Dr H. Hospitaliste

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Rétention urinaire aiguë

Gériatrie et CHSLDFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : On confirme la rétention au bladder scan (> 300 mL chez une personne incapable d'uriner) ou par une vessie palpable. On draine par sonde urétrale (14–16 Fr), sans clamper, et on note le volume. On cherche la cause (HBP, médicaments anticholinergiques et opioïdes, constipation, infection, atteinte neurologique). On débute un alpha-bloquant (tamsulosine 0,4 mg) ≥ 48 h avant l'essai sans sonde. On surveille la diurèse post-obstructive et la créatinine. Chez la personne âgée, un globe vésical peut se présenter comme un delirium ou une agitation.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Douleur dorsale, déficit neurologique, anesthésie en selle, incontinence fécale : queue de cheval ou compression médullaire.
  • Sang au méat, chirurgie récente de la prostate ou de l'urètre, prostatite aiguë : pas de sonde sans avis.
  • Diurèse > 200 mL/h pendant ≥ 2 h : diurèse post-obstructive.
  • Personne âgée agitée ou en delirium : penser au globe. ✅ À faire maintenant

  • Bladder scan après tentative mictionnelle (> 300 mL = rétention).

  • Toucher rectal (prostate, fécalome, tonus anal), examen neurologique et sensibilité périnéale.
  • Revue complète des médicaments : anticholinergiques, opioïdes, décongestionnants.
  • Créatinine, électrolytes, analyse et culture d'urine sur la sonde. Pas d'APS en aigu.
  • Échographie rénale si créatinine ↑. 💊 Premières ordonnances

  • Sonde urétrale 14–16 Fr, lidocaïne 2 % ; sonde coudée si HBP ; ne pas clamper, noter le volume.

  • Tamsulosine 0,4 mg PO die (ou alfuzosine 10 mg die) dès la pose ; essai sans sonde après 48–72 h.
  • Cesser anticholinergiques et opioïdes ; traiter la constipation.
  • Diurèse post-obstructive : NaCl 0,45 % pour remplacer 50–75 % de la diurèse ; électrolytes et créatinine q6–12 h.
  • Échec avec grosse prostate : finastéride 5 mg die. 📞 Appeler / référer si

  • Signes neurologiques : IRM en urgence.

  • 2 échecs de sondage ou contre-indication : urologie (cystostomie).
  • Échec de l'essai sans sonde : urologie.
  • CHSLD : aviser le médecin si diurèse > 200 mL/h × 4 h, caillots ou fièvre.

🔗 Ressources et raisonnement

📘 Protocoles INESSS — Rétention urinaire aiguë – installation d'une sonde

📞 Consulter Quand consulter — Urologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Définition et causes

  • Incapacité soudaine et douloureuse d'uriner, avec un volume vésical en général > 300–500 mL. Chez la personne âgée ou atteinte de troubles cognitifs, elle peut être indolore. Elle se révèle alors par de l'agitation, un delirium, des fuites par regorgement ou une chute.
  • Rétention chronique : résidu post-mictionnel élevé et persistant (souvent > 300 mL), peu symptomatique. Si elle s'accompagne d'une insuffisance rénale ou d'une hydronéphrose (rétention chronique à haute pression), le risque de diurèse post-obstructive est élevé.
Catégorie Causes
Obstructive HBP (cause n° 1 chez l'homme), cancer de la prostate, sténose urétrale, caillots (hématurie), fécalome, prolapsus pelvien, phimosis
Médicamenteuse Anticholinergiques (oxybutynine, antihistaminiques, antidépresseurs tricycliques, antipsychotiques), opioïdes, sympathomimétiques (pseudoéphédrine), benzodiazépines, anesthésie (rachianesthésie, épidurale), BCC, AINS
Infectieuse / inflammatoire Prostatite aiguë, cystite, zona sacré, herpès génital
Neurologique Compression médullaire, syndrome de la queue de cheval, AVC, SEP, neuropathie diabétique, Parkinson
Autres Période postopératoire (douleur, immobilité, liquides IV), alcool, déconditionnement

⚠️ Rétention + douleur dorsale, déficit neurologique, anesthésie en selle ou incontinence fécale : suspecter un syndrome de la queue de cheval ou une compression médullaire. Il faut une IRM en urgence.

Évaluation initiale

  • Anamnèse :
  • Symptômes du bas appareil urinaire (jet faible, nycturie).
  • Revue complète de la médication : nouveaux médicaments, PRN, produits en vente libre.
  • Constipation, hématurie, fièvre, douleur lombaire, symptômes neurologiques.
  • Examen : globe palpable, toucher rectal (prostate, fécalome, tonus anal), examen neurologique des membres inférieurs et sensibilité périnéale. Chez la femme, examen pelvien si un prolapsus est suspecté.
  • Bladder scan : il surestime le volume en cas d'ascite, d'anasarque, de kystes ou de grossesse.
  • Laboratoire : créatinine et électrolytes, analyse et culture d'urine (prélevées sur la sonde), FSC si fièvre.
  • Ne pas doser l'APS en phase aiguë (sonde, rétention et infection l'élèvent) : le reporter à au moins 6 semaines.
  • Échographie rénale si la créatinine est ↑ ou si une hydronéphrose ou une rétention chronique est suspectée.

Prise en charge

Drainage

  • Sonde urétrale 14–16 Fr, lubrifiant à la lidocaïne 2 %. Une sonde coudée (Coudé/Tiemann) aide en cas d'HBP.
  • Gonfler le ballonnet seulement une fois l'urine écoulée.
  • Ne jamais forcer : après 2 échecs, appeler l'urologie (cystostomie sus-pubienne).
  • Contre-indications à l'installation sans avis spécialisé : chirurgie récente de la prostate ou de l'urètre, trauma urétral (sang au méat), prostatite aiguë (privilégier une sonde sus-pubienne), sténose connue, prothèse pénienne ou sphincter artificiel.
  • Pas de clampage intermittent : la vidange complète et rapide est sécuritaire. L'hématurie de décompression et l'hypotension sont rares et généralement bénignes.
  • Cathétérisme intermittent : option si une sonde à demeure n'est pas souhaitable, surtout chez la femme ou en soins de longue durée.

Corriger la cause

  • Cesser ou réduire les anticholinergiques, les opioïdes (passer à des alternatives) et les décongestionnants.
  • Traiter la constipation ou le fécalome (lavement, PEG ; voir la fiche Constipation).
  • Infection :
  • Prostatite aiguë : 4 semaines d'antibiotiques selon le guide de l'HCLM.
  • Infection urinaire avec rétention : c'est une IU compliquée, voir le guide de l'HCLM.
  • Mobiliser et favoriser l'intimité pour la miction ; contrôler la douleur postopératoire.

Alpha-bloquant et essai sans sonde (homme avec HBP présumée)

  • Tamsulosine 0,4 mg PO die (ou alfuzosine 10 mg die), à débuter dès la pose de la sonde. Faire l'essai sans sonde après au moins 48–72 h : cela augmente le taux de succès (Cochrane, NNT ≈ 12).
  • Prudence : hypotension orthostatique, chutes, chirurgie de la cataracte prévue (syndrome de l'iris flasque).
  • Essai sans sonde :
  • Retirer la sonde le matin.
  • Mesurer les mictions spontanées et le résidu post-mictionnel (RPM) au bladder scan après chaque miction ou dans les 6 h.
  • Succès : mictions efficaces avec un RPM < 150–200 mL. RPM de 200 à 400 mL : réévaluer selon les symptômes, répéter le scan.
  • Facteurs d'échec : âge > 75 ans, volume initial > 1 L, prostate volumineuse, rétention sans facteur déclenchant, RPM chronique élevé.
  • Échec : réinstaller la sonde et retenter dans 1 à 2 semaines, sous alpha-bloquant. Envisager un inhibiteur de la 5-alpha-réductase (finastéride 5 mg die) si la prostate est volumineuse. Orienter en urologie (RTUP), ou opter pour l'autocathétérisme intermittent ou une sonde à long terme selon les objectifs de soins.

Diurèse post-obstructive

  • Définition : diurèse > 200 mL/h pendant ≥ 2 h consécutives, ou > 3 L/24 h, après la levée de l'obstruction.
  • Facteurs de risque : créatinine élevée, rétention chronique, surcharge volémique, confusion.
  • Surveillance :
  • Diurèse horaire, signes vitaux, poids.
  • Électrolytes (Na, K, Mg, PO₄) et créatinine q6–12 h.
  • Remplacement : boire selon la soif si le patient est apte. Sinon, donner du NaCl 0,45 % (ou adapté aux électrolytes) pour remplacer environ 50–75 % de la diurèse de l'heure précédente. Remplacer 100 % entretient la polyurie.
  • Elle se résout en général en 24 à 72 h.

💡 En CHSLD (PMN de l'INESSS) : l'infirmière peut installer une sonde chez une personne en perte d'autonomie, incapable d'uriner, inconfortable ou agitée, si le bladder scan dépasse 300 mL après une tentative mictionnelle. Elle note le volume à 30 min. Aviser le médecin si la diurèse dépasse 200 mL/h × 4 h, ou en cas de caillots, de fièvre ou de diurèse faible. Le sevrage de la sonde se discute en 7 à 10 jours.

Algorithme

≤ 300 mL

> 300 mL

Oui

Non

Échec ou CI

Oui

Non

Échec : RPM élevé

Succès

Incapable d'uriner, inconfort,
agitation ou delirium

Bladder scan après
tentative mictionnelle

Réévaluer : autre cause
des symptômes ? Répéter q4-6 h

Signes neurologiques ?
douleur dorsale, selle, déficit

IRM en urgence
queue de cheval ou
compression médullaire

Sonde urétrale 14-16 Fr
gel lidocaïne, ne pas forcer
drainage complet, noter volume

Sonde coudée Coudé
ou urologie : cystostomie

Créatinine, SMU-DCA
chercher et traiter la cause

Volume > 1 L, IRA
ou rétention chronique ?

Surveiller diurèse post-obstructive
diurèse horaire, électrolytes
essai sans sonde différé

Tamsulosine 0,4 mg die
≥ 48-72 h puis essai sans sonde

Resonder, essai à 1-2 sem
ou urologie, autocathétérisme

Continuer alpha-bloquant
± inhibiteur 5-alpha-réductase
suivi 1re ligne ou urologie

Suivi et congé

  • Retirer la sonde le plus tôt possible : chaque jour de sonde augmente le risque d'IU associée.
  • Si le patient reçoit son congé avec une sonde : enseignement, rendez-vous pour l'essai sans sonde (1–2 semaines) et suivi en urologie.
  • Doser l'APS à ≥ 6 semaines si c'est pertinent (espérance de vie, objectifs).
  • Ne pas traiter une bactériurie asymptomatique chez le patient sondé ; prélever une culture seulement en cas de symptômes ou avant une manipulation urologique.
  • Revoir les médicaments à risque avant le congé. Inscrire au dossier l'épisode de rétention et le médicament en cause.

Pièges et perles

  • Delirium ou agitation chez une personne âgée : toujours faire un bladder scan et un toucher rectal (globe, fécalome).
  • Les fuites par regorgement peuvent se faire passer pour de l'« incontinence » : le RPM rétablit le diagnostic.
  • Une IRA avec un globe se corrige souvent en 24 à 72 h après le drainage. Si la créatinine ne baisse pas, faire une échographie (hydronéphrose persistante, néphropathie chronique).
  • Chez la femme, la rétention est rare : chercher une cause neurologique, médicamenteuse, un prolapsus ou une masse pelvienne.
  • Les volumes du bladder scan sont faussés par l'ascite ou l'anasarque.

Références