évaluation initiale (décompensation)

  • Signes de congestion : TVJ > 8 cm, reflux hépatojugulaire, B3, crépitants, épanchement pleural, œdème à godet, ascite, hépatomégalie.
  • Signes d'hypoperfusion : extrémités froides, hypotension, oligurie, confusion, lactate ↑. Profil « froid et humide » : penser choc cardiogénique, soins intensifs.
  • Précipitants (HEART FAILED) : HTA, endocardite, anémie, valvulopathie, thyrotoxicose, non-adhésion (médicaments, sel, liquides), arythmie, infection, ischémie/IDM, poumon (MPOC, pneumonie, EP), endocrinien, diète. Ajouter les AINS, les glitazones, les BCC non dihydropyridines et l'IRA.
Examen Pourquoi
ECG Ischémie, FA, BBG (QRS ≥ 130 ms : resynchronisation)
Radiographie pulmonaire Céphalisation, lignes de Kerley B, épanchement, cardiomégalie
Échographie pulmonaire (POCUS) Lignes B bilatérales : très évocateur (RV+ ≈ 7)
FSC, ions, urée, créatinine, Mg, bilan hépatique Anémie, IRA, base pour les diurétiques
NT-proBNP ou BNP, troponine Diagnostic, pronostic ; IDM type 1 vs 2
TSH, HbA1c, bilan lipidique, ferritine + saturation de la transferrine Causes et comorbidités
Gaz, lactate Si détresse ou hypoperfusion
Échocardiographie Nouvelle IC ou changement clinique

💡 Perle de Dr H. : les éléments les plus utiles pour confirmer une IC aiguë sont la céphalisation à la radiographie (RV+ ≈ 9), les lignes B (≈ 7), les Kerley B (≈ 6) et un VG altéré à l'écho ; pour l'exclure : NT-proBNP < 300 (RV- ≈ 0,1), absence de lignes B (≈ 0,14).

Admission ou congé de l'urgence

Admettre si Congé envisageable si
Hypoperfusion, hypotension, oligurie, altération de l'état de conscience Stabilité hémodynamique
Dyspnée de repos, FR > 40 ou SpO₂ < 90 % Oxygénation satisfaisante à l'air ambiant
SCA, arythmie significative, chocs répétés du DCI Diurèse initiée et symptômes améliorés
Troubles électrolytiques majeurs, IRA Capable de marcher comme d'habitude
Comorbidité aiguë (pneumonie, EP, AVC, ACD) Absence de complication, suivi rapide assuré
IC de novo (même légère) : seuil bas d'admission

Prise en charge aiguë

Oxygénation

  • Cible SpO₂ 92–96 % ; pas d'O₂ si saturation normale.
  • VNI (CPAP ou BiPAP) précoce si œdème pulmonaire avec détresse ; lunette nasale à haut débit en alternative.

Diurétiques

  • Débuter tôt (dans l'heure) : la mortalité augmente avec le délai.
  • Naïf : furosémide 20–40 mg IV (ou bumétanide 1 mg IV). Déjà sous diurétique : 1 à 2,5 × la dose PO quotidienne totale, en IV, divisée BID. Bolus et perfusion sont équivalents.
  • Dose maximale habituelle : ≈ 80 mg IV par dose si fonction rénale normale ; 160–200 mg IV par dose si IRC.
  • ⚠️ Mis à jour (ESC 2021, HFA 2019) : évaluer la réponse précoce avec un Na urinaire à 2 h (< 50–70 mmol/L = réponse insuffisante) ou une diurèse < 100–150 mL/h dans les 6 premières heures. Si insuffisant, doubler la dose. L'ancien critère « 1 mL/kg/h » reste un repère.
  • Résistance : blocage séquentiel du néphron :
  • Métolazone 2,5–5 mg PO die ou hydrochlorothiazide 25–100 mg PO die (essai CLOROTIC, 2023). Surveiller K, Na et créatinine quotidiennement.
  • ⚠️ Mis à jour (ADVOR, NEJM 2022) : acétazolamide 500 mg IV die × 3 j ajouté au diurétique de l'anse accélère la décongestion (sans effet démontré sur la mortalité), surtout si bicarbonate élevé.
  • Viser une perte d'environ 1 kg/j (0,5–1,5 kg/j) jusqu'à l'euvolémie.
  • Une hausse modeste de la créatinine pendant une décongestion efficace est fréquente, réversible et associée à un meilleur pronostic : ne pas arrêter la diurèse si le patient est encore congestionné.
  • Restriction : liquides 1,5–2 L/j et sodium < 2–3 g/j. ⚠️ Mis à jour (SODIUM-HF, 2022) : une restriction sodée stricte (< 1,5 g/j) n'a pas réduit les événements ; viser une alimentation modérément réduite en sel, sans excès de restriction.

Vasodilatateurs et inotropes

  • Nitroglycérine si TAS > 110 mmHg et œdème pulmonaire : 0,4 mg S/L q5 min, puis perfusion IV 10–20 µg/min, titrer jusqu'à 200 µg/min ; éviter si sténose aortique serrée, inhibiteur de la PDE-5.
  • Inotropes (dobutamine 2,5–10 µg/kg/min, milrinone 0,125–0,75 µg/kg/min) : seulement si hypoperfusion. Cible TAS 90–100, TAM > 60–65. Pas de place en ICFEp.
  • Aucun BCC non dihydropyridine (diltiazem, vérapamil) en ICFEr. Amlodipine ou félodipine acceptables pour l'angine ou l'HTA.

Médicaments chroniques pendant la décompensation

  • Poursuivre le bêtabloquant sauf choc, hypoperfusion ou bradycardie/BAV significatif ; diminuer de moitié au besoin.
  • Suspendre temporairement IECA/ARA/ARNI ou ARM seulement si hypotension symptomatique, hyperkaliémie ou IRA sévère.
  • Thromboprophylaxie (HFBPM).

Critères d'euvolémie (passage PO)

  • TVJ normale, disparition de l'œdème et de l'orthopnée, SpO₂ normale à l'air ambiant.
  • Hémoconcentration : hausse de 2 des 3 parmi albumine, protéines et hématocrite. Elle est associée à une baisse de la mortalité à 180 jours.
  • Conversion IV → PO : dose orale souvent égale à la dose IV pour le furosémide (biodisponibilité variable) ; fractionner si > 80 mg/j. Garder 24–48 h sous PO à l'hôpital avec pesée et créatinine.

Traitement de fond de l'ICFEr (FEVG ≤ 40 %)

⚠️ Mis à jour (SCC/CHFS 2021, ESC 2021–2023) : 4 piliers d'emblée, pas d'ordre séquentiel lent. On peut tous les débuter à faible dose pendant l'hospitalisation, puis les titrer q1–2 semaines. L'ARNI remplace l'IECA en 1re intention, y compris chez le patient naïf hospitalisé (PIONEER-HF). Ajout des iSGLT2 (DAPA-HF, EMPEROR-Reduced), avec ou sans diabète.

Classe Molécule Dose initiale Dose cible
ARNI (1er choix) Sacubitril-valsartan 24/26 mg PO BID (49/51 si déjà sous IECA/ARA à dose moyenne-élevée) 97/103 mg BID
IECA (si ARNI impossible) Ramipril 1,25–2,5 mg PO BID 5 mg BID
Périndopril 2 mg PO die 8 mg die
Énalapril 1,25–2,5 mg PO BID 10–20 mg BID
Lisinopril 2,5–5 mg PO die 20–35 mg die
ARA (si intolérance aux IECA) Candésartan 4 mg PO die 32 mg die
Valsartan 40 mg PO BID 160 mg BID
Bêtabloquant Bisoprolol 1,25 mg PO die 10 mg die
Carvédilol 3,125 mg PO BID 25 mg BID (50 mg BID si > 85 kg)
Métoprolol succinate (XL) 12,5–25 mg PO die 200 mg die
ARM Spironolactone 12,5 mg PO die 25–50 mg die
Éplérénone 25 mg PO die 50 mg die
iSGLT2 Dapagliflozine 10 mg PO die 10 mg die
Empagliflozine 10 mg PO die 10 mg die
  • ARNI : sevrage de 36 h de l'IECA avant la 1re dose (risque d'angiœdème) ; pas de délai depuis un ARA. Débuter si TAS > 100 mmHg sur 6 h, sans hausse de diurétique IV ni vasodilatateur IV ou inotrope dans les 6 dernières heures. Vérifier la couverture (assurance, RAMQ médicament d'exception) avant le congé.
  • Bêtabloquant : débuter quand le patient est proche de l'euvolémie ; titrer selon FC > 60 et TA. Le bénéfice est dose-dépendant. Préférer le métoprolol succinate (MERIT-HF) ; le tartrate (cible 100 mg BID) est une alternative.
  • ARM : si K < 5,0 mmol/L et DFGe > 30 mL/min. K et créatinine à 3 jours, 1 semaine, puis mensuellement × 3.
  • iSGLT2 : DFGe ≥ 20–25 mL/min pour débuter ; baisse initiale attendue du DFGe ; suspendre si jeûne, chirurgie, maladie aiguë (risque d'acidocétose euglycémique). Diminuer le diurétique s'il y a lieu.

Traitements additionnels

Traitement Indication
Ivabradine 5 mg PO BID → 7,5 mg BID (2,5 mg si âgé) Rythme sinusal, FC ≥ 70 malgré dose maximale tolérée de bêtabloquant, FEVG ≤ 35 %
Vériciguat 2,5 mg die → 10 mg die Aggravation récente malgré traitement optimal (VICTORIA)
Hydralazine 25–37,5 mg TID → 75–100 mg TID + dinitrate d'isosorbide 20 mg TID → 40 mg TID Patients noirs en plus du traitement standard ; ou si IECA/ARA/ARNI contre-indiqués (IRA, hyperK)
Digoxine 0,0625–0,125 mg die Symptômes persistants ou contrôle de FC en FA ; viser un taux bas (0,5–0,9 nmol/L)
Fer IV (carboxymaltose ferrique ou dérisomaltose) Ferritine < 100 µg/L, ou 100–299 avec saturation < 20 %, symptomatique, FEVG ≤ 49 % ; améliore la capacité d'effort et réduit les hospitalisations ; le fer PO est inefficace
DCI FEVG ≤ 35 % malgré ≥ 3 mois de traitement optimal, espérance de vie > 1 an
Resynchronisation (CRT) FEVG ≤ 35 %, rythme sinusal, BBG avec QRS ≥ 130 ms (bénéfice maximal si ≥ 150 ms)
Revascularisation Ischémie significative, anatomie favorable
Clinique d'IC, transplantation, assistance ventriculaire Classe III–IV persistante, hospitalisations répétées

💡 « A, B, pas C, mais D » : ACEi/ARA/Aldostérone, Bêtabloquants, pas de CCB non DHP, Diurétiques (et aujourd'hui, ajouter l'iSGLT2).

ICFEnr (FEVG > 40 %, préservée ou légèrement réduite)

  • Diurétique de l'anse selon la volémie.
  • ⚠️ Mis à jour (ESC 2023, SCC/CHFS 2025) : iSGLT2 recommandé (dapagliflozine ou empagliflozine 10 mg die) pour réduire hospitalisations et décès CV (EMPEROR-Preserved, DELIVER).
  • ARM à considérer : spironolactone (TOPCAT) ou finérénone (FINEARTS-HF, 2024), surtout si FEVG < 60 %. La finérénone est utilisée selon la disponibilité et la couverture.
  • ARNI à considérer si FEVG dans la zone 41–57 % environ (PARAGON-HF), surtout chez la femme.
  • Obésité (IMC ≥ 30) : agoniste GLP-1 (sémaglutide) ou tirzépatide améliorent symptômes et capacité fonctionnelle (STEP-HFpEF, SUMMIT).
  • Contrôle de la TA, de la FA (fréquence ou rythme), dépistage de l'ischémie, traitement de l'apnée du sommeil, de la MPOC et de l'IRC.
  • ICFElr : on peut aussi utiliser les piliers de l'ICFEr.

Algorithme : IC aiguë décompensée

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Dyspnée + congestion
ECG, RX, NT-proBNP, troponine, POCUS

Hypoperfusion ou
TAS < 90 ?

Choc cardiogénique :
USI, cardiologie
inotrope ± vasopresseur

Détresse respiratoire
ou SpO2 < 90 % ?

O2 cible 92-96 %
VNI (CPAP/BiPAP) tôt

Furosémide IV
1 à 2,5 × dose PO habituelle
naïf : 20-40 mg IV

TAS > 110 et
œdème pulmonaire ?

Ajouter nitroglycérine
S/L puis IV

Évaluer la réponse

Na urinaire à 2 h > 50-70
ou diurèse > 100-150 mL/h ?

Poursuivre BID
viser -1 kg/j
ions et créat die

Doubler la dose de l'anse
(max 400-600 mg/j)

Toujours insuffisant ?

Blocage séquentiel :
métolazone, HCTZ
ou acétazolamide

Euvolémie : passage PO
4 piliers si FEVG ≤ 40 %
iSGLT2 pour tous

Suivi et congé

  • Poids sec atteint au congé : 70 % moins de réadmissions s'il est atteint (± 1 kg).
  • Au moins iSGLT2 + bêtabloquant + ARNI/IECA + ARM débutés si FEVG ≤ 40 %, sauf contre-indication.
  • ⚠️ Mis à jour (STRONG-HF, Lancet 2022 ; ESC 2023) : une titration intensive jusqu'à la dose cible dans les 6 semaines après le congé, avec visites rapprochées (TA, FC, K, créatinine, NT-proBNP), réduit décès et réadmissions.
  • Appel téléphonique à 72 h et visite dans les 7 à 14 jours ; inscription à une clinique d'IC (20–30 % moins de réhospitalisations).
  • Bilan : ions et créatinine 1 semaine après tout changement de dose d'IECA/ARA/ARNI, ARM ou diurétique.
  • Enseignement : pesée quotidienne (le matin, après la miction) ; appeler si gain ≥ 1 kg en 24 h ou ≥ 2 kg en 1 semaine (≈ 3 lb en 2 jours ou 5 lb en 1 semaine), ou si diarrhée/vomissements importants. Plan d'ajustement du diurétique par le patient si possible.
  • Sel modéré (< 2–3 g/j), liquides 1,5–2 L/j si hyponatrémie ou congestion récidivante, arrêt du tabac et de l'alcool, éviter les AINS.
  • Exercice : NYHA I–III, 3–5 fois/sem, 20–60 min à intensité modérée ; réadaptation cardiaque.
  • Conduite (SAAQ) : véhicule privé permis en NYHA I–III, interdit en NYHA IV. Véhicule commercial : interdit si NYHA III–IV ou FEVG < 35 %. Restrictions additionnelles après IDM, syncope, arythmie ou DCI.
  • Avion : sans restriction en NYHA I–II ; NYHA III avec oxygène disponible ; déconseillé en NYHA IV.
  • Vaccins : influenza annuelle, pneumocoque, VRS (≥ 60 ans à risque), COVID-19.
  • Haut risque de réhospitalisation (orienter vers la clinique d'IC) : IRC, bas débit, diabète, MPOC, NYHA III–IV persistante, hospitalisations multiples, dépression ou atteinte cognitive, isolement social.
  • Soins palliatifs : à discuter en IC avancée (hospitalisations répétées, intolérance au traitement).

Pièges et perles

  • Ne pas sous-doser le diurétique par crainte de la créatinine : la congestion résiduelle au congé est le principal facteur de réadmission.
  • Hypokaliémie et hypomagnésémie sous diurétiques : risque arythmique ; viser K 4,0–5,0.
  • Métolazone : effet puissant, hyponatrémie et hypokaliémie fréquentes ; doses ponctuelles plutôt qu'en continu.
  • IC « à FEVG améliorée » : ne jamais arrêter les piliers (TRED-HF : rechute fréquente à l'arrêt).
  • En FA rapide avec ICFEr : bêtabloquant ± digoxine ; amiodarone si instable ; éviter diltiazem.
  • ICFEp chez l'homme âgé avec canal carpien bilatéral, sténose spinale, voltage bas : scintigraphie au pyrophosphate (amyloïdose ATTR, traitable par tafamidis).
  • Analogie de « l'âne » (perle de Dr H.) : la précharge (eau et sel) et la postcharge (vasoconstriction) chargent l'âne ; diurétiques et vasodilatateurs l'allègent, les bêtabloquants freinent le remodelage, les inotropes le fouettent.

Références