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Œil rouge et conjonctivite

ORL et ophtalmologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : La plupart des yeux rouges sont des conjonctivites bénignes, mais il faut toujours mesurer l'acuité visuelle et chercher les drapeaux rouges. Baisse de vision, douleur importante, photophobie, pupille anormale, opacité cornéenne ou porteur de verres de contact : on suspecte une kératite, une uvéite ou un glaucome aigu, et on fait voir le patient en ophtalmologie le jour même. La conjonctivite virale ne se traite pas par antibiotique. La conjonctivite bactérienne simple guérit souvent seule ; un antibiotique topique améliore modestement le taux de guérison, et une ordonnance différée est une option.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Baisse de vision, douleur importante, photophobie, pupille anormale
  • Opacité cornéenne, infiltrat ou ulcère ; porteur de verres de contact ; trauma ; nouveau-né
  • Pupille mi-dilatée fixe, cornée trouble, halos, nausées : glaucome aigu
  • Purulence massive avec chémosis : gonocoque ✅ À faire maintenant

  • Acuité visuelle de chaque œil (correction ou sténopéique)

  • Pupilles, type d'injection (périkératique ?), fluorescéine, éversion de paupière
  • PIO si disponible ; ganglion prétragien 💊 Premières ordonnances

  • Bactérienne : érythromycine 0,5 % onguent 1 à 4 fois/j, ou polymyxine B-gramicidine (Polysporin) sol. 2 à 4 fois/j ; ordonnance différée possible

  • Verres de contact : retirer ; ciprofloxacine 0,3 % sol. OPH QID (couvre Pseudomonas)
  • Virale : larmes, compresses froides, hygiène ; pas d'antibiotique ni de corticoïde
  • Allergique : antihistaminique à effet stabilisateur de mastocytes (olopatadine, kétotifène)
  • Jamais de corticoïde topique sans lampe à fente 📞 Appeler / référer si

  • Drapeau rouge : ophtalmologie le jour même

  • Infiltrat cornéen, kératite herpétique, uvéite, PIO élevée, hyphéma ou hypopyon : ophtalmologie le jour même
  • Vésicules palpébrales ou nasales (zona ophtalmique, herpès), chirurgie oculaire récente, immunosuppression : référer en ophtalmologie
  • Pas mieux en 2–3 j : réévaluer ou référer

🔗 Ressources et raisonnement

📘 Protocoles INESSS — Blépharites · INESSS — Herpès simplex oculaire

📞 Consulter Quand consulter — Ophtalmologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Examen minimal

  • Acuité visuelle de chaque œil, avec correction ou trou sténopéique.
  • Pupilles : taille et réactivité.
  • Type d'injection : diffuse conjonctivale ou cercle périkératique.
  • Cornée à la fluorescéine : ulcère, dendrite, abrasion.
  • Éversion de la paupière si corps étranger.
  • Pression intraoculaire si disponible.
  • Ganglion prétragien (viral).

Diagnostic différentiel

Conjonctivite Uvéite antérieure (iritis) Glaucome aigu à angle fermé Kératite / ulcère
Écoulement Purulent (bactérienne), séreux (virale), muqueux (allergique) Non Non Larmoiement
Douleur Non (irritation) ++ +++ avec nausées et céphalée ++ au clignement
Photophobie Non +++ + ++
Vision Normale ↓ ↓↓, halos colorés Variable
Pupille Normale Petite Mi-dilatée et fixe Normale ou petite
Injection Conjonctivale diffuse Périkératique Diffuse Diffuse
Cornée Claire Précipités Œdème, cornée trouble Infiltrat qui prend la fluorescéine
PIO Normale Variable Très ↑ Normale
  • Autres causes :
  • Hémorragie sous-conjonctivale : indolore, vision normale. Vérifier la TA et l'anticoagulation si récidive.
  • Épisclérite : sectorielle, peu douloureuse.
  • Sclérite : douleur profonde, globe sensible. Elle s'associe aux maladies systémiques (PR, vascularite).
  • Blépharite, orgelet, chalazion, sécheresse oculaire.
  • Cellulite préseptale ou orbitaire.
  • Corps étranger.

Oui

Non

Purulent toute la journée

Aqueux, IVRS,
ganglion prétragien

Muqueux, prurit, atopie

Aucun

Œil rouge

Drapeau rouge ?
↓ vision, douleur importante,
photophobie, pupille anormale,
opacité cornéenne, trauma,
verres de contact, nouveau-né

Ophtalmologie le jour même
(glaucome aigu, kératite,
uvéite, sclérite, endophtalmie)

Écoulement ?

Conjonctivite bactérienne :
antibiotique topique
(ou ordonnance différée)

Conjonctivite virale :
larmes, compresses froides,
hygiène ; contagieuse 10-14 j

Allergique : antihistaminique
ou stabilisateur mastocytaire

Hémorragie sous-conjonctivale,
épisclérite, sécheresse

Pas mieux en 2-3 j ?
→ réévaluer ou référer

Traitement

Conjonctivite bactérienne (sans verres de contact)

Molécule Fréquence (œil atteint)
Érythromycine 0,5 % onguent (Ilotycin) 1 à 4 fois/j
Polymyxine B-gramicidine (Polysporin) solution 2 à 4 fois/j
Acide fusidique 1 % gel (Fucithalmic) 2 à 4 fois/j
Tobramycine 0,3 % solution 4 fois/j
  • Aucun antibiotique topique n'a démontré de supériorité ; poursuivre quelques jours, jusqu'à résolution (durée selon la monographie).
  • Une ordonnance différée donne un contrôle des symptômes comparable et réduit d'environ 50 % l'usage d'antibiotiques.
  • Hygiène des mains ; pas de partage de serviettes.
  • Porteur de verres de contact :
  • Retirer et jeter les verres et l'étui.
  • Traiter par fluoroquinolone (ciprofloxacine 0,3 % sol. OPH QID) pour couvrir le Pseudomonas (l'érythromycine ne le couvre pas).
  • Si opacité cornéenne : ophtalmologie le jour même.
  • Ne reprendre les verres qu'après guérison complète.
  • Hyperaiguë (purulence massive, chémosis) : penser au gonocoque, menace pour la vision. Prélèvement, traitement systémique immédiat (ceftriaxone, posologie selon le guide ITSS), ophtalmologie urgente.
  • Chronique ou récalcitrante chez l'adulte sexuellement actif : Chlamydia. Traitement systémique. Voir ITSS. Une conjonctivite chronique peut aussi cacher une néoplasie (carcinome sébacé, lymphome) : ophtalmologie.

Conjonctivite virale

  • Le plus souvent un adénovirus, contagieux pendant 10–14 jours après le début.
  • Larmes artificielles, compresses froides, gouttes antihistaminiques au besoin.
  • Hygiène stricte : lavage des mains fréquent, serviette et oreiller séparés, pas de partage de maquillage.
  • Pas d'antibiotique ni de corticoïde.
  • Zona ophtalmique ou herpès (vésicules palpébrales ou nasales, dendrite à la fluorescéine) : référence en ophtalmologie et antiviral systémique.

Conjonctivite allergique

  • Compresses froides et larmes.
  • Antihistaminiques topiques à effet stabilisateur de mastocytes (olopatadine, kétotifène) : traitement standard ; posologie selon la concentration (monographie).

⚠️ Jamais de corticoïde topique oculaire sans examen à la lampe à fente. Il aggrave l'herpès et la kératite fongique, et peut causer glaucome et cataracte. Pas d'anesthésique topique à emporter.

💡 Référer en ophtalmologie le jour même : - Infiltrat cornéen ou ulcère, surtout central ou chez un porteur de verres de contact. - Suspicion de kératite herpétique. - Cellules dans la chambre antérieure (uvéite). - PIO élevée. - Hyphéma ou hypopyon.

Références

  • Winters S, Frazier W, Winters J. Conjunctivitis: Diagnosis and Management. Am Fam Physician. 2024;110(2):134-144.
  • Cheung AY, Choi DS, Ahmad S, et al. (AAO Cornea/External Disease Committee). Conjunctivitis Preferred Practice Pattern. American Academy of Ophthalmology, 2023.
  • Guide d'utilisation des antibiotiques de l'Hôpital Charles-Le Moyne (CHLM), 7e éd., CISSS de la Montérégie-Centre, mai 2023 — « Coût des antibiotiques ophtalmiques et otiques » (p. 137) et « Spectre d'activité des antibiotiques ophtalmiques et otiques » (p. 139-140) (document local).
  • Voir aussi la fiche « Urgences et trauma oculaires ».