En bref : Devant une douleur articulaire, on distingue d'abord articulaire ou périarticulaire, puis inflammatoire ou mécanique, puis mono ou polyarticulaire. Toute monoarthrite aiguë est septique jusqu'à preuve du contraire : on ponctionne avant de traiter. Dans la polyarthrite rhumatoïde (PAR), seuls les DMARD modifient l'évolution. Le médecin de famille fait le bilan, réfère tôt et peut amorcer un traitement qui ne nuit pas à l'évaluation du rhumatologue.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Monoarthrite aiguë : septique jusqu'à preuve du contraire, ponctionner avant de traiter
- Liquide > 50 000 GB (LR ≈ 8 ; > 100 000 : LR ≈ 28), PMN > 90 % ou Gram + : arthrite septique
- Septique possible sous 50 000 GB (sensibilité du seuil ≈ 61 % ; gonocoque, immunosupprimé, antibiotique reçu) ; cristaux n'excluent pas une infection
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Poussée sur une seule grosse articulation chez un PAR : ponctionner ✅ À faire maintenant
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Inflammatoire (raideur > 1 h, synovite) ou mécanique ; périarticulaire ou articulaire
- Nombre d'articulations, symétrie, axial ou périphérique, durée > 6 sem
- Ponction : leucocytes, Gram, culture, cristaux
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Polyarthrite chronique : FSC, ALT, créatinine, électrolytes, VS, CRP, TSH, FR, anti-CCP, FAN, EPPS, RX mains-poignets-pieds et pulmonaire, hépatites B et C 💊 Premières ordonnances
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Méthotrexate PO 1 jour/sem (10–15 mg/sem au départ, + 5 mg q2–4 sem jusqu'à 20–30 mg/sem) + acide folique ≥ 5 mg/sem ; éviter si insuffisance rénale importante (voir plus bas)
- Hydroxychloroquine < 5 mg/kg/j (poids réel) ; examen ophtalmologique de base dans la 1re année
- AINS (perle de Dr H. : cesser 24–48 h avant le rendez-vous) ; éviter la prednisone avant le rhumatologue
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Poussée : courte cure de prednisone à faible dose (schéma de Dr H. plus bas), à discuter avec le rhumatologue 📞 Appeler / référer si
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Arthrite septique : antibiotiques IV + drainage, orthopédie
- Polyarthrite > 6 sem ou PAR soupçonnée : rhumatologie tôt, bilan joint
🔗 Ressources et raisonnement
🧠 Raisonnement Curbsiders #489 — Rhumatologie pour l'hospitaliste : arthrites microcristallines
📞 Consulter Quand consulter — Rhumatologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe
Approche de la douleur articulaire
| Inflammatoire | Mécanique (dégénérative) | |
|---|---|---|
| Douleur | Au repos, nocturne, soulagée par le mouvement | À l'effort, soulagée par le repos, pire le soir |
| Raideur matinale | > 1 h | < 30 min |
| Examen | Chaleur, gonflement, épanchement (synovite) | Hypertrophie osseuse, crépitants, instabilité, blocage |
| Autres | Atteinte extra-articulaire, fièvre, perte de poids | Pas de signes systémiques |
- Synovite = gonflement des tissus mous, épanchement, chaleur, douleur à la mobilisation active et passive. Une douleur à la mobilisation active seulement oriente vers le périarticulaire (bursite, tendinite).
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Profil : symétrique ou non ; petites ou grosses articulations ; mono (1), oligo (2–4) ou poly (≥ 5) ; axial ou périphérique.
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Séropositive (PAR, lupus, sclérodermie, myosites ; F > H) : symétrique, petites articulations, sans atteinte axiale. Séronégative (spondylarthrites ; H > F) : asymétrique, grosses articulations des MI, sacro-iliite, enthésite, dactylite, uvéite.
Diagnostic différentiel
| Monoarthrite | Oligo / polyarthrite aiguë (< 6 sem) | Polyarthrite chronique (> 6 sem) |
|---|---|---|
| Septique (S. aureus, gonocoque, TB) | Virale (parvovirus B19, hépatites B et C, VIH, rubéole) | PAR, lupus, sclérodermie, myosites |
| Microcristalline (goutte, CPPD) | Gonococcie disséminée, endocardite | Spondylarthrites (SA, psoriasique, MII, réactionnelle) |
| Hémarthrose, trauma | Arthrite réactionnelle, RAA | Goutte polyarticulaire, sarcoïdose |
| Arthrose, ostéonécrose, tumeur | Début d'une maladie systémique | Arthrose (IPD, IPP, 1re CMC) |
Algorithme
Liquide synovial
| Normal | Non inflammatoire | Inflammatoire | Septique | |
|---|---|---|---|---|
| Aspect | Clair | Clair, jaune | Translucide à opaque | Opaque, purulent |
| GB / mm³ | < 200 | 200–2 000 | 2 000–50 000 | > 50 000 (LR ≈ 7,7) ; > 100 000 (LR ≈ 28) |
| % PMN | < 25 | < 25 | > 50 | > 90 |
| Exemples | — | Arthrose, trauma, nécrose avasculaire | PAR, spondylarthrites, cristaux, Lyme | S. aureus, BGN, gonocoque |
⚠️ Le seuil de 50 000 GB n'a qu'une sensibilité d'environ 61 % : une arthrite septique peut avoir moins de 50 000 GB (gonocoque, immunosupprimé, antibiotique déjà donné). La présence de cristaux n'exclut pas une infection concomitante. La clinique prime.
Polyarthrite rhumatoïde
- Atteinte symétrique des IPP, MCP, poignets, MTP, genoux, chevilles, coudes, épaules, rachis cervical (C1–C2). Épargne les IPD et la 1re CMC.
- Critères de classification ACR/EULAR 2010 : score ≥ 6/10 chez un patient avec ≥ 1 synovite clinique non expliquée autrement. On additionne nombre et taille des articulations (0–5), sérologie FR/anti-CCP (0–3), VS/CRP (0–1) et durée ≥ 6 semaines (0–1).
- Anti-CCP (ACPA) : plus spécifique que le FR, utile au début et pronostique. Le FR est moins spécifique (Sjögren, hépatite C, endocardite, TB, âge). Une positivité élevée (> 3 × LSN) vaut 3 points dans les critères.
- Atteintes extra-articulaires : nodules, sclérite, sicca, fibrose pulmonaire et pneumopathie interstitielle, péricardite, vasculite, mononévrite, syndrome de Felty. Risque cardiovasculaire augmenté.
Bilan à envoyer avec la demande de consultation (perle de Dr H.)
- Base et inflammation : FSC, ALT, créatinine, électrolytes, VS, CRP.
- Diagnostic différentiel : TSH, FR, anti-CCP, FAN, électrophorèse des protéines.
- Imagerie : radiographies des mains, poignets et pieds, et radiographie pulmonaire.
- Avant un traitement de fond : sérologies hépatites B et C, ± VIH.
Traitement en attendant le rhumatologue
| Ne nuit pas à l'évaluation | Nuit à l'évaluation |
|---|---|
| Méthotrexate PO 1 jour/semaine + acide folique ≥ 5 mg/semaine (p. ex. 5 mg PO 1 jour/semaine, un autre jour) | Prednisone : masque la synovite. Si utilisée, aviser le rhumatologue |
| Hydroxychloroquine : action lente | |
| AINS : cesser 24–48 h avant le rendez-vous (perle de Dr H.) |
- Méthotrexate : Dr H. note 10 mg/semaine ; les recommandations multinationales 3E (avec participation canadienne) visent 10–15 mg/semaine au départ, puis + 5 mg q2–4 semaines jusqu'à 20–30 mg/semaine ; passer à la voie SC si réponse insuffisante ou intolérance. Bilan de départ : ALT/AST, albumine, FSC, créatinine, radiographie pulmonaire, sérologies, test de grossesse. Contre-indiqué en grossesse, alcoolisme ou hépatopathie chronique et en insuffisance rénale sévère ; la monographie canadienne propose une autre option si ClCr < 50 mL/min (discuter avec le rhumatologue). Suivi ALT, créatinine et FSC q1–1,5 mois jusqu'à dose stable, puis q1–3 mois ; cesser si ALT/AST > 3 × LSN confirmée. Éviter le TMP-SMX.
- Hydroxychloroquine : Dr H. note 200 mg 2 co die.
- Poussée (schéma de Dr H., à valider avec le rhumatologue) : prednisone 10 mg die × 2 sem, puis 7,5 mg × 4 j, puis 5 mg × 4 j, puis arrêt. Pour une seule grosse articulation, ponctionner avant d'attribuer la poussée à la PAR.
⚠️ Mis à jour (AAO, 2016) : hydroxychloroquine < 5 mg/kg/j de poids réel (400 mg/j seulement si ≥ 80 kg ; souvent 200–300 mg/j chez un petit poids). Prévoir un examen ophtalmologique de base dans la 1re année, puis annuel après 5 ans d'usage (plus tôt si insuffisance rénale ou tamoxifène).
Nausées sous méthotrexate (perle de Dr H.)
- Elles peuvent survenir à tout moment par accumulation. Il faut agir vite pour éviter des nausées d'anticipation.
- Sauter une dose, puis une ou plusieurs des mesures suivantes :
- Remplacer l'acide folique par la leucovorine (acide folinique), posologie selon le rhumatologue ou le pharmacien.
- Scinder la dose hebdomadaire (recommandation canadienne 2010, avis d'experts).
- Passer à la voie sous-cutanée (recommandation canadienne 2010 pour les effets digestifs).
- Gingembre en capsules au besoin ; baisser la dose si la maladie est bien contrôlée.
Pièges et perles
- Mnémo PAR « MAARRRS » : raideur Matinale > 1 h, Arthrite ≥ 3 articulations, Arthrite des mains, nodules Rhumatoïdes, FR +, changements Radiologiques, atteinte Symétrique.
- Le FAN n'est utile que si la probabilité prétest de connectivite est élevée ; il est souvent faiblement positif chez des sujets sains.
- La corticothérapie prolongée exige une prévention de l'ostéoporose ; voir la fiche Corticostéroïdes systémiques.
- Voir aussi les fiches Ostéomyélite et pied diabétique infecté et Trauma des extrémités et urgences orthopédiques.
Références
- Katchamart W, Bourré-Tessier J, Donka T, et al. Canadian Recommendations for Use of Methotrexate in Patients with Rheumatoid Arthritis. J Rheumatol. 2010;37(7):1422-1430. doi:10.3899/jrheum.090978 — éditorial : Verstappen SMM, Hyrich KL, J Rheumatol 2010;37(7):1374-1376.
- Visser K, Katchamart W, Loza E, et al. Multinational evidence-based recommendations for the use of methotrexate in rheumatic disorders with a focus on rheumatoid arthritis (3E Initiative). Ann Rheum Dis. 2009;68(7):1086-1093.
- Pfizer Canada / Apotex. Monographie de produit — Apo-Methotrexate (méthotrexate, comprimés 2,5 mg). 14 décembre 2017 (contre-indications, ajustement rénal, suivi).
- Marmor MF, Kellner U, Lai TY, Melles RB, Mieler WF; American Academy of Ophthalmology. Recommendations on Screening for Chloroquine and Hydroxychloroquine Retinopathy (2016 Revision). Ophthalmology. 2016;123(6):1386-1394.
- Aletaha D, Neogi T, Silman AJ, et al. 2010 Rheumatoid arthritis classification criteria: an ACR/EULAR collaborative initiative. Ann Rheum Dis. 2010;69(9):1580-1588.
- McGillicuddy DC, Shah KH, Friedberg RP, Nathanson LA, Edlow JA. How sensitive is the synovial fluid white blood cell count in diagnosing septic arthritis? Am J Emerg Med. 2007;25(7):749-752. doi:10.1016/j.ajem.2006.12.001.
- WikEM. Synovial fluid analysis (seuils de GB et rapports de vraisemblance, d'après Margaretten et al., JAMA 2007).
- Notes personnelles de Dr H. : présentation « Polyarthrite rhumatoïde » (Trudeau J.), tableaux d'approche de la douleur articulaire et du liquide synovial.