Dr H. Hospitaliste

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Insuffisance surrénalienne et corticothérapie de stress

EndocrinologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Une crise surrénalienne se traite avant la confirmation : hydrocortisone 100 mg IV/IM et NaCl 0,9 % rapide. On prélève cortisol et ACTH si cela ne retarde pas le traitement. La cause la plus fréquente à l'hôpital est la corticothérapie exogène (axe HHS freiné). Tout patient sous glucocorticoïde depuis plus de 3–4 semaines reçoit une couverture de stress lors d'une chirurgie ou d'une maladie aiguë.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Choc réfractaire aux liquides et aux vasopresseurs, vomissements, douleur abdominale, confusion.
  • Patient sous corticoïdes (ou cessés récemment), sous immunothérapie ou avec métastases surrénaliennes.
  • HypoNa, hyperK, hypoglycémie.
  • Apoplexie hypophysaire : céphalée brutale, troubles visuels. ✅ À faire maintenant

  • Prélever cortisol et ACTH seulement si sans délai ; ne jamais retarder l'hydrocortisone.

  • Na, K, glycémie ; chercher le déclencheur (infection, chirurgie, arrêt des corticoïdes).
  • Surveiller le Na (correction trop rapide).
  • Patient stable : cortisol à 8 h ; test au cosyntropin 250 µg avec l'endocrinologie. 💊 Premières ordonnances

  • Crise : hydrocortisone 100 mg IV ou IM, puis 200 mg/24 h (perfusion ou 50 mg IV q6h).

  • NaCl 0,9 % 1 L dans la 1re heure, puis 3 à 4 L/24 h ; glucose IV si hypoglycémie.
  • Chirurgie sous AG ou régionale : hydrocortisone 100 mg IV à l'induction puis 200 mg/24 h.
  • Stress mineur : doubler la dose orale (tripler si T° ≥ 39 °C) 2–3 jours.
  • Choc septique sous vasopresseurs : hydrocortisone 50 mg IV q6h. 📞 Appeler / référer si

  • Soins intensifs : choc persistant.

  • Endocrinologie : après une crise, axe non récupéré après 1 an à dose physiologique, insuffisance secondaire.
  • Congé : règles des jours de maladie, trousse d'hydrocortisone 100 mg IM, bracelet.

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Endocrinologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Définition et causes

Type Mécanisme Causes fréquentes Particularités
Primaire (Addison) Atteinte de la surrénale Auto-immune, TB, métastases, hémorragie surrénalienne (anticoagulation, sepsis à méningocoque), VIH/CMV, adrénalectomie ; médicaments (kétoconazole, étomidate, mitotane) Déficit en cortisol et en aldostérone : hypoNa, hyperK, mélanodermie, ACTH élevée
Secondaire Déficit en ACTH (hypophyse) Tumeur ou chirurgie hypophysaire, apoplexie, hypophysite aux inhibiteurs de points de contrôle Aldostérone préservée : pas d'hyperK ; hypoNa possible
Tertiaire / induite par les glucocorticoïdes Freinage de l'axe HHS Corticothérapie exogène (PO, inhalée à forte dose, intra-articulaire, topique étendue), opioïdes au long cours Cause la plus fréquente ; risque à l'arrêt ou lors d'un stress
  • Facteurs déclenchants d'une crise : infection (surtout gastroentérite), chirurgie, arrêt brusque des corticoïdes, vomissements empêchant la prise orale, début de lévothyroxine chez un hypothyroïdien non substitué en cortisol.

Présentation clinique

  • Chronique : fatigue, perte de poids, anorexie, nausées, douleurs abdominales, hypotension orthostatique, envie de sel, hypoglycémie.
  • Crise : choc réfractaire aux liquides et aux vasopresseurs, vomissements, douleur abdominale (peut mimer un abdomen aigu), fièvre, confusion.
  • Biologie : hypoNa, hyperK (primaire), hypoglycémie, hypercalcémie légère, éosinophilie, insuffisance rénale prérénale.

💡 Penser à l'insuffisance surrénalienne devant tout choc inexpliqué chez un patient sous corticoïdes (ou qui les a cessés récemment), sous immunothérapie, ou avec des métastases surrénaliennes.

Diagnostic (patient stable)

Test Interprétation
Cortisol sérique à 8 h < 140 nmol/L (5 µg/dL) : très suggestif ; > 300–400 nmol/L : insuffisance peu probable (seuils variables selon le dosage)
ACTH plasmatique (même prélèvement) Élevée : primaire ; basse ou normale : secondaire ou tertiaire
Test au cosyntropin 250 µg IV/IM (cortisol à 0, 30 et 60 min) Pic < 500 nmol/L (≈ 400–430 avec les dosages immunologiques récents) : insuffisance
Rénine, aldostérone Rénine ↑ et aldostérone ↓ : primaire
Anticorps anti-21-hydroxylase, TDM surrénales Étiologie si primaire
IRM hypophysaire, autres axes Si secondaire
  • Les œstrogènes oraux (hausse de la CBG) faussent le cortisol total vers le haut ; l'hypoalbuminémie sévère le fausse vers le bas.
  • Sous corticothérapie (sauf hydrocortisone), le cortisol mesuré reflète la suppression de l'axe : ne pas tester un patient encore sous dose suprathérapeutique.

Prise en charge de la crise

  • Hydrocortisone 100 mg IV ou IM en bolus, puis 200 mg/24 h en perfusion continue (dans D5 %) ou 50 mg IV/IM q6h.
  • NaCl 0,9 % 1 L dans la 1re heure, puis 3 à 4 L/24 h selon la volémie (prudence en insuffisance cardiaque ou rénale).
  • Glucose IV si hypoglycémie ; surveiller le Na (risque de correction trop rapide de l'hyponatrémie une fois le cortisol donné : voir la fiche hyponatrémie).
  • Aux doses de ≥ 50 mg/j d'hydrocortisone, l'effet minéralocorticoïde suffit : la fludrocortisone est inutile en phase aiguë.
  • Si un test de stimulation est souhaité plus tard, il se fait après stabilisation (sous hydrocortisone, en sautant la dose du matin, ou après relais), en lien avec l'endocrinologie.

⚠️ Ne jamais retarder l'hydrocortisone pour un test diagnostique. La dexaméthasone n'a pas d'effet minéralocorticoïde : l'hydrocortisone est l'agent de choix.

Corticothérapie exogène : qui est à risque ?

⚠️ Mis à jour (ESE/Endocrine Society, 2024) : il faut présumer une insuffisance surrénalienne chez tout patient sous glucocorticoïde oral depuis ≥ 3–4 semaines à une dose supérieure à l'équivalent de 15–25 mg d'hydrocortisone/j (≈ prednisone 4–6 mg/j). Un Cushing iatrogène équivaut à une insuffisance surrénalienne présumée. Les cures < 3–4 semaines s'arrêtent en général sans sevrage ni test.

  • Vigilance aussi avec : corticoïdes inhalés à forte dose ou > 1 an (fluticasone surtout, interaction avec ritonavir/cobicistat, itraconazole), infiltration intra-articulaire dans les 2 derniers mois, topiques puissants étendus, plusieurs voies combinées.

Équivalences

Molécule Dose équivalente Effet minéralocorticoïde Durée d'action
Hydrocortisone 20 mg Oui Courte (8–12 h)
Prednisone / prednisolone 5 mg Faible Intermédiaire (12–36 h)
Méthylprednisolone 4 mg Minime Intermédiaire
Dexaméthasone 0,75 mg Nul Longue (36–72 h)
Fludrocortisone — Très puissant (0,1 mg) —

Sevrage et récupération de l'axe (ESE/ES 2024)

  • Diminuer jusqu'à une dose physiologique (prednisone ≈ 4–6 mg/j ou hydrocortisone 15–20 mg/j) seulement si la maladie de base le permet.
  • Remplacer la dexaméthasone ou la bétaméthasone par un agent plus court avant le sevrage.
  • Ensuite, soit poursuivre le sevrage graduel avec surveillance clinique, soit doser un cortisol à 8 h (24 h après la dernière dose d'hydrocortisone) :
  • > 300 nmol/L : récupération probable, arrêt possible.
  • 150–300 nmol/L : garder la dose physiologique et répéter dans quelques semaines ou mois.
  • < 150 nmol/L : garder la dose physiologique et répéter dans quelques mois.
  • Pas de test dynamique de routine. Pas de fludrocortisone dans l'insuffisance induite par les glucocorticoïdes.
  • Syndrome de sevrage des glucocorticoïdes (myalgies, fatigue, humeur) : distinct de l'insuffisance ; si sévère, revenir à la dernière dose tolérée et ralentir.
  • Orienter en endocrinologie si l'axe n'a pas récupéré après 1 an à dose physiologique ou après une crise.

Corticothérapie de stress

Situation Conduite proposée
Stress mineur (infection fébrile sans instabilité, procédure sous anesthésie locale, endoscopie) Doubler la dose orale (tripler si T° ≥ 39 °C) pendant 2–3 jours ; voie PO si absence de vomissements ou de diarrhée prolongés
Chirurgie sous anesthésie générale ou régionale, stress modéré à majeur, accouchement Hydrocortisone 100 mg IV à l'induction, puis 200 mg/24 h (perfusion ou 50 mg IV q6h) tant que le patient est à jeun ou instable
Postopératoire sans complication Revenir au double de la dose orale pendant 24–48 h (plus longtemps après une chirurgie majeure), puis dose habituelle
Maladie aiguë grave, vomissements, instabilité Voie parentérale (comme une crise), peu importe la molécule ou la dose antérieure
Choc septique sous vasopresseurs (sans insuffisance connue) Hydrocortisone 200 mg/j (50 mg IV q6h) si besoin persistant de vasopresseurs (Surviving Sepsis, 2021)

⚠️ Mis à jour (ESE/ES, 2024) : tout patient sous corticothérapie récente ou actuelle non testé doit recevoir une couverture de stress. La voie parentérale est requise pour une chirurgie sous anesthésie générale ou régionale, une instabilité, ou des vomissements ou une diarrhée prolongés.

Algorithme : crise surrénalienne

Non

Oui

Suspicion de crise surrénalienne
choc, vomissements, hypoNa, hyperK,
hypoglycémie, corticoïdes connus

Prélever cortisol + ACTH
si sans délai

Hydrocortisone 100 mg IV ou IM
immédiatement

NaCl 0,9 % 1 L en 1 h
puis 3 à 4 L / 24 h selon état

Glucose IV si hypoglycémie
Chercher et traiter le déclencheur

Hydrocortisone 200 mg / 24 h
perfusion continue ou 50 mg IV q6h

Stable et
prise orale possible ?

Réduire sur 1 à 3 jours
vers dose orale de stress
puis dose d'entretien

Primaire : ajouter fludrocortisone
quand HC < 50 mg / j

Suivi et congé

  • Remplacement d'entretien (primaire ou secondaire) : hydrocortisone 15–25 mg/j en 2–3 prises (la plus grosse au lever) ; fludrocortisone 0,05–0,2 mg PO die si primaire (ajuster selon TA, K, rénine).
  • Règles des jours de maladie à enseigner avant le congé :
  • Fièvre > 38 °C : doubler la dose ; ≥ 39 °C : tripler, pendant 2–3 jours.
  • Vomissements ou diarrhée importante : hydrocortisone 100 mg IM (trousse d'urgence) et consulter à l'urgence.
  • Bracelet ou carte d'alerte médicale ; ordonnance de trousse d'auto-injection ; consigner « dépendance aux corticoïdes » au dossier.
  • Inducteurs du CYP3A4 (rifampicine, phénytoïne, carbamazépine) : augmentent les besoins. Début de lévothyroxine : s'assurer d'abord du remplacement en cortisol.

Pièges et perles

  • L'hyperkaliémie oriente vers une atteinte primaire ; son absence n'exclut pas une insuffisance secondaire ou induite.
  • Apoplexie hypophysaire (céphalée brutale, troubles visuels) : hydrocortisone d'emblée.
  • Immunothérapie (anti-PD-1, anti-CTLA-4) : hypophysite ou adrénalite ; doser cortisol et ACTH devant fatigue, hypoNa ou hypotension.
  • Étomidate (une seule dose) supprime transitoirement la synthèse de cortisol.
  • Un patient sous prednisone ≥ 5 mg/j est déjà couvert pour ses besoins de base ; c'est le stress qui exige le supplément.

Références