Dr H. Hospitaliste

Fiches › Cardiologie

Péricardite

CardiologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Le diagnostic repose sur 2 critères sur 4 : douleur typique, frottement, sus-ST diffus ou sous-PR, épanchement. Le traitement de base est AINS ou AAS à forte dose + colchicine 3 mois, avec restriction de l'effort. On hospitalise s'il y a un critère de haut risque. Les corticoïdes sont un 2e choix : ils augmentent les récidives.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Tamponnade : péricardiocentèse urgente.
  • Haut risque majeur : fièvre > 38, évolution subaiguë, gros épanchement, échec des AINS à 1 semaine.
  • Haut risque mineur : troponine ↑ (myopéricardite), immunosuppression, anticoagulation (hémopéricarde), trauma.
  • Sus-ST localisé avec image en miroir : SCA jusqu'à preuve du contraire.
  • Origine d'un pays endémique, épanchement important ou subaigu : tuberculose. ✅ À faire maintenant

  • Diagnostic si ≥ 2 sur 4 : douleur pleurétique soulagée penché en avant, frottement, sus-ST diffus ou sous-PR, épanchement.

  • ECG en série, troponine, CRP, FSC, créatinine, ALT, RX pulmonaire, échographie cardiaque.
  • Selon le contexte : TSH, ANA, VIH, IGRA, hémocultures.
  • Exclure SCA, EP, dissection, pneumonie. 💊 Premières ordonnances

  • Ibuprofène 600 mg PO q8h, ou AAS 750–1000 mg PO q8h (post-infarctus), 1–2 sem puis sevrage selon la CRP.

  • Colchicine systématique : 0,6 mg PO die si < 70 kg, bid si ≥ 70 kg, 3 mois ; ajuster au rein, attention aux interactions CYP3A4.
  • Pantoprazole 40 mg PO die pendant les AINS.
  • 2e intention : prednisone 0,2–0,5 mg/kg/j avec colchicine, sevrage lent.
  • Restriction de l'effort jusqu'à résolution et CRP normale ; tamponnade : remplir, éviter diurétiques et vasodilatateurs. 📞 Appeler / référer si

  • Hospitaliser : tout critère de haut risque.

  • Cardiologie : tamponnade, myopéricardite (± coronarographie, IRM), récidive réfractaire (anti-IL-1).
  • Infectiologie : purulente ou tuberculeuse.

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Cardiologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Diagnostic

Critères (≥ 2 sur 4)

  • Douleur thoracique pleurétique, aiguë, soulagée en se penchant vers l'avant.
  • Frottement péricardique.
  • ECG : sus-décalage ST diffus concave et/ou sous-décalage PR (absent dans 40 % des cas).
  • Épanchement péricardique nouveau ou qui augmente.
  • Éléments de soutien : CRP élevée, prise de contraste péricardique à l'IRM ou au CT.

Bilan initial

Examen Pourquoi
ECG en série Évolution, distinguer d'un SCA (pas d'image en miroir, sauf aVR et V1)
Troponine Si élevée : myopéricardite. Hospitaliser, coronarographie si doute de SCA
CRP Appuie le diagnostic ; guide la durée du sevrage
FSC, créatinine, ALT Choix et sécurité des AINS et de la colchicine
RX pulmonaire Pneumonie, néoplasie, cardiomégalie
Échographie cardiaque Épanchement, tamponnade, fonction VG
Ciblé selon contexte TSH, ANA, VIH, IGRA ou recherche de TB, hémocultures

Étiologies

  • Idiopathique ou virale : plus de 80 % des cas en pays développés.
  • Autres : post-infarctus (Dressler), post-chirurgie cardiaque (post-péricardiotomie), post-ablation, auto-immune, urémique, néoplasique, tuberculeuse (surtout chez les personnes issues de pays endémiques), bactérienne purulente, médicamenteuse, après vaccin à ARNm, inhibiteurs de point de contrôle.

Prise en charge

Traitement de 1re intention

Médicament Dose d'attaque Durée et sevrage
Ibuprofène 600 mg PO q8h 1–2 sem, puis diminuer de 200–400 mg/j chaque semaine
AAS (1er choix post-infarctus ou si antiplaquettaire requis) 750–1000 mg PO q8h 1–2 sem, puis diminuer de 250–500 mg toutes les 1–2 sem
Indométacine 25–50 mg PO q8h Sevrage semblable
Colchicine (toujours associée) 0,6 mg PO die si < 70 kg ; 0,6 mg PO bid si ≥ 70 kg (comprimés canadiens de 0,6 mg) 3 mois (1re épisode) ; ≥ 6 mois (récidive). Pas de dose de charge
IPP (protection gastrique) Pantoprazole 40 mg PO die Pendant les AINS
  • Sevrer l'AINS seulement quand la douleur a disparu et que la CRP est normalisée.
  • Restriction de l'effort jusqu'à la résolution des symptômes et la normalisation de la CRP. Chez l'athlète, au moins 3 mois ; davantage s'il y a atteinte myocardique.
  • Colchicine : diarrhée (fréquente), interactions avec les inhibiteurs du CYP3A4 et de la P-gp (clarithromycine, azoles, diltiazem, vérapamil, cyclosporine). Réduire la dose si Clcr 30–50 ; éviter si Clcr < 30 ou insuffisance hépatique grave.

⚠️ Mis à jour (ESC 2025, syndrome inflammatoire myopéricardique) : l'AINS + colchicine reste la base ; la colchicine est un élément systématique, non optionnel. Les anti-IL-1 (anakinra, rilonacept) sont recommandés pour la péricardite récidivante corticodépendante et réfractaire à la colchicine. La restriction d'effort est maintenant individualisée (biomarqueurs, fonction VG, IRM) plutôt que fixe.

Corticoïdes (2e intention)

  • Indications : contre-indication aux AINS (insuffisance rénale, saignement, grossesse avancée), maladie auto-immune, péricardite urémique ou liée aux inhibiteurs de point de contrôle, échec de AINS + colchicine.
  • Prednisone 0,2–0,5 mg/kg/j (faible dose), toujours avec la colchicine.
  • Sevrage lent : maintenir la dose initiale jusqu'à la résolution et la normalisation de la CRP, puis diminuer. Sous 15 mg/j, diminuer de 1,25–2,5 mg à la fois toutes les 2–4 semaines.

💡 Exemple de schéma vu par Dr H. (cardiologie, 2019) : colchicine 0,6 mg PO die ; prednisone 30 mg PO die × 2 sem, puis 25, 20, 15, 10, 5 mg × 1 sem chacune, puis arrêt ; métoprolol 25 mg PO bid. Ce sevrage de 5 mg/sem est plus rapide que celui que proposent l'ESC et l'ACC : sous 15 mg, ralentir pour limiter les récidives.

⚠️ Les doses élevées de corticoïdes (≥ 1 mg/kg) et les sevrages rapides augmentent le risque de récidive et de corticodépendance.

Situations particulières

  • Post-infarctus : AAS à forte dose. Éviter les autres AINS et les corticoïdes (cicatrisation).
  • Myopéricardite (troponine ↑) : AINS à dose plus faible, repos plus long (≥ 6 mois chez l'athlète selon l'évolution), IRM cardiaque.
  • Purulente : drainage + antibiotiques IV. Tuberculeuse : antituberculeux, consulter en infectiologie.
  • Tamponnade : péricardiocentèse urgente. Éviter les diurétiques et les vasodilatateurs ; remplir.

Algorithme

Non

Oui

Majeurs : fièvre > 38, subaigu,
gros épanchement, tamponnade,
échec AINS à 1 sem

Mineurs : troponine ↑, immunosuppression,
anticoagulation, trauma

Aucun

Oui

Non

Oui

Non

Douleur thoracique pleurétique
soulagée penché en avant

ECG, troponine, CRP, FSC,
créatinine, RX, échographie cardiaque

≥ 2 critères sur 4 ?
douleur typique, frottement,
sus-ST diffus ou sous-PR, épanchement

Chercher autre diagnostic :
SCA, EP, dissection, pneumonie

Péricardite aiguë
Critères de haut risque ?

Hospitaliser
chercher étiologie spécifique

Externe
AINS ou AAS + colchicine
revoir à 1 semaine

Tamponnade ?

Péricardiocentèse urgente

AINS ou AAS + colchicine
± traitement ciblé

Réponse à 1 semaine ?

Sevrage AINS sur 2-4 sem
selon CRP ; colchicine 3 mois

Revoir le diagnostic ;
corticoïde à faible dose
si contre-indication ou échec

Suivi et congé

  • Réévaluer à 1 semaine : réponse clinique et CRP. Puis CRP toutes les 1–2 semaines pendant le sevrage.
  • Échographie de contrôle si épanchement modéré à important.
  • Récidive dans environ 30 % des cas (15–30 %) ; moins avec la colchicine.
  • Péricardite récidivante : récidive après un intervalle libre de 4–6 semaines. Reprendre AINS + colchicine (≥ 6 mois). Si échec : corticoïdes à faible dose, puis anti-IL-1 (référer en cardiologie).
  • Constriction : rare après une forme idiopathique (< 1 %), plus fréquente après TB ou purulente. Y penser devant une insuffisance cardiaque droite après une péricardite.

Pièges et perles

  • Le sus-ST est diffus, concave, sans image en miroir ; le sous-PR est très évocateur. Un sus-ST localisé avec image en miroir est un SCA jusqu'à preuve du contraire.
  • Anticoagulation en cours : risque d'hémopéricarde. Hospitaliser et réévaluer l'indication.
  • Ne pas oublier la tuberculose chez une personne issue d'un pays endémique, avec un épanchement important ou une évolution subaiguë.
  • Échec à 1 semaine : penser à une autre cause (auto-immune, néoplasique, TB) avant d'escalader.

Références