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Infection urinaire et cystite

InfectiologieFiche révisée · oct. 2026

Voir aussi : INESSS — Infection urinaire chez les personnes de 14 ans et plus · INESSS — Infections urinaires (mesures diagnostiques et traitement de la cystite)

💊 Doses / traitement

En bref : On ne traite pas la bactériurie asymptomatique (sauf grossesse et avant une intervention urologique avec atteinte de la muqueuse), y compris chez la personne âgée confuse ou porteuse d'une sonde. Cystite non compliquée : nitrofurantoïne 100 mg bid × 5 j, fosfomycine 3 g × 1 ou TMP-SMX DS bid × 3 j. Pyélonéphrite : TMP-SMX DS bid × 10 j ou ciprofloxacine 500 mg bid (7 j chez la femme, 10 j chez l'homme) ; à l'hôpital, amoxicilline-clavulanate IV ou ceftriaxone, avec relais PO selon la culture. On réévalue à 72 h et on cherche une obstruction si l'évolution est mauvaise.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Sepsis, vomissements, IRA ; pas d'amélioration à 72 h : obstruction ou abcès (pyélonéphrite obstructive = urgence urologique).
  • Homme : prostatite (fièvre, toucher rectal douloureux), orchi-épididymite.
  • Grossesse : hospitaliser la pyélonéphrite.
  • Délirium ou urine trouble seul chez l'aîné : chercher une autre cause, ne pas traiter la bactériurie asymptomatique. ✅ À faire maintenant

  • Symptômes urinaires localisés ou signes systémiques sans autre cause ?

  • Culture d'urine si compliquée, homme, pyélonéphrite, grossesse, échec, antibiotique récent.
  • Sonde : la retirer ou la changer avant de prélever, sans retarder l'antibiotique si sepsis.
  • Pyélonéphrite : FSC, créatinine, hémocultures si hospitalisé ; échographie ou TDM si sepsis, IRA, lithiase, échec à 48–72 h. 💊 Premières ordonnances

  • Cystite non compliquée : nitrofurantoïne 100 mg PO bid × 5 j (pas si ClCr < 30), fosfomycine 3 g PO × 1, ou TMP-SMX DS PO bid × 3 j.

  • Homme : TMP-SMX DS bid ou ciprofloxacine 500 mg bid × 7 j.
  • Pyélonéphrite externe : TMP-SMX DS bid × 10 j ou ciprofloxacine 500 mg bid (7 j femme, 10 j homme).
  • Hospitalisé : amoxicilline-clavulanate 2 g IV q12h ou ceftriaxone 1 g IV q24h ; relais PO selon l'antibiogramme.
  • Sonde : 7 j si réponse rapide, 10–14 j si lente. 📞 Appeler / référer si

  • Urologie urgente : obstruction (néphrostomie ou double J), abcès.

  • Soins intensifs : sepsis grave ; BLSE ou nosocomial : pipéracilline-tazobactam ou méropénem selon les cultures.

🔗 Ressources et raisonnement

📘 Protocoles Guide d'antibiothérapie CHLM (Carnet) · fiche guides locaux · INESSS — Infection urinaire chez les personnes de 14 ans et plus · INESSS — Infections urinaires (mesures diagnostiques et traitement de la cystite)

Définitions

Entité Définition
Bactériurie asymptomatique Culture positive sans symptôme urinaire. Ne pas dépister, ne pas traiter. Exceptions : grossesse, avant une chirurgie urologique avec traumatisme muqueux
Cystite non compliquée Femme non enceinte, sans sonde, sans calcul, sans anomalie urinaire, sans diabète mal contrôlé ni immunosuppression
Cystite compliquée Homme, sonde, anomalie fonctionnelle ou structurale, lithiase, diabète mal contrôlé, immunosuppression
Pyélonéphrite Fièvre, frissons, douleur lombaire ou à l'angle costovertébral, nausées et vomissements ± symptômes de cystite
IVU associée à une sonde Symptômes systémiques (fièvre, sepsis, douleur sus-pubienne ou lombaire, délirium sans autre cause) chez un porteur de sonde, avec culture positive

Évaluation

  • Bandelette : nitrites et leucocytes. Une bandelette négative chez une femme peu symptomatique rend l'IVU peu probable ; une bandelette positive ne prouve rien chez la personne âgée (bactériurie fréquente).
  • Culture d'urine : pas nécessaire pour une cystite simple. Requise pour : cystite compliquée ou récidivante (< 1 mois), homme, pyélonéphrite, grossesse, échec, antibiotique récent, risque de résistance (BLSE).
  • Personne âgée : un délirium, une chute ou une urine malodorante ou trouble ne suffisent pas. Il faut des symptômes urinaires localisés ou des signes systémiques sans autre cause. Chercher une autre source avant d'attribuer à l'urine.
  • Sonde : la culture prélevée sur une sonde en place depuis plus de 2 semaines reflète la colonisation. Changer la sonde (ou la retirer) et prélever sur la nouvelle, sans retarder l'antibiotique en cas de sepsis.
  • Pyélonéphrite : FSC, créatinine, hémocultures si hospitalisé ou septique. Imagerie (échographie ou TDM) si sepsis, IRA, lithiase ou obstruction soupçonnée, absence d'amélioration à 48–72 h, ou homme avec récidive.

Traitement

Cystite (INESSS 2023, CHLM 2023)

Situation 1re intention Alternatives
Non compliquée (femme) Nitrofurantoïne monohydrate/macrocristaux (Macrobid) 100 mg PO bid × 5 j ; ou fosfomycine 3 g PO × 1 ; ou TMP-SMX DS PO bid × 3 j Amoxicilline-clavulanate 875/125 mg bid × 5 j ; céfadroxil 500 mg bid ou céfixime 400 mg die × 5–7 j ; fluoroquinolone (cipro 250 mg bid) en dernier recours
Compliquée (femme) Nitrofurantoïne 100 mg bid × 7 j ; ou fosfomycine 3 g q48h × 3 doses (CHLM : q2j × 2) ; ou TMP-SMX DS bid × 7 j Mêmes alternatives, 7 j (7–10 j)
Homme TMP-SMX DS bid ou ciprofloxacine 500 mg bid ou lévofloxacine 500 mg die × 7 j Nitrofurantoïne 100 mg bid × 7 j ; fosfomycine 3 g q48–72h × 3 ; amoxicilline-clavulanate 875 mg bid × 7 j
  • Nitrofurantoïne : non efficace si ClCr < 30 mL/min (concentration urinaire insuffisante). Elle ne couvre pas le parenchyme rénal ni la prostate : jamais pour une pyélonéphrite.
  • TMP-SMX : si ClCr < 30 mL/min, utiliser le comprimé régulier (SS) bid ; surveiller le K⁺ et l'interaction avec la warfarine. À éviter si le taux local de résistance de E. coli dépasse 20 % ou après une utilisation récente.
  • Chez l'homme, toujours penser à la prostatite (fièvre, toucher rectal douloureux) et à l'orchi-épididymite (ITSS si ≤ 35 ans ou relations à risque).

Pyélonéphrite

Contexte Traitement Durée
Externe TMP-SMX DS PO bid 10 j (7–14)
Ciprofloxacine 500 mg PO bid (ou XL 1000 mg die, ou lévofloxacine 500 mg die) 7 j femme ; 10 j homme
Amoxicilline-clavulanate 875 mg bid, céfadroxil 500 mg bid ou céfixime 400 mg die 10 j (10–14)
Hospitalisé (CHLM) Amoxicilline-clavulanate 2 g IV q12h ; ou tobramycine 5 mg/kg IV q24h + ampicilline 1 g IV q6h 7–10 j au total
Alternative : ceftriaxone 1 g IV q24h ± ampicilline 1 g IV q6h (si entérocoque suspecté)
Sepsis grave, BLSE connu, nosocomial Pipéracilline-tazobactam ou méropénem selon les cultures antérieures
  • Une première dose IV (ceftriaxone 1 g ou aminoside) avant un traitement PO est raisonnable si la résistance aux FQ ou au TMP-SMX est probable.
  • Relais PO dès l'apyrexie et la tolérance orale, selon l'antibiogramme : TMP-SMX, ciprofloxacine, amoxicilline-clavulanate ou céfixime.
  • Une bêta-lactamine orale demande une durée un peu plus longue (10–14 j).

⚠️ Mis à jour (INESSS, GUO 2023) : durée de la ciprofloxacine dans la pyélonéphrite = 7 jours chez la femme et 10 jours chez l'homme ; fosfomycine ajoutée comme alternative chez l'homme. Pour l'IVU masculine fébrile sans prostatite, des essais récents soutiennent 7 jours si l'évolution est rapide.

Grossesse (CHLM)

  • Bactériurie asymptomatique ou cystite : céfadroxil 500 mg bid × 5–7 j, nitrofurantoïne 100 mg bid × 5–7 j (éviter à terme) ou fosfomycine 3 g × 1. Culture de contrôle après le traitement.
  • Pyélonéphrite : hospitalisation, amoxicilline-clavulanate 2 g IV q12h ou ceftriaxone 1 g IV die, durée 14 j. Éviter le TMP-SMX au 1er et au 3e trimestre.

Infection associée à une sonde

  • Retirer la sonde si possible, sinon la changer avant de prélever.
  • Durée : 7 j si réponse rapide ; 10–14 j si réponse lente. Femme ≤ 65 ans sans atteinte haute après retrait de la sonde : 3 j possibles.
  • Voir aussi la fiche Sonde urinaire.

Récidives et prévention

  • Mesures : hydratation, miction post-coïtale, cesser les spermicides, œstrogènes vaginaux chez la femme ménopausée.
  • Prophylaxie si ≥ 2 épisodes en 6 mois ou ≥ 3 par an malgré ces mesures (CHLM) : nitrofurantoïne 50–100 mg die ou post-coïtale, TMP-SMX SS die ou post-coïtal, céphalexine 125–250 mg die ; fosfomycine 3 g q7–10 j. Tenter l'arrêt après 3–6 mois.
  • Pour la canneberge, les données sont modestes ; elle reste une option inoffensive.

Enfant : imagerie après une IVU fébrile

  • Antibiotique PO possible si l'enfant est non toxique, tolère la voie orale et a plus de 2 mois : céphalexine 30 mg/kg/j ÷ tid (ou amoxicilline-clavulanate, céfixime) × 10 j (CHLM).
  • Suivi par l'imagerie (algorithme CHU de Québec, cohérent avec la Société canadienne de pédiatrie) :

0-24 mois

Normale, 1er épisode

Hydronéphrose ou
autre anomalie

0-24 mois, 2e épisode

> 24 mois

Non

Oui

Normale

Anormale

IVU fébrile confirmée
chez l'enfant

Âge ?

Échographie rénale
pour tous

Observation

Cystographie mictionnelle
± consultation uro-pédiatrie

2e épisode ou
évolution atypique ?

Échographie rénale

Cystographie
à individualiser

  • Facteurs atypiques : sepsis, masse, jet urinaire faible, créatinine élevée, germe autre que E. coli, absence de réponse à 48 h.

Algorithme (adulte)

Non : délirium, chute,
urine trouble seulement

Oui

Non

Femme, aucun facteur
de complication

Homme, sonde, anomalie,
diabète mal contrôlé, immunosup.

Oui

Stable, tolère PO

Sepsis, vomissements,
échec, grossesse

Oui

Suspicion d'infection urinaire

Symptômes urinaires
localisés ?

Pas de C/U systématique
Chercher une autre cause
Bactériurie asymptomatique : ne pas traiter

Fièvre, douleur lombaire,
frissons, sepsis ?

Cystite

Non compliquée :
nitrofurantoïne x 5 j
ou fosfomycine x 1
ou TMP-SMX x 3 j

Compliquée : C/U
traitement x 7 j

Pyélonéphrite : C/U ± hémocultures

Externe : TMP-SMX DS bid x 10 j
ou cipro 500 mg bid x 7-10 j

Hospitalisation : amox-clav 2 g IV q12h
ou ceftriaxone 1 g IV die

Pas d'amélioration à 72 h,
sepsis ou IRA ?

Échographie ou TDM :
obstruction, abcès
→ drainage urgent

Pièges et perles

  • « Urine trouble et malodorante » chez un résident de CHSLD n'est pas une indication d'antibiotique : hydrater, observer, chercher d'autres causes.
  • Une pyélonéphrite qui ne s'améliore pas à 72 h impose une imagerie à la recherche d'une obstruction ou d'un abcès. Une pyélonéphrite obstructive est une urgence urologique (néphrostomie ou sonde double J).
  • Adapter les doses à la fonction rénale (nitrofurantoïne, TMP-SMX, FQ, aminosides).
  • Fluoroquinolones : à éviter si utilisées dans les 3–6 derniers mois ; risques de tendinopathie, de C. difficile, d'allongement du QT et de délirium chez la personne âgée.

Références