Dr H. Hospitaliste

Fiches › Neurologie

Syndrome des jambes sans repos

NeurologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Diagnostic clinique (besoin impérieux de bouger les jambes, au repos, soulagé par le mouvement, le soir). Toujours doser la ferritine et la TSAT et traiter le fer si ferritine ≤ 75 µg/L ou TSAT < 20 %. En 1re intention : fer et gabapentinoïdes. Les agonistes dopaminergiques ne sont plus recommandés d'emblée à cause de l'augmentation.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Augmentation dopaminergique : symptômes plus tôt dans la journée, plus intenses, étendus aux bras.
  • Carence en fer même sans anémie (chercher la cause) ; IRC terminale, grossesse.
  • Agitation nocturne à l'hôpital : distinguer SJSR, akathisie et délirium.
  • Claudication (aggravée à la marche) : ne pas confondre. ✅ À faire maintenant

  • 5 critères IRLSSG : besoin impérieux, au repos, soulagé par le mouvement, le soir, non expliqué par autre chose.

  • Ferritine, fer sérique, TSAT (à jeun le matin) ; FSC, créatinine, glycémie ou HbA1c.
  • Revoir les médicaments aggravants (antihistaminiques sédatifs, métoclopramide, antipsychotiques, ISRS, IRSN, mirtazapine) ; dépister l'apnée du sommeil. 💊 Premières ordonnances

  • Ferritine ≤ 75 µg/L ou TSAT < 20 % : sulfate ferreux 300–325 mg PO die ou 1 jour sur 2.

  • Ferritine 75–100, échec ou intolérance : carboxymaltose ferrique 1000 mg IV.
  • Gabapentine 100–300 mg PO 1–3 h avant le coucher (ajuster à la fonction rénale) ou prégabaline 50–75 mg.
  • Hospitalisé : poursuivre le traitement habituel ; éviter halopéridol et métoclopramide (ondansétron ou dompéridone).
  • Agonistes dopaminergiques : pas en routine. 📞 Appeler / référer si

  • Cas réfractaire ou augmentation : avis spécialisé (opioïdes, sevrage lent de l'agoniste).

  • Contrôle de la ferritine et de la TSAT après 8–12 semaines.

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Neurologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Facteurs de risque et causes secondaires

  • Carence en fer (même sans anémie), grossesse (3e trimestre), IRC terminale et dialyse.
  • Antécédents familiaux (forme primaire, début souvent avant 45 ans).
  • Neuropathies (diabète, alcool, amyloïdose), sclérose en plaques, maladie de Parkinson, lésion médullaire.
  • Médicaments aggravants :
  • Antihistaminiques sédatifs (diphenhydramine, souvent dans les somnifères en vente libre).
  • Antiémétiques antidopaminergiques (métoclopramide, prochlorpérazine) et antipsychotiques.
  • Antidépresseurs : ISRS, IRSN, mirtazapine, tricycliques. Le bupropion fait exception.
  • Lithium, certains anticonvulsivants.
  • Privation de sommeil, alcool, caféine, nicotine, apnée du sommeil.

Diagnostic (critères IRLSSG)

Les 5 critères sont requis : 1. Besoin impérieux de bouger les jambes, souvent avec sensations désagréables (fourmillements, tiraillements, « impatiences »). 2. Débute ou s'aggrave au repos (assis, couché). 3. Soulagé par le mouvement (marcher, s'étirer), au moins tant que dure le mouvement. 4. Prédominance le soir ou la nuit. 5. Non expliqué par une autre condition (diagnostic différentiel ci-dessous).

  • Souvent associé à des mouvements périodiques des jambes pendant le sommeil (rapportés par le conjoint) ; la polysomnographie n'est pas nécessaire au diagnostic.
  • Retentissement : insomnie d'endormissement, fatigue diurne, humeur.

Diagnostic différentiel

Condition Ce qui la distingue
Akathisie (antipsychotiques, métoclopramide) Agitation globale, sans rythme circadien ni sensations dans les jambes
Neuropathie périphérique Brûlures, engourdissements constants, pas soulagés par le mouvement
Radiculopathie Douleur dans un dermatome, liée à la posture
Crampes nocturnes Contraction musculaire douloureuse palpable, soulagée par l'étirement
Claudication vasculaire Déclenchée par la marche, soulagée par le repos (l'inverse du SJSR)
Inconfort positionnel, œdème, arthrose Soulagé par un changement de position, sans besoin impérieux
Trouble des mouvements périodiques des jambes Mouvements pendant le sommeil sans symptômes à l'éveil

Évaluation

  • Ferritine, fer sérique, TSAT : à jeun le matin, sans fer ni viande rouge depuis 24–48 h.
  • FSC, créatinine, glycémie ou HbA1c ; B12, TSH et magnésium selon le contexte.
  • Revoir les médicaments ; dépister l'apnée du sommeil.

Prise en charge

Mesures générales

  • Exercice modéré régulier, étirements et massage des jambes le soir, bain chaud ou froid, activités mentalement stimulantes en soirée.
  • Hygiène du sommeil ; limiter l'alcool, la caféine et le tabac.
  • Cesser ou remplacer les médicaments aggravants (p. ex. bupropion au lieu d'un ISRS si possible).

Fer

Statut martial Option
Ferritine ≤ 75 µg/L (ou TSAT < 20 %) Fer oral : sulfate ferreux 300–325 mg (65 mg élémentaire) PO die ou 1 jour sur 2, avec vitamine C, à jeun
Ferritine 75–100 µg/L, intolérance ou échec du fer oral, malabsorption Fer IV : carboxymaltose ferrique 1000 mg (recommandation forte) ; dérisomaltose ou fer-saccharose selon le protocole local
  • Contrôle de la ferritine et de la TSAT après 8–12 semaines ; viser une ferritine > 100 µg/L et une TSAT > 20 %.
  • Chercher la cause d'une carence en fer (voir la fiche Anémie).

Médicaments

Classe Molécule et dose Remarques
Gabapentinoïdes (1re intention) Gabapentine 100–300 mg PO 1–3 h avant le coucher, titrer jusqu'à 900–2400 mg/j Somnolence, étourdissements, chutes ; ajuster à la fonction rénale (100–300 mg en dialyse)
Prégabaline 50–75 mg PO 1–3 h avant le coucher, titrer jusqu'à 150–450 mg/j Utile si douleur neuropathique ou insomnie associée ; ajuster au DFGe
Agonistes dopaminergiques (pas en routine) Pramipexole 0,125 mg 2 h avant le coucher (max 0,5–0,75 mg) ; ropinirole 0,25 mg (max 4 mg) ; rotigotine timbre 1–3 mg/24 h Augmentation ; troubles du contrôle des impulsions (jeu, achats, hypersexualité) ; somnolence soudaine
Opioïdes (cas réfractaires, souvent sous avis spécialisé) Oxycodone-naloxone LP ; méthadone 5–10 mg/j ; buprénorphine faible dose Efficaces dans le SJSR réfractaire ou avec augmentation ; faible risque d'escalade dans cette population
Autres Dipyridamole (option conditionnelle) ; benzodiazépines (clonazépam) seulement pour le sommeil, peu recommandées Éviter les benzodiazépines chez la personne âgée

⚠️ Mis à jour (AASM, 2024) : les agonistes dopaminergiques (pramipexole, ropinirole, rotigotine) et la lévodopa ne sont plus recommandés en usage standard (recommandation conditionnelle contre). Ils causent une augmentation chez environ 7–10 % des patients par année. Les gabapentinoïdes et le fer (oral ou IV, selon la ferritine) sont maintenant la 1re intention. La note d'origine plaçait les agonistes dopaminergiques au premier plan.

Augmentation dopaminergique

  • Symptômes qui débutent plus tôt dans la journée, plus intenses, qui s'étendent aux bras, avec un délai plus court au repos.
  • À soupçonner devant toute demande d'augmentation de dose, surtout au-delà des doses maximales (pramipexole 0,75 mg, ropinirole 4 mg, rotigotine 3 mg).
  • Conduite : optimiser le fer (fer IV), introduire un gabapentinoïde ou un opioïde, puis sevrer lentement l'agoniste (aggravation transitoire attendue pendant 1–2 semaines).

Particularités hospitalières

  • Poursuivre le traitement habituel du patient (un arrêt brusque de l'agoniste dopaminergique aggrave les symptômes).
  • Chez le patient agité la nuit, distinguer le SJSR de l'akathisie et du délirium.
  • Éviter l'halopéridol et le métoclopramide ; préférer l'ondansétron ou la dompéridone comme antiémétique.
  • Dialyse : corriger le fer (IV), gabapentine à faible dose après la dialyse ; la greffe rénale fait souvent disparaître le SJSR.
  • Grossesse : souvent transitoire ; fer oral ou IV selon la ferritine ; éviter la plupart des médicaments.

Pièges et perles

  • Une ferritine « normale » à 40–50 µg/L n'est pas suffisante dans le SJSR : viser > 75–100.
  • Ne pas confondre avec la claudication : le SJSR s'aggrave au repos, la claudication à la marche.
  • Les somnifères en vente libre (diphenhydramine) aggravent souvent les symptômes : en parler au patient.

Références